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On avait pour habitude, dans le canton de Massat, de désigner les personnes en ajoutant à leur nom le lieu où ils habitaient. C'est ainsi qu'Anna portait le sobriquet "d' Anna d'el Par" parce qu'elle habitait "El Par" (Le Par) un petit hameau de la commune de Boussenac sur la "Souleilha", le versant le plus ensoleillé de la vallée de Massat. Le nom de famille d'Anna était "Loubet", un patronyme très répandu dans le Couserans, cette région la plus pauvre du département. Les "Loubet" étaient originaires de la haute vallée du Salat. Ce nom dérive très probablement du mot loup. Leurs lointains ancêtres étaient peut être des chasseurs de loup.
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Anna est née au milieu du XIXéme siècle. A cette époque la région était surpeuplée. Le village de Massat comptait 7180 habitants. Avec 87 habitants au kilomètre carré, le canton avait une des plus forte densité du département de l'Ariège. Chaque foyer abritait quatre ou cinq enfants. Anna avait trois frères. C'était l'ainée. La famille vivait d'un petit lopin de terre défrichée par les ascendants. Comme beaucoup de Massatois elle avait du mal à subvenir à ses besoins. |
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Tout a commencé en 1846, année de la maladie de la pomme de terre. Puis il y eu des épidémies : celle du choléra et d'autres qui firent de nombreux morts dans chaque village. Malgré ces disparitions, la misère s'accentuait avec la surpopulation. Chaque jour on entendait dire que des connaissances avaient quitté le pays pour aller "chercher fortune" ailleurs. En fait ce n'était pas la fortune qu'ils cherchaient mais seulement quelques liquidités à ramener au foyer pour subvenir aux besoins quotidiens. Depuis 1820 déjà, les vieux de la vallée voyaient des jeunes ou moins jeunes quitter le pays |
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Chaque automne, Anna assistait au départ de son proche voisin, ami d'enfance. Quelques temps avant, Il prenait le temps de préparer son alambic qu'il portait à l'épaule. Le jour du départ on le voyait passer sur la route qui menait à Massat, ses plus beaux sabots aux pieds, le large béret sur la tête et le mouchoir attaché autour du cou. Tout le monde savait que son chemin passait chaque année par la Provence. Il allait de ferme en ferme criant "l'aïuardentaire" (l'eau ardente, l'eau qui brûle, l'eau de vie). C'était le distillateur qu'on appelle aussi "bouilleur de cru". L'un des premiers à s'exiler pour aller gagner sa vie ailleurs. |
Anna savait qu'il ne fallait pas qu'elle compte sur la succession des biens de ses parents.
Cette émigration touchait aussi les femmes.
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On retrouvait de nombreuses Massatoises sur les marchés de Toulouse. Au pays on disait qu'elles allaient "tenir la baladeuse", ce petit chariot qui leur permettait de déambuler en proposant des fruits et des légumes de saison. |
| D'autres femmes ont choisi de se "mettre en nourrice". La "mise en nourrice" c'était l'allaitement de nouveaux nés par une femme requise à cet effet.
C'est l'activité qu’Anna choisit. Elle quitta le pays pour entrer dans un nouveau monde qui se développa à partir de 1830. Ce monde d'une nouvelle bourgeoisie des villes qui aimait paraître en ayant une nourrice à la maison. La nourrice sur le lieu de vie de l'enfant c'était un signe extérieur de richesse. |
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Pendant un temps Anna fit partie de ce marché qui se développait en raison des difficultés rencontrées par le monde qu'elle avait laissé dans le Couserans, cette contrée miséreuse de l'Ariège. A Toulouse chaque famille nantie cherchait la nourrice idéale. Des réseaux se créaient. C'est ainsi que petit à petit les filles de Bethmale, une autre contrée de l'Ariège ont acquis une réputation de nourrices idéales... celles de Massat aussi. Anna bénéficiera comme toutes les nourrices d'un traitement de faveur. Elle sera choyée et bien habillée comme le prouve sa photo longtemps posée sur le bord de la cheminée de la maison. |
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A Massat, mariée à un descendant de "cultivateur", Anna se partagera entre l'éducation de ses deux enfants (Marie-Louise et Marcel) et la gestion de la ferme familiale dont elle aura la responsabilité. Son époux (François) obtenant une place de cantonnier au village, permettra à la famille de mieux vivre. Arrivée à son âge de jeune fille, Marie-Louise, la fille d'Anna choisit de quitter définitivement le pays pour apprendre et exercer le métier de modiste à Toulouse. C'est le garçon, Marcel, qui prendra la succession et gèrera les travaux de la ferme, exerçant lui aussi, pendant une période le métier de cantonnier pour faire face aux frais de scolarité des enfants pour qui il n'était pas question de continuer à vivre au pays. Ainsi petit à petit, le Couserans s'est vidé de ses forces vives et de sa "matière grise". Aujourd'hui encore le pays a du mal à se sortir de cette situation miséreuse vieille de plus de deux siècles.
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