• ARIEGE : La maïsou de Marcel

    Calendrier 1979 

     

    Voici le calendrier de l'année 1979 : celui que distribuent chaque année les pompiers de Massat. Il a passé l'année dans la cuisine de Marcel et Yvonne, accroché au clou prévu à cet effet sur le pan de mur près de l'évier et a servi de pense-bête comme chaque année.

    Le pense-bête

     

    Au dos de la couverture on a noté par exemple, les dates auxquelles les vaches ont fait un veau ou une génisse.

    Mais ce calendrier a surtout été conservé parce qu'une date était à retenir : celle du 3 octobre.

    3 octobre

    Il s'agit d'un mercredi. A cette date est annoté : placer 1ère pierre, maison fournière.

    C'est en effet à cette date que Marcel, le père de Yolaine a placé la première pierre de la maison qu'il destinait à sa fille.

    Dèss son plus jeune âge il avait eu dans l'idée de transformer la batisse que tout le monde appelait la fournière en une maison. Jeune homme, il l'avait dit à son grand-père mais celui-ci, qui avait été maçon et qui savait ce que représentait la construction d'une maison ne l'avait pas pris au sérieux.

    La fournière

    La fournière, comme son nom l'indique abritait le vieux four qui servait à cuire le pain. On y avait adjoint un poulailler et un cochonnier. Devant la bâtisse était implanté le "cagadou", cette petite cabane en bois qui n'était autre que le petit coin qui existait dans toutes les fermes  avant que le modernisme ne l'intègre à la maison avec une chasse d'eau et la fosse septique. Dans la pratique, ce cagadou était particulièrement agréable par la vue qu'il offrait  sur le fond de la vallée lorsqu'on laissait sa porte ouverte en faisant ses besoins.

     

    En ce 3 octobre la saison des foins était pratiquement terminée. Les travaux de la journée étant achevés, Marcel se dit que c'était le moment. Il avait alors, déjà 66 ans : il fallait absolument qu'il la place cette pierre qu'il avait mis de côté près du hangar depuis un bon bout de temps. Cela ferait fermer son bec à ce médisant de voisin qui passant un jour, s'arrêta et lui fit comprendre qu'il ne le sentait pas capable de monter cette maison qu'il prévoyait près de la route menant au col du Saraillé.

    Pas capable, moi on allait voir ça..."

    Des ficelles marquent l'emplacement de la bâtisse.

    Durant l'été Gontran avait aidé Marcel à tirer des ficelles au sol pour marquer l'emplacement de la bâtisse.

    Marcel savait par quel angle il allait commencer. Il suffisait qu'il fasse un trou un peu plus grand que le roc qu'il avait précieusement mis de côté : un travail tout de même ardu puisque le roc en question mesurait à peu près 50cm de large sur 70 de long. Il dut creuser sur une profondeur de 50 cm. Il attacha ensuite la pierre a une corde pour la tirer tout près du trou avec son vieux tracteur. Il la renversa avec une vieille barre de fer avant de la faire culbuter dans la position qui lui paraissait la plus appropriée pour qu'elle soit bien d'aplomb au fond du trou.

    Marcel assis sur sa brouette

    Cela lui pris suffisamment de temps pour qu'Yvonne s'impatientant vienne l'avertir que la soupe était chaude. C'est avec une satisfaction non dissimulée qu'il lui fit remarquer le beau caillou qu'il avait planté.

    Ce jour là, avant d'avaler sa soupe, il enfila un bon verre de vin rouge pour fêter l'événement.

    La construction devint pour lui comme un passe-temps. Chaque jour, quand ses activités le lui permettaient, il préparait un peu de ciment et plaçait quelques parpaings.