MONDOVI - Ma première bicyclette.

 

C’était un bricoleur né. Il passait beaucoup de temps dans le petit atelier annexé à la buanderie de la modeste maison qu'il  occupait dans le village.

Un jour, alors que décembre était bien entamé --- ce devait être en 1945 --- il dit  :

- « j’ai fermé le « réduit » à clef  (--- le « réduit » c’était l’atelier--- ). Il ne faut pas y aller parce que j’ai entamé un travail très délicat. Il y a plein de pièces sur l’établi. Il ne faut surtout pas les bouger ».

Impossible de savoir ce qu’était ce travail délicat.

A partir de ce jour personne n’est entré dans le « réduit ». Il aurait été d’autant plus difficile de le faire qu’il en avait emporté la clef.

Cela dura jusqu’à Noël.

Tous les jours en catimini, il allait passer un moment dans le « réduit » sans que quiconque ne puisse le suivre.

Le soir du 24 décembre, alors que tout le monde était dans les bras de Morphée, il traversa la buanderie, ouvrit le réduit et en sortit un magnifique vélo rouge qu’il alla poser sur les chaussures qui attendaient au pied de la crèche.

Cet homme, bricoleur né, c’était mon père.

Le vélo, il l’avait acheté à un ami. Il avait servi.

 Le travail délicat c’était de le faire aussi beau qu’il avait pu, avec en tête, le rêve de découvrir le plaisir qu’il me procurerait. Il avait mis le bricolage au service de l’amour qu’il nous portait.

Mon vélo n’avait qu’un défaut. Il ne possédait pas de « roue libre ». Il fallait pédaler tout le temps sans pouvoir reposer ses jambes un instant ... Ma persévérance  a fait que ce défaut ne m'a pas empêché de l''apprécier. Je n'ai même pas eu à solliciter les petites roues prévues pour me maintenir en équilibre tellement il me plaisait mon vélo.

C'était il y a 80 ans.

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :