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Au cœur du Leucate existe une rue dont le nom nous interpelle. C'est la rue de la prud'homie. Dans la rue, un local qui ressemble beaucoup à une maison porte l'enseigne gravée sur sa façade "prud'homie". Qu'est-ce qu'une prud'homie ? Il dérive du mot "prud'homme" qui lui même provient de l'ancien mot français "prodome" qui signifiait "homme preux et brave". Les prud'hommes sont élus pour trancher les conflits qui éclatent entre artisans. La prud'homie est le lieu où se réunissent les prud'hommes. Les prud'homies de pêcheurs existent depuis le Moyen-Âge.
Il faut, en effet, remonter à cette époque pour retrouver trace des premières communauté de pêcheurs Méditerranéens. Elles existent toujours. On en compte 33 de Menton à Collioure. Leur rôle est de trancher les litiges survenus à l'occasion de faits de pêche entre patrons pécheurs méditerranéens. Les prud'hommes ne sont pas considérés comme de véritable juges mais font fonction d'arbitres librement choisis par leurs pairs.
La prud'homie de Leucate Pour être pécheurs il fallait être "inscrit maritime' et posséder un rôle, document administratif permettant au pécheur d'exercer son métier et lui donnant le droit d'embarquer sur un bateau. A chaque fois que c'était nécessaire, comme dans chaque prud'homie, les inscrits maritimes de Leucate étaient convoqués par le premier "Prud'homme". A chaque réunion, la présence des pécheurs était pratiquement obligatoire, sous peine d'une amende en cas de manquement. C'est dire comme la discipline était rigoureuse.. C'est ainsi que le petit local de la rue de la prud'homie était plus que plein les jours de réunion. C'était particulièrement le cas lors des réunions où il était question d'attribuer les emplacements de pèche dans les étangs (Leucate-Salses et Lapalme). Le but de ces réunions était d'organiser sur ces étangs, des barrages permettant de piéger les poissons et de les empêcher de rejoindre la mer. Un tirage au sort avait lieu, attribuant un numéro à chaque pécheur. Ce numéro correspondait à un emplacement précis dans la structure du barrage. Il appartenait à chaque pécheur de se plier impérativement à la règle et de ne pas faire défaut le jour venu. Son absence entrainait une faille qui laissait échapper les bancs de poissons vers la mer et par conséquent un manque à gagner pour l'ensemble des pécheurs. Chaque pécheur devait aussi tout particulièrement respecter les dates fixées par le conseil de prud'hommes pour l'organisation et la clôture des barrages. Ces rencontres créaient une animation dans la rue. En 1942 le village comptait 120 pécheurs. Outre le fait d'abriter ces réunions, au rez-de-chaussée était installé un gros chaudron qui permettait aux détenteurs de filets de venir leur donner un coup de jeunesse en les trempant dans une eau bouillante doublée d'une mixture ravivant leur couleur. Aujourd'hui la rue de la prud'homie a perdu son animation et son odeur caractéristique émanant du traitement des filets. Le village ne vit plus au rythme des activités des pêcheurs. On n'entend plus les femmes de pécheurs, ventant le poisson frais que leurs maris venaient de prendre et qu'elles transportaient dans une corbeille en équilibre sur leur tête. . |
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