• ARIEGE : LE LAPIN D'YVONNE

    Le lapin de Bourroute

     

    Un jour Yvonne a décidé de ne plus élever de lapins. Depuis ce jour il  a été  difficile d’acheter un lapin dans le  commerce tellement ceux de la ferme étaient bons.

     Aujourd’hui Marcel et Yvonne ont décidé de tuer un lapin.

    Le lapin de Bourroute

      C’est une scène qu’on n’a pas l’occasion de voir en ville.

     La bête a été sélectionnée parmi les pensionnaires du clapier abrité sous le gros noyer derrière la maison

     Le clapier, c’est Marcel  qui l’a construit juste à côté du hangar qu’il a monté derrière la maison pour remiser tout son…bric à brac .

     Quelques « moellons » un peu de ciment, du sable récupéré dans le lit de la rivière Arac qui traverse Massat, des troncs ou des branches d’arbres soigneusement élaguées et rabotées qui ont eu le temps de sécher sous le hangar, quelques planches précieusement conservées « pour un besoin » et l’affaire est faite. Les finitions ce sera pour plus tard ou peut-être pour jamais : on n’a pas le temps de fioritures…surtout pour des lapins…

    Le lapin de Bourroute

     

    Marcel s’installe confortablement sur une petite chaise dont il a le secret de fabrication. Y avait-il une chose qu’il ne savait pas faire ? Il était de la trempe de ces paysans qui ont appris à se suffir de ce qu’ils avaient sous la main ou à fabriquer ce qu’il n’avaient pas, avec les outils du père ou du grand-père.

      

    Le lapin de Bourroute

     Devant lui, Yvonne tient d’une main le lapin par les pattes arrière et de l’autre les pattes avant.

     De la main gauche Marcel tient  la tête de la bête et, consciencieusement, lui traverse la gorge d’un couteau bien pointu qu’il tient dans l’autre main

     Il doit tenir fermement la tête du lapin pour éviter que celui-ci ne manifeste ce ressentiment de dernière minute qui troublerait la suite des évènements.

     En effet, le sang doit couler exactement  dans l’ assiette qu’on a pris soin de placer entre les pieds de  Marcel. Yvonne ne regarde pas toujours ce qu’il fait. C’est bien parce qu’il faut manger qu’elle assiste le "tueur" dans cette sale besogne.

     Ce sang, une fois passé sur le feu, fera la délicieuse mise en bouche du prochain repas. C’est ce qu’on appelle la « sanquette ».

      La sanquette est une préparation traditionnelle du sud-ouest de la France, à base de sang. Le sang est récupéré dans un récipient plat garni, d’échalotes, de persil, de morceaux de ventrêche (poitrine de porc), de sel et de poivre. Une fois le sang caillé, la « galette » obtenue est cuite à la poêle, puis consommée bien chaude

      On aime ou on n’aime pas. Le partage est cependant obligatoire quand des connaisseurs avertis sont assis à table.

      Le lapin, vidé de son sang n’offrant plus de résistance,Yvonne peut se permettre de le tenir d’une seule main, la tête en bas.

     Avec minutie, Marcel entreprend alors le dépeçage. C’est la séquence la plus spectaculaire pour les spectateurs que sont Jean-Michel et Jérôme. Papy retire le pyjama au lapin.

    Nous passerons sur les étapes suivantes, les moins ragoûtantes qui consistent à vider les entrailles du malheureux lapin  pour ne garder que le souvenir que nous ont laissé nos papilles. Yvonne était devenue experte en lapin à force d'en préparer. Elle se serait bien passé, cependant, de se rendre à chaque fois complice d’un meurtre. Complice seulement parce qu’elle n’aurait jamais été capable de tenir le couteau superbement affûté, toujours le même, qui constituait l’arme du crime.