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Marcel est un vrai et pur occitan. Il n’a pratiquement jamais quitté sa ferme sur les coteaux de Massat. Il a pris la relève de ses parents, grands-parents, arrière-grands-parents. Il a aussi hérité de toutes les traditions que lui ont léguées ses ancêtres. C’est ainsi qu’il ne déroge pas chaque année à la règle qui veut qu’une énorme buche soit placée dans la cheminée : le cantou, comme il dit. Le cantou c’est le lieu le plus chaud de la cuisine le plus convivial aussi. La buche, il l’avait repérée depuis longtemps et il s’était dit qu’elle ferait bien l’affaire pour Noël. Il fallait, en effet, qu’elle dure jusqu’au premier de l’an pour marquer la continuité avec l’an nouveau. Placée pendant un temps tout près de la cheminée elle servait de banc aux enfants. Marcel n’aimait pas trop qu’on s’y assoit parce qu’on entendait dire ici ou là que cela pouvait engendrer des furoncles. De même il ne fallait pas enjamber la pièce de bois par peur qu’elle ne porte malheur. Mais comment empêcher des enfants de s’amuser. Comme toujours la superstition s’accaparait de tout dans le pays. Il avait pour habitude de choisir de préférence une pièce de chêne. Il avait remarqué par expérience que c’était le bois qui donnait le plus de braise. Dès le coucher du soleil qui marquait la fin de la journée il activait le feu, y plaçait quelque menu bois et posait non sans mal le morceau de bois dans les flammes. La tradition voulait que l’on dépose à côté de la buche des fragments de la pièce de bois de l’année précédente. C’était le symbole de la continuité de la vie. Il fallait ensuite attendre l’heure de la messe pour descendre à pied à l’église du village. Cela se faisait la plupart du temps en sabots pour ne pas abimer les chaussures des grands jours qui étaient précieusement rangées dans un sac de jute. A l’entrée du village les belles chaussures remplaçaient les sabots. Le sac de jute était soigneusement camouflé dans un fourré. A la fin de la messe de minuit on s’empressait de remettre les chaussures de bois pour gravir la cote parfois dans la neige. Quel bonheur de se retrouver tous réunis autour de la grosse buche. Sous la pièce de bois qui flambait, Marcel ranimait le feu. Il fallait surtout récupérer les cendres. Pour qu’elles protègent la maison on les dispersait dans les pièces d’habitation, l’étable, les granges, le verger. On en mettait même dans le poulailler pour éviter que le renard ne s’attaque à la volaille. On en rependait également sur le seuil de la maison pour faire obstacle aux sorciers qui auraient l’idée d’y entrer. Jusqu’au premier jour de l’année on se devait d’entretenir le feu pour éviter un malheur. Nous voilà loin de la naissance de Jésus. Mais la superstition a toujours fait bon ménage avec la religion. On voit combien la buche de Noël avait son importance dans l’esprit des gens d’autrefois. Aujourd’hui la tradition de la buche en bois a été détournée. Faute de « cantou » nous ne pouvons vérifier que le pouvoir gastronomique du dessert sur nos papilles gustatives. |
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