• ARIEGE : La civilisation du bois.

     

     

    On peut avancer le fait que l'Ariège est sans conteste  le département où l'on trouve le plus grand nombre d'objets en bois confectionnés par des hommes qui en avaient besoin dans leurs activités de tous les jours. Les objets ont servi pendant des siècles mais, chose remarquable, le concepteur a su allier le beau à l'utile. Ces "oeuvres" sont esthétiquement belles ; on les apprécie tellemnt qu'elles servent souvent de décors dans les demeures modernes.

     

     

    En "pénétrant" au cœur de l'Ariège j'ai découvert les "traces" d'une génération qui était en bout de course. Ici un sabot d'enfant cassé, un seul... là un drôle d'objet en bois. Le sabot appartenait à un enfant d'une dizaine d'années. Cela devait être au début des années cinquante. On les mettait pour aller à l'école. Pour éviter d'user de trop la semelle en bois, on fixait des pointes d'acier mais cela n'empêchait pas que par un coup malencontreux sur une pierre, par exemple, la chaussure se fende. L'enfant se faisait alors sévèrement gronder. Faire une paire de sabots, ce n'était pas une petite affaire.

     Marcel possédait la technique de fabrication des sabots et j'étais curieux de voir comment il s'y prenait. Il accepta de me le montrer. Nous avons passé un long moment dans le hangar qu'il avait monté derrière la maison.

    VOIR ou REVOIR LE FILM : LES SABOTS DE MARCEL

    La génération de Marcel a gardé les coutumes qui remontent pratiquement au Néolithique. Je me rappelle avoir découvert dans un ouvrage sur "l'Ariège" des objets que les parents de Marcel utilisaient encore.

    Ceux qui servaient tout particulièrement à fabriquer le beurre.

     

    Une paire de sabots 

    ARIEGE : La civilisation du bois.

     

     

    Le "toudeilho",  était un fouet culinaire fait d'une tête de sapin ou de houx qui permettait de remuer les bouillies d'enfants ou des sauces.

    Cet outil servait à la confection du "milhas" la bouillie traditionnelle de blé noir (en montagne) ou de maïs ( en plaine).

    Dans le lait froid, le pâtre s'en sert comme une cuillère. D'un mouvement circulaire il fait tourner l'outil sans le faire tourner sur lui-même. afin de délayer la présure

    Quand le lait est à bonne température, il plonge à nouveau l'outil qu'il fait tourner lentement entre ses mains tendues toujours dans le même sens. L'opération dure jusqu'au moment ou le caillé forme une masse compacte prise dans les branches.

     

     

     TOUDEILHO : outil pour brasser les soupes et les sauces.

     

     

    La Baratte

     

     

    Les paysans avaient remarqué un curieux phénomène qui se développait sur les résineux

    Lorsqu'en forêt une résineux était abattu entre 0,50 à, 1 mètre au dessus du sol, la couche continuait à vivre et le cœur se pourrissait lentement avec les intempéries . L'aubier se transformait en une matière constituée de fibres qui avait l'aspect d'un cuir doré.

    Dans le Couserans on appelait cette matière totch ailleurs c'était le crespal.

    A Massat on écorçait à l'avance le tronc d'un sapin sur la hauteur désirée. La partie pelée de l'arbre se couvrait progressivement d'une couche nouvelle n'adhérant que fort peu au cœur de l'arbre.

    Pour obtenir un bon crêpe, il fallait couper un pin ou un sapin en hiver au ras de la neige. Pendant la mauvaise saison la pluie, la neige, le gel commençaient à faire pourrir le cœur de la souche. On plaçait du fumier sur le cœur pour le faire pourrir. La sève s'accumulait sur la couche extérieure (aubier) qui durcissait pour former une enveloppe très dense. On sciait ensuite la souche. On la curait. On y mettait un fond. En fonction de la section du tronc cela donnait un seau ou une baratte. Il suffisait de fixer les accessoires (poignées) et cerceaux de consolidation. Yvette m'a dit avoir connu un seau fait de cette façon que ses parents utilisaient. L'inconvénient de ce procédé de fabrication c'est qu'il était très long. La nature fait bien les choses mais en prenant le temps

    Cinq à six ans étaient nécessaires à sa formation.

    Pour la baratte un batteur en bois était nécessaire pour brasser le lait.

    Une baratte pour fabriquer le beurre

    Les abondants et riches pacages permettaient à partir d'un lait riche en matière grasse, de fabriquer du bon beurre. Pour fabriquer ce beurre toutes les maisons d'éleveurs possédaient les outils indispensables. La baratte en fait partie. Dans la région de Massat on l'appelait aussi "BIROU". 

     La cuilhé (l'écrémeuse)

    Pour fabriquer le beurre il fallait d'abord écrémer le lait. Cela se faisait avec une louche de forme particulière qui permettait de ne recueillir que la crème du lait reposé en effleurant la surface du liquide. 

    Après la traite la surface du lait reposant dans le chaudron se nappait d'une couche crémeuse. Un instrument était nécessaire pour récupérer cette épaisseur molle de crème. Il fallait un instrument plus efficace que la louche pour prendre d'un mouvement ample le maximum de cet élément du lait qui permettait de fabriquer le beurre.

    La cuilhé avec sa  bouche évasée et un tranchant aminci jusqu'à former une lame permettait de séparer efficacement le liquide de la crème.

    Cette cuilhé se maniait à pleine main. Une aspérité permettait de la tenir entre le pouce et l'index. Le pâtre la promenait horizontalement pour recueillir la crème et la transférer dans un cubétou.

    Souvent la cuilhé était fabriquée dans du hêtre ou du merisier, parfois dans la branche d'un arbre fruitier.

    Selon les régions la cuilhé portait ou non des décorations, motifs géométriques ou feuillages sculptés au couteau

    ARIEGE : La civilisation du bois. La cuilhé (écrémeuse)

     Quand le beurre était terminé, la fermière le moulait dans un moule en bois confectionné par le paysan lui même. Le fond du moule était très souvent sculpté pour laisser sur le beurre un dessin décoratif.

     Moule pour le beurre

    Le moule à beurre

     

     

    Ainsi le bois a marqué une époque qui s'est prolongée beaucoup plus dans les régions isolées de montagnes comme l' Ariège que dans les plaines plus rapidement ouvertes aux nouvelles techniques. On peut parler d'une civilisation du bois qui a pratiquement débuté avec les premières occupations des grottes par les hommes préhistoriques.

     

     

    Collier de vaches

    Colliers de vache et de veau fabriqués dans du frêne.

    D

     

     

    ARIEGE : La civilisation du bois.

    Décor sculpté au couteau du moule à beurre.

    Le beurre était décoré de cette fleur lorsqu'il était démoulé.