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Voici un nouveau cadran solaire longtemps conservé dans nos archives photographiques et qui nous donne l'occasion de parler de cette expression que l'on rencontre souvent :.
« Carpe Diem ».
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Cette expression latine peut être traduite par
« Profite du temps présent » : Carpo = cueillir, dies = le jour.
Ces deux mots sont les premiers d’un vers :
Carpe diem, quam minimum credula postero
« Cueille le jour présent sans te soucier du lendemain »
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Son auteur est HORACE, philosophe romain de l’Antiquité, originaire de l’Italie du sud.
Il vécut de 65 à 8 avant JC.
L’auteur a voulu, rappeler que la vie est courte, et qu'il faut se hâter d'en profiter.

Pas étonnant que l’expression figure donc sur un cadran qui a été longtemps le seul indicateur du temps qui passe.
Le vers d’Horace fait partie d’un poème traduit ci-dessous qui est adressé à une femme, Leuconoé.
On ignore s’il l’aime, mais on peut constater qu’il l’invite à un moment de partage
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« Ne cherche pas, Leuconoé... »
Ne cherche pas, Leuconoé, c’est sacrilège,
Quelle fin les dieux nous ont donnée ; les horoscopes,
Ne les consulte pas : mieux vaut subir les choses !
Que Jupiter nous accorde ou non d’autres hivers
Après cette tempête qui brise la mer tyrrhénienne
Sur les écueils rongés, sois sage, filtre ton vin,
Et mesure tes longues espérances. Nous parlons, le temps fuit,
Jaloux de nous. Cueille le jour sans croire à demain.
HORACE, Ôdes, I, 2. 1er siècle av. J.-C.
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Par cette ode il s’agit pour Horace de rappeler que la vie humaine, brève, est indépendante de notre volonté. L’avenir est de toute façon incertain et la mort inéluctable. Se fier au lendemain c’est faire preuve d’inconscience parce qu’ on ne peut rien contre le temps
Nous voilà dans le monde de la poésie.
Plus près de nous, d’autres auteurs ont pu nous inciter à appliquer cette même philosophie.
Voici un poème écrit par Ronsard en 1550 que l’on nous proposait d’apprendre quand nous étions au Lycée . Ronsard fait du "carpe diem" une invitation à aimer qu’il adresse à Cassandre.
"Pierre de Ronsard né en septembre 1524 au château de la Possonnière, près du village de Couture-sur-Loir en Vendômois, et mort le 27 décembre 1585 au prieuré de Saint-Cosme en Touraine, est un des poètes français les plus importants du XVIe siècle.

Cassandre est une jeune fille italienne rencontrée par le poète le 21 avril 1545 à Blois à un bal de la cour. Elle a environ quatorze ans et lui vingt-et-un. Ronsard ne pouvait épouser la jeune fille, car il était clerc tonsuré (Celui qui est entré dans l'état ecclésiastique en recevant la tonsure). Cassandre épousa Jean Peigné, seigneur de Pray l'année suivante.
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« Mignonne, allons voir si la rose.. »
À Cassandre
Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avait déclose
Sa robe de pourpre au Soleil,
A point perdu ceste vesprée
Les plis de sa robe pourprée,
Et son teint au votre pareil.
Las ! voyez comme en peu d'espace,
Mignonne, elle a dessus la place
Las ! las ses beautés laissé choir !
Ô vraiment marâtre Nature,
Puis qu'une telle fleur ne dure
Que du matin jusques au soir !
Donc, si vous me croyez, mignonne,
Tandis que votre âge fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez, cueillez votre jeunesse :
Comme à ceste fleur la vieillesse
Fera ternir votre beauté.
Pierre de RONSARD, Odes, 1550
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Voici un autre poème d'un grand auteur : Victor Hugo.
Il fait partie de son œuvre "Les contemplations" qui est un recueil de 158 poèmes rassemblés en 6 livres publié en 1856.

Dans cette Vieille Chanson du jeune temps, écrit à 16 ans Victor Hugo évoque une promenade dans les bois, en compagnie d'une jeune fille de vingt ans, Rose.
Le poète ne saisit pas l'invitation à l'amour que lui adresse sa compagne.
Et le poème s'achève sur le regret d'une occasion manquée.
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Vieille chanson du jeune temps
Je ne songeais pas à Rose ;
Rose au bois vint avec moi ;
Nous parlions de quelque chose,
Mais je ne sais plus de quoi.
J'étais froid comme les marbres ;
Je marchais à pas distraits ;
Je parlais des fleurs, des arbres ;
Son œil semblait dire : "Après ?"
La rosée offrait ses perles,
Le taillis ses parasols ;
J’allais ; j'écoutais les merles,
Et Rose les rossignols.
Moi, seize ans, et l'air morose ;
Elle vingt ; ses yeux brillaient.
Les rossignols chantaient Rose,
Et les merles me sifflaient.
Rose, droite sur ses hanches,
Leva son beau bras tremblant
Pour prendre une mûre aux branches ;
Je ne vis pas son bras blanc.
Une eau courait, fraîche et creuse
Sur les mousses de velours ;
Et la nature amoureuse
Dormait dans les grands bois sourds.
Rose défit sa chaussure,
Et mit, d'un air ingénu,
Son petit pied dans l'eau pure ;
Je ne vis pas son pied nu.
Je ne savais que lui dire ;
Je la suivais dans le bois,
La voyant parfois sourire
Et soupirer quelquefois.
Je ne vis qu'elle était belle
Qu'en sortant des grands bois sourds.
« Soit ; n'y pensons plus! » dit-elle.
Depuis, j'y pense toujours.
Victor Hugo, Contemplations, Paris, juin 1831.
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Dans le poème Enivrez-vous, Beaudelaire nous exhorte à lutter contre la fuite du temps.
Charles Baudelaire (1821-1861) est un poète français. L'enfance de Baudelaire se passe auprès d'une jeune mère, son père, peintre, étant mort quand il avait 6 ans. Sa mère se remarie avec le commandant Aupick en 1828. Il commence à étudier le droit, mène la vie de Bohême du quartier Latin ; sa famille, inquiète l'envoie alors en voyage en Indes, voyage stoppé à la Réunion. Les images et l'exotisme de ce voyage marqueront son écriture. De retour en France en 1842, majeur, il entre en possession de l'héritage important de son père et le dilapide. Un conseil de famille le met sous tutelle. Cette situation l'humilie et le révolte. Il choisit alors de vivre de sa plume : il se fait journaliste et critique d'art...dandy.
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Enivrez-vous
Il faut être toujours ivre. Tout est là: c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible
fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.
Mais de quoi? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez vous.
Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, dans la solitude
morne de votre chambre, vous vous réveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l'horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est et le vent, la vague, l'étoile, l'oiseau, l'horloge, vous répondront: "Il est l'heure de s'enivrer! Pour n'être pas les esclaves martyrisés du Temps,
enivrez-vous; enivrez-vous sans cesse! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise."

Baudelaire, Petits poèmes en prose, 1864.
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