Et si c'était vrai - Chapitre 04

Et si c'était vrai- Chapitre 04

A Massat, Paul apprend qu’on a arrêté le curé de la paroisse.

Nous sommes en 1793

 

Nous sommes à la ferme de "La Coste" à Massat.

Raymond a 63 ans. Paul, son fils, en a 28.

Paul est de retour du village.

Assis devant la cheminée Raymond ranime les braises au-dessus desquelles chauffe l’azinat. La soupe traditionnelle à laquelle peu de familles peuvent échapper. Un chou du jardin qui a été blanchi, des carottes, un oignon revenu dans la graisse du cochon, le lard ont mijoté toute la matinée dans le marmiton en terre qu’on appelle ici le « toupi ». La soupe ariègeoise fait chaque jour l’essentiel des repas. Il ne reste plus qu’à éplucher et ajouter quatre pommes de terre pour donner un peu plus de consistance au bouillon.

Au martellement des sabots trainant sur le plancher, Raymond devine que Paul est de retour du bourg. Il lève les yeux et hoche la tête comme pour l’interroger. Avant même qu’il pose sa question, Paul lui dit :

  • « Ils » ont arrêté le curé Galy Roquefort

Un silence cache l’émotion du vieil homme qui, la gorge nouée est incapable de dire mot. Il finit par lui demander :

  • Mais qui « ils » ?
  • Sans doute la Garde Républicaine de Foix. C’est « celui » du moulin qui m’a dit qu’ « ils »  l’ont fait monter dans une charrette rouge avec un autre curé… 
  • Je savais que cela arriverait. Mais qu’a-t-il fait de mal, le pauvre homme ? A soixante-quatorze ans. On n’a même plus le droit de croire au Bon Dieu de nos jours … Saura-t-on, un jour, pourquoi on l’a arrêté ?   

 

 Jean Galy Roquefort, avait été nommé curé à Massat en 1749. L’homme était « sorti du rang » en obtenant un diplôme de théologie, chose exceptionnelle à l’époque. 

Avec dix chanoines sous ses ordres, le curé avait en charge la paroisse du village avec pour mission la diffusion des règles édictées par l’évêché de St Lizier dont il dépendait.

Ces règles étaient d’enseigner le catéchisme au moins trois fois par semaine, d’exhorter les paroissiens à participer de façon assidue aux offices du dimanche et des jours de fêtes. L’évêché demandait également que le curé veille à ce que les consuls et magistrats imposent la fermeture des cabarets pendant les offices.

A la Révolution, la loi sur la constitution du clergé mit la paroisse sous la tutelle du diocèse de Pamiers. Des 1791, malgré les contestations, les ecclésiastiques de Massat durent prêter serment à la constitution.

Le village comptait alors 2800 âmes, le canton pas moins de 11800 habitants.

Paul dit :

  • On lui reprocherait de ne pas s’être prononcé ouvertement pour la République. Tu te rappelles qu’en février 1791 tous les curés sont montés en chaire, l’un après l’autre…L’église était pleine de personnalités en tenues, les officiers municipaux, le procureur et je t’en passe… Il y avait aussi le juge pour lequel la population a voté. Il représentait la Constitution et était chargé d’écouter le serment des curés et de les valider ou non. 
  • Mais c’est quoi au juste ce serment ? 
  • L’état a demandé à tous les religieux de s’engager solennellement pour la République. Pour cela ils devaient faire une déclaration face aux administrés. Ce fameux juge a trouvé que le curé n’a pas été assez clair dans son « discours ». Il a fait un rapport aux autorités qui ont considéré qu’il était réfractaire, c’est-à-dire hostile à la République. 
  • La République … la République…ces gens qui nous gouvernent avec des principes devraient se déplacer jusque chez nous pour découvrir la réalité des choses et faire le tri entre les purs et les corrompus. Depuis 1789 il n’y a que la République de vraie. On a chassé les Royalistes, c’est une bonne chose. Ils nous en ont fait voir. Ils croulaient sous les écus. On les remplace par les plus riches du pays et on met en prisons des gens comme le curé que la contrée entière admire. 
  • Oui c’est vrai, papa, mais garde toi de le crier sur les toits. Les murs ont des oreilles…

Paul faisait allusion au comité de surveillance qui était né au village. Son but : surveiller la bonne application des lois de la République.

  • J’ai aperçu le citoyen Galin, qui fait de l’excès de zèle. Il est, parait-il à la tête de l’association des Républicains. Il était en grande discussion avec Jean-Marie Espaignac, le premier maire désigné par la Constitution. 
  • La famille Galin, c’est peut-être la famille la plus riche de Massat, Espaignac, notaire et fils de notaire…Il a eu vite fait de tourner sa veste. Il a été premier consul de Massat, représentant du roi depuis 1765.

Les "Massadels" ont toujours eu vent des évènements de la Révolution avec un peu de retard. C’est ce qui fait qu’ils se sont quelque peu désintéressés des faits majeurs de l’époque révolutionnaire :

En 1791, la fuite du roi et son arrestation, le vote de la Première Constitution française, 1792 la chute de la royauté, la proclamation de la République, l’exécution de Louis XVI.

Pour cette raison, beaucoup de vallées enclavées, ont gardé leurs traditions et ne se sont pas senties concernées par ce qui se passait dans la capitale.

Comme à « La Coste », pour les « Massadels » l’évènement marquant reste ce jour de 1793 où le curé Galy Roquefort et les chanoines de Massat furent arrêtés. On apprit, plus tard qu’ils avaient été incarcérés dans la prison Saint Michel de Toulouse.

En mai 1794 la rumeur de la mort du curé tant aimé se répandit très rapidement dans le village. Quelques jours plus tard ce fut la disparition du curé Ruffié.

L’esprit contestataire né de ce sentiment d’injustice et d’usurpation du pouvoir s’amplifia dans la vallée à tel point qu’il fut à l’origine d’un mouvement qui aboutit à la naissance de ce qu’on a appelé « la petite église ». Les villageois lui donnèrent le nom de « Pechets » dérivé du lieu-dit qui hébergeait ses membres et se trouvait non loin de la petite ferme de Paul, au col d’Ourben.

La naissance du département de l'Ariège décidée en décembre 1789 et un peu plus tard, la mairie du village hébergera le premier maire véritablement élu à Massat. C’est un Galy Gasparrou Elzéar issu d’une famille de notaires. Il remplace André Jean-Marie Espaignac, bourgeois faisant fonction de premier magistrat désigné par l’état.

Raymond et Paul se sentirent nullement concernés par la vente aux enchères des biens de l’ancien seigneur organisée dans la commune.

La fuite de l’ancien maître des lieux a été suivie par la confiscation de ses biens. Moulins, forges, métairies, près, maisons, granges ont fait le bonheur des marchands ou des propriétaires assez fortunés pour les acquérir. La terreur imposait que les municipalités veillent à  la bonne application des lois de la République.

 

 

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