Massat - 1914- 

 

Nous sommes en novembre 1914. Depuis le mois d’août la France est en guerre. Beaucoup de massatois, mobilisés sont partis sur le front pour former le gros des troupes françaises de la grande guerre. Au pays, les femmes ont remplacé les chefs de familles. Restent quelques hommes, souvent âgés qui essaient de se rendre utiles pour accomplir les tâches qui incombaient aux hommes valides partis sur le front. 

Le 23 novembre, bien que rien ne différencie ce jour des autres jours, le curé Bonnans, doyen de Massat réunit quelques fidèles pour se rendre sur le chemin qui mène au village du Port.

A deux kilomètres du village, sur un promontoire, on ne sait depuis quelle année, était plantée une croix en l’honneur de Saint martin, ce saint de la chrétienté, évêque de Tours.

Martin de Tours, aussi nommé Martin le Miséricordieux, né dans l'Empire romain est connu du « grand public » pour avoir partagé son manteau militaire avec un déshérité transi de froid.

Officier de l’armée romaine au milieu du IV ème siècle puis moine puis évêque, il devint un saint patron des Francs.

La croix  était vraisemblablement la « marque » du passage d’une mission de religieux dans la région.

Cette procession organisée par le curé Bonnans, doyen de Massat, est l' occasion de pousser, une fois de plus, ses fidèles à l'optimisme qui leur permettra de mieux vivre ces moments douloureux.

La prière au pied de la croix a pour but d’exhorter le patriotisme de ceux qui ne sont pas au front, de manifester le soutien à ceux qui combattent au prix de leur vie et d'exprimer le souhait de voir les tueries cesser.

Une décision plus concrète sera prise au pied de cette croix par le curé Bonnans : celle d’édifier un sanctuaire. "Dans le but de soutenir la confiance et le patriotisme au milieu des épreuves de la guerre et pour attirer sur les mobilisés du pays la protection du glorieux patron de la France".

Le curé va faire le tour de la contrée pour réunir les forces vives restées au pays. Les femmes d’abord, qui se proposent d’aider à monter les pierres de la rivière du fond de la vallée. Les hommes, ensuite, restés aux pays susceptibles du savoir-faire nécessaire pour mettre en œuvre l’édification des murs.

Parmi eux, le curé connaît un certain Marcellin Galy à la fois paysan et maçon de profession. Marcellin dirige une petite entreprise de maçonnerie. Il est connu au pays pour avoir construit un refuge au passage du col de Port vers la vallée de Saurat.

Lorsqu’il en a le temps Marcellin travaille à l’édification d’une grange dans la propriété de ses parents située sur le chemin d’Oust sur les hauts de Massat.

Lorsque Bonnans lui rend visite pour le solliciter, il est justement sur l’échafaudage à manipuler des pierres. Le curé n’hésite pas à emprunter l’échelle pour le rejoindre et lui soumettre son projet. Marcellin répond favorablement au souhait du curé.

La chapelle est constituée de galets de rivière qui alternent avec des pierres taillées. Les hommes compétents, comme Marcellin, se chargeront de la taille des pierres et de la confection des murs.

Il faudra un an pour édifier le sanctuaire. Son inauguration se fera le 21 novembre 1915, dix jours après la fête de la Saint Martin qui devrait être le 11 novembre.

C’est en effet, le 11 novembre (397) que le Saint a été « mis au tombeau ».

 Cependant, depuis la fin de la Première Guerre mondiale elle est généralement fêtée le 10 novembre, le onze étant réservé à la célébration de l’armistice.

L'inscription gravée dans une pierre située au-dessus de la porte d'entrée dit en latin :

 « Au bienheureux évêque Martin, les Massatois ont adressé ce vœu en l'an du Seigneur 1914 :

" Les envahisseurs, Père, ces loups rapaces (ou "prédateurs"), mets-les en fuite."

Massat - La chapelle Saint-Martin

Un monde fou, venu de toute la contrée s’est rendu autour de la chapelle le jour de son inauguration. La statue de Saint-Martin précédait le cortège des participants, fidèles et curieux. Le point de départ de la  procession  fut Massat. Derrière la statue les représentants ecclésiastiques de l’évêque de Pamiers avaient fait le déplacement.

 

Dès lors, le lieu était devenu un point de curiosité, de ralliement, de prière. Le chemin qui n’était fait que de pierres et de terre est devenu une route bitumée qu’empruntent les automobiles pour se rendre sur le lieu touristique de l’étang de Lers.

 

 

En 1914 on ne s’embarrassait pas trop de contraintes administratives. On s’est rendit compte plus tard que l’édifice avait été construit sur un terrain privé.

Le propriétaire désirant vendre son terrain, c’est une association de sauvegarde du patrimoine qui se proposa de l’acquérir pour le franc symbolique. C’est donc elle qui gère l’entretien de l’édifice.

De tous temps, les pèlerins croyants qui ont rendu visite à Saint Martin ont offert, comme cela se fait dans beaucoup d’autres lieux de recueillement, une pièce symbolique. C’est ainsi qu’il arrive que le sol soit jonché de pièces qui attirent la convoitise de gens non fortunés malveillants qui se permettent de fracturer la grille qui protège l’entrée de l’édifice pour s’accaparer de ces « deniers ».  

 

C’est ainsi que l’association signale ses interventions dans son blog sur internet :

Suite aux dégradations, notre association a fait restaurer le demi soleil qui décore le haut de la porte d'entrée. Le ferronnier y a placé une tôle de protection. Une nouvelle serrure a été posée puisque l'antivol qui s'y trouvait a été détruit.

Espérons que les voleurs vont arrêter de tout vandaliser pour pénétrer dans la chapelle, à la recherche des quelques pièces de monnaie que les visiteurs y lancent, comme il est de tradition.

 

Prendre le temps d’évoquer la construction de cet édifice dont la création a marqué la vie du pays c’est  évoqué la mémoire de tous ceux qui ont contribué à l'aboutissement de ce projet. Bien sûr le curé Bonnans qui en est à l'initiative, ces femmes qui ont hissé toutes les pierres nécessaires à la construction, ces maçons tels Marcellin qui ont usé de leur savoir-faire, ceux qui ont peut-être contribué financièrement et enfin cette association qui veut en garder un souvenir, en faire un patrimoine et sauvegarder l'édifice. Tous ces hommes et femmes n'auront jamais leur nom dans une tablette, un livre, un dictionnaire ou une encyclopédie. On se devait d'en laisser une trace sur Internet.

Massat - La chapelle Saint-Martin
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