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Assis sur les marches de ce qui semblait être sa demeure, le petit homme nous regarda passer, mourant d’envie d’entamer une discussion. De l’autre côté de la rue une affichette fixée sur la porte d’une remise attira notre attention. Un temps d’arrêt nous aida à découvrir ce qu’elle proposait. Il saisit cette occasion pour nous dire
- Si vous voulez y aller, ça se passe en bas du village près de la mairie. Chaque année ils font un loto pour ramasser des sous pour les associations.
- Ah, merci monsieur mais je ne crois pas qu’on ira. On n’est pas tellement habitués à ce genre d’activité et nous ne sommes pas d’ici... Et vous, vous comptez y aller ?
- Oh non à mon âge ça me fatigue. Autrefois j’essayai de ne pas le rater mais je n’ai jamais gagné grand-chose… sauf une fois. Je connaissais celui qui tire les numéros. Un jour je l’ai rencontré au village et je lui ai dit « je gagne jamais à ton loto ». Il m’a dit « viens la prochaine fois et même s’il te manque un numéro crie « carton ». C’est ce que j’ai fait et j’ai gagné une belle pintade…Elle était bien bonne…
- Vous habitez Fitou depuis longtemps ?
- Oh oui ça fait plus d’un demi-siècle.
- Alors vous devez vous y connaître en vins.
- Non pas plus que cela. Moi j’étais dans l’élevage. Je possédais un troupeau de moutons. J’ai commencé avec une trentaine de bêtes. Tout le monde disait que je ne m’en sortirais pas avec si peu de moutons. C’est vrai que cela n’a pas été facile. J’étais célibataire. Je dormais dans la bergerie avec les bêtes. Fitou autrefois c’était un village de bergers. Toutes ces grandes portes que vous voyez, c’étaient des bergeries. Tous les jours ont sortaient les bêtes et on les ramenait le soir.
- Je pensais que c’étaient des remises de vignerons ou des caves de viticulteurs.

- Ça l’est devenu quand on a abandonné l’élevage. Si vous montez sur les terres un peu plus haut, vous découvrirez les abris que les bergers utilisaient autrefois pour se protéger de la pluie ou du vent et rangeaient leur matériel. C’est ce qu’on appelle des capitelles. Elles sont toutes construites en pierres sèches sans liant. Toutes les pierres étaient ramassées sur le terrain. Au XVIIIème siècle la commune de Fitou était très prospère. Son huile avait bonne réputation. Les moutons permettaient de produire de la laine en quantité. Il y avait dans les alentours de belles forêts. Malheureusement on n’a pas su les préserver. Le bois servait à tout. On l’utilisait dans les fours à poterie, les fours à plâtre, le chauffage, la cuisine. Les bûcherons et les charpentiers en usaient à volonté. L’homme n’a pas su renouveler la ressource. De tous temps il y a eu une centaine de troupeaux de moutons qui rasaient l’herbe et des milliers de chèvres qui broutaient les jeunes pousses des arbres empêchant ainsi la forêt de se reformer.
- Mais alors vous avez participé à cette transformation.
- Oui, je le reconnais. Mais il fallait bien vivre. Quand je me suis lancé dans l’élevage c’était déjà trop tard. Le mal était fait. La forêt n’était plus suffisamment étendue et dense pour retenir l’humidité. La tramontane ne nous a pas aidés non plus. Elle dessèche terriblement les terres. On a vu la rue principale du village se transformer en torrent à la suite d’orages violents ou de pluies torrentielles en automne. C’est d’ailleurs comme ça qu’est née la garrigue. L’eau a raviné les collines pour transporter la terre dans la plaine ou dans l’étang.
- Le limon s’est accumulé dans les creux. C’est là que les habitants de Fitou se sont mis à cultiver la vigne. Les moutons ont disparu, les éleveurs aussi. Moi ça ne m’a pas trop gêné parce que j’étais déjà vieux. Mais il a fallu à l’homme beaucoup de travail pour sélectionner les bons cépages. Le vin a été étudié, travaillé, amélioré par un groupe de propriétaires qui utilisaient le moindre recoin fertile. La cave coopérative du village a été créée en avril 1933. Quinze ans après, le vin de Fitou était élevé au rang d’ »Appellation d’origine contrôlée ». Je n’ai pas été viticulteur mais je suis fier de voir le nom de ma commune sur une bouteille de vin de qualité. D’autant que Fitou a été la première « A O C » du Languedoc-Roussillon.
- Eh bien nous en avons appris des choses aujourd’hui. Merci pour tous ces renseignements.
- Merci de m’avoir écouté. Je sais que tout ça n’intéresse pas forcément les jeunes…c’est du passé. Il faut voir devant. Il est tout de même bon d’en tenir compte si on ne veut pas refaire les mêmes bêtises. Bonsoir. Je vais regarder les « infos ».
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