En Ariège durant les années 50 on utilisait encore beaucoup la charrette et le cheval pour aller de village en village.
Quand une automobile s’arrêtait à l'entrée d'une ferme on se doutait immédiatement que c'était quelqu'un de la ville. On voyait souvent un homme élégamment vêtu sortir du véhicule avec ce qui ressemblait à un gros cartable à la main. On appelait ces hommes , des représentants. Ils faisaient du porte-à-porte pour proposer une marchandise un peu à la manière des colporteurs d'autrefois.. Des colporteurs modernes qui représentaient un magasin ou une marque. Cela expilquait cette appellation de « représentant ». Ils pouvaient proposer du linge, souvent des draps, du tissu, des articles ménagers mais aussi des meubles. En cette période d'après-guerre on aspirait à une nouvelle vie plus gaie plus « confortable ». Les « représentants » étaient les bienvenus dans la campagne « reculée ». ils n’hésitaient pas à s'aventurer dans les hameaux « perdus », là où la population avait le moins d'occasions de se rendre à la ville.
Ce jour-là monsieur Mirbel, parti de Saint-Girons avait traversé Massat pour prendre la direction de l'étang de Lers .
Il connaissait le coin pour être déjà allé jusqu'au village de Le Port et des hameaux qui ne comptaient parfois que quatre ou cinq maisons.
Des maisons occupées autrefois par des cultivateurs montés sur le les hauteurs à la recherche d'une parcelle de terrain à exploiter.
La route partiellement bitumée longe la rivière jusqu’à un pont qui l’enjambe.
A l'époque, après le pont, plus de bitume la voie redevenait chemin. C'est par là que sont toujours passés les transhumants avec leur bétail, au fond de la vallée du Courtignou, un ruisseau qui se jette dans l’Arac avant le village.
Ici peu de circulation. Des bœufs qui tirent des charrettes surchargées de foin, l’été. Plus souvent un mulet trainant un chargement de bois, l’hiver quand la neige le permet.
À partir du pont, il faut parcourir quelques kilomètres en longeant le ruisseau jusqu'à une passerelle qui permet de passer sur l’autre rive. Vu l'état de l'ouvrage et du chemin, Monsieur Mirbel, représentant en meubles préfère garer son véhicule au bord du chemin.
Il ne tient pas à rayer la carrosserie de sa Simca aronde qu’il vient d'acquérir. C'est son outil de travail qu'il a financé à la sueur de chemin parcouru pour écouler les meubles qu'il présente fièrement sur le gros catalogue que lui a fourni son patron, marchand de meubles à Saint-Girons.
Après avoir franchi la passerelle il faut parcourir une cinquantaine de mètres pour atteindre la maison de Tante Léonie. Le représentant essaie d'éviter les flaques boueuses du chemin en marchant sur l'herbe fraîchement tondu. Il connaît l'endroit pour avoir déjà rendu visite à tante Léonie qui, avertie par les aboiements du chien s'avance sous le feuillage de la tonnelle
- « Va te coucher » crie-t-elle à son chien.. puis « Ah c’est vous monsieur Mirbel ».
- Oui ! ce n'est pas à moi que vous dites d'aller à la niche après tout le trajet que j'ai fait pour vous rendre visite.
- Non non entrez… Je me demande toujours si le chien aboie parce qu'il est content ou s’il a la trouille…Allez, va "couciare" !
- Bonjour Léonie comment allez-vous.
- Oh ! ça va ça va.. Entrez… Ce chien voit tellement peu de monde qu'il est toujours sur le qui-vive quand quelqu'un vient me voir
Après les politesses d’ usage, Monsieur Mirbel ouvre son gros catalogue et cette fois propose des meubles qui ne manquent pas de provoquer la surprise de Léonie sa cliente potentielle. Les meubles sont de couleurs éclatantes : rouge, vert, jaune, orange.
Est écrit en grosses lettres capitales sur chaque page le mot « FORMICA » Cela ne manque pas d'attirer l'attention de Léonie.
- Ça veut dire quoi FORMICA ?
- C'est ce produit coloré que vous voyez là il est fabriqué dans l'Aude à QUILLAN.
- Je connais Quillan. J’ai encore dans mon armoire un chapeau qui vient de là-bas. Ma mère me l'avait acheté alors que j'étais adolescente.
- Il doit être vieux parce que la fabrique a disparu.
- Oh oui, c'était avant la guerre dans les années 1930. C'était une grande fabrique de chapeaux à cette époque.
- Oui c'est vrai. A sa place, les Américains ont installé dans les bâtiments l’usine de fabrication du Formica. Ce produit couvre tous les meubles modernes. Les meubles de ce catalogue viennent en partie de Quillan.
Peu de temps après la visite du représentant la famille apprit que tante Léonie s’était laissée convaincre que les meubles du catalogue de M.Mirbel donneraient un « coup de jeunesse » à sa cuisine. Une affaire d’autant plus alléchante que le représentant lui proposait de faire acheter ses vieux meubles par un brocanteur.
Durant ces années d'après-guerre les familles aspiraient à une nouvelle vie ou le confort prenait de plus en plus de place. À tous les niveaux sociaux, la population était avide de changement. Le foyer de Léonie contribua à l'essor de FORMICA qui entra dans son âge d’or durant les années soixante.
Nous sommes allés visiter la ville de Quillan et nous y avons découvert le Pont Suzanne qui permettait l'accès à la grande chapellerie "Bourrel".
Le pont Suzanne
Un "monument" qui fait partie de l'histoire de Quillan.
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Jusqu’en 1928, il n’existait à Quillan que deux ponts sur l’Aude, le pont vieux au pied du château et le pont neuf sur la route départementale 118.
En 1928, âge d’or de la vallée grâce à la prospérité de la chapellerie le propriétaire d’une usine de 1200 ouvriers, installée à Quillan (Jean Bourrel) fait construire à ses frais un pont pour relier son usine à la ville, en franchissant l’Aude afin de faciliter l’accès à l’usine et son approvisionnement à partir de la gare voisine. Le pont est inauguré en 1928, lors du passage du Président de la République, Gaston Doumergue. Le pont est baptisé du prénom de la fille de l’entrepreneur : Suzanne.
Dans les années quarante, jusqu’à 1000 kilogrammes de laine étaient travaillés journellement qui permettaient de fabriquer chaque jour 4000 chapeaux.
A la fin des années 40, l’industrie chapelière est en déclin. Les bâtiments de l’usine sont repris par un consortium anglo-américain qui y implante une unité de fabrication d’agglomérés synthétiques. C’est ainsi que les établissement FORMICA prennent la place de l’ancienne chapellerie, utilisant la main d’œuvre locale et enrayant le chômage qui menaçait la commune d’asphyxie.
Formica est une marque déposée de produits à base de mélamine, utilisée dans les bois mélaminés.
Inventé par l'entreprise Westinghouse aux États-Unis en 1912, ce matériau est utilisé à l'origine pour remplacer le mica dans les applications électriques. Néanmoins, il est utilisé pour divers usages dans l'ameublement.
Malheureusement, après une embellie de plusieurs décennies, l’usine FORMICA fermera à son tour ses portes en juin 2004.
Quillan a été la première commune de l’Aude à s’éclairer à l’électricité.
Le 28 juin 1891, les quillanais ont écu une grande journée historique. La ville est éclairée pour la première fois grâce à l’électricité. Une fête est organisée. Ce soir-là une lumière qui parait immense jaillit le long des rues du centre-ville, l’éclairant comme en plein jour. Les fanfares donnent le signal du départ de la retraite aux flambeaux suivie par la population.
Quillan a été la première ville du département à avoir l’électricité en utilisant la force motrice de l’Aude qui actionnait, à l’origine un générateur électrique utilisé par un complexe industriel près de l’Aude. L’usine abritait une forge catalane, un laminoir, un martinet, un foulon pour la draperie, un moulin à farine et trois scieries pour le bois de construction. Les machines tournaient grâce à la force hydraulique fournie par l’Aude. Après modernisation du système, cette même énergie actionna un générateur électrique. Ainsi Quillan devint en 1891, la première ville du département à s’éclairer à l’électricité.
Les vieilles pierres de QUILLAN.
Un petit film qui donne une idée de la cité de Quillan.
Quand on traverse la ville de Quillan à la frontière entre l'Ariège et l'Aude, on n'imagine pas qu'elle date de l'époque médiévale. La route moderne passe suffisamment loin du château pour que le voyageur ne se rende pas compte que c'est là au pied de la forteresse en ruine que les premières maisons sont nées.
Notre petit film réalisé lors de la visite de la ville.
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