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Ercé, petit village non loin de Massat. Quelle est la raison de la présence de cette troupe avec ces animaux ? La vie à Ercé durant les années 1800 n’était pas facile. Sur les pentes aujourd’hui boisées se cultivait autrefois la pomme de terre, jusqu'en haut, sur des terrasses étroites. Les mois d'été on engrangeait du foin et des provisions pour l'hiver. La moindre parcelle de terre était exploitée pour produire de quoi vivre en autarcie ( légumes, seigle, maïs, fruit), chaque maison élevait cochon, volailles, bétail. Les vallées d’Alet et du Garbet étaient très peuplées. Vers 1850, on y comptaient jusqu'à 10.000 habitants (pour 1500 environ aujourd'hui). Mais en raison des conditions de vie difficiles les habitants s’expatriaient pour exercer des travaux leur permettant de continuer à vivre au pays (vendanges, travaux agricoles en Espagne, colportage) Dans ces deux vallées on n’ira pas sur les routes pour vendre breloques, statuettes ou articles de mercerie. Un gros bâton à la main les bergers d' Ercé, d'Aulus ou d' Ustou, mèneront à travers le pays un animal enchaîné qu’ils ont dressé. Ce compagnon c’est l’animal de rêve des enfants : l’ours, animal de légende. En 1880 une cinquantaine d’hommes exerçaient le métier de montreurs d’ours. Il y eut même à Ercé une école, unique en France qui forma jusqu'à la guerre de 14-18, ceux qui partaient exercer ce métier en France, en Europe puis aux Etats-Unis pour essayer d’y faire fortune. C’est ainsi qu’ Ercé connut une forte émigration Le métier de Montreur d’Ours était pratiqué depuis le Moyen-Age, en France et dans toute l'Europe, par les Tziganes ou Bohémiens A la fin du XVIIIe siècle, on voit les premiers Montreurs d'Ours pyrénéens à Ustou.. Au XIXe siècle, cette activité périclite à Ustou pour se développer dans la vallée du Garbet (Ercé, Oust, Aulus). Les oursons capturés jeunes, dans les Pyrénées étaient dressés. On leur apprenait à marcher sur leurs deux pattes de derrière, à mimer un corps à corps ou l'attaque d'un troupeau. Les oursons vinrent petit à petit à manquer. Cela a poussé les dresseurs à les acheter à Marseille où l'on trouvait des marchands d'animaux s'approvisionnant dans les pays des Balkans Les Montreurs d'Ours pyrénéens ont été moins nombreux à partir du début du XXème siècle. C’est sans doute le début de la guerre 1914-18 qui a favorisé l’extinction de cette activité. Les Tziganes et le Bohémiens continuèrent néanmoins à parcourir l’Europe avec leurs ours. Il est bon de noter que cette activité de Montreur d’Ours a favorisé l’émigration de nombreux habitants de la vallée du Garbet vers les Etats-Unis. Ces hommes et femmes ont, par la suite, changé d’activité pour exercer d’autres métiers, dans la restauration, en particulier. L’émigration temporaire au début, faisait que les pyrénéens revenaient au pays "fortune faite". Actuellement beaucoup ne reviennent dans la vallée que pour passer quelques jours de vacances. Ce mouvement migratoire est caractéristique de la vallée. Rares sont les maisons qui n’ont pas un occupant ayant passé un temps en Amérique : on les appelle les Américains de la vallée. |
C’est l’été. Nous voilà lors d’une de nos pérégrinations, à Ercé, petit village non loin de Massat.
Le village se niche au bas du versant ensoleillé de la vallée du Garbet.
La vie à Ercé durant les années 1800 n’était pas facile. Sur les pentes aujourd’hui boisées se cultivait la pomme de terre, jusqu'en haut, sur des terrasses étroites.

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En 1880 une cinquantaine d’hommes exerçaient le métier de montreurs d’ours |
Les mois d'été on engrangeait du foin et des provisions pour l'hiver. La moindre parcelle de terre était exploitée pour produire de quoi vivre en autarcie ( légumes, seigle, maïs, fruit), chaque maison élevait cochon, volailles, bétail. Les vallées d’Alet et du Garbet étaient très peuplées. Vers 1850, on y comptaient jusqu'à 10.000 habitants (pour 1500 environ aujourd'hui). Mais en raison des conditions de vie difficiles les habitants s’expatriaient pour exercer des travaux leur permettant de continuer à vivre au pays (vendanges, travaux agricoles en Espagne, colportage) Dans ces deux vallées on n’allait pas sur les routes pour vendre breloques, statuettes ou articles de mercerie. Un gros bâton à la main les bergers d' Ercé, d'Aulus ou d' Ustou, menaient à travers le pays un animal enchaîné qu’ils avaient dressé. Ce compagnon c’est l’animal de rêve des enfants : l’ours, animal de légende. |
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Au XIXe siècle, cette activité périclite à Ustou pour se développer dans la vallée du Garbet (Ercé, Oust, Aulus). Les oursons capturés jeunes, dans les Pyrénées étaient dressés. On leur apprenait à marcher sur leurs deux pattes de derrière, à mimer un corps à corps ou l'attaque d'un troupeau. Les oursons vinrent petit à petit à manquer. Cela a poussé les dresseurs à les acheter à Marseille où l'on trouvait des marchands d'animaux s'approvisionnant dans les pays des Balkans
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Les Montreurs d'Ours pyrénéens ont été moins nombreux à partir du début du XXème siècle. C’est sans doute le début de la guerre 1914-18 qui a favorisé l’extinction de cette activité. Les Tziganes et le Bohémiens continuèrent néanmoins à parcourir l’Europe avec leurs ours. Il est bon de noter que cette activité de Montreur d’Ours a favorisé l’émigration de nombreux habitants de la vallée du Garbet vers les Etats-Unis. Ces hommes et femmes ont, par la suite, changé d’activité pour exercer d’autres métiers, dans la restauration, en particulier. |
Un dimanche d'été. C'est la fête au village. Traditionnellement les villageois assistent à la messe.
A la sortie de l'église les paroissiens mangent le pain qui a été béni durant la cérémonie.
Trois musiciens attendent sur le parvis de l'église. Ils sont accompagnés de trois magnifiques ours.
Les paroissiens assistent à un mini concert de musique d'origine slovaque.
Instruments utilisés : un cymbalum, une flute de pan, une mini harpe.
Pourquoi des ours à Ercé ?
Il fut un temps où les ours et ceux qui les montraient, les "oursaillers", sillonnaient la France et allaient même jusqu'en Amérique gagner leur vie.
Vers 1850dans les vallées du Garbet et de l'Alet en Pyrénées Ariègeoises tout le monde comptait parmi les proches un montreur d'ours.
On achetait un ourson qu'on nourrissait au lait et à la farine de maïs pour lui enlever son instinct carnassier. Puis on lui apprenait quelques numéros : faire la quête, boire du vin, lutter avec son maître...
Il existait même une école de dressage à Ercé et à Oust.
Plus de deux cents montreurs d'ours ariégeois sont partis aux Etats Unis.
C'est la guerre de 1914-18 et une loi interdisant de montrer des animaux sauvages qui a mis fin aux montreurs d'ours des Pyrénées.

Aujourd'hui, l'histoire incroyable des "oursaillers" de la vallée d'Ercé garde des traces au travers des cartes postales émises lors de cette période extraordinaire.
A Ercé et dans les villages voisins d'Ustou, Aulus et Oust, dans les vallées du Garbet et de l'Alet, en Pyrénées ariégeoises, beaucoup d’habitants ont, parmi leurs ancêtres un montreur d'ours.
On les appelle ici les «oursaillers».
En 1850, la vie dans ces vallées boisées était difficile. La misère poussait les jeunes Ariégeois à trouver de nouvelles sources de revenus. Ils achetaient un ours et ils partaient sur les routes de France puis en Amérique. Certains décidaient d'apprivoiser des ours, de les dresser et d'aller les montrer.
On chassait l’ourse souvent pour récupérer le petit. Celui-ci était nourri au lait et à la farine de maïs pour lui soustraire son instinct carnassier. On lui apprenait quelques numéros.…
A Ercé, existait une école de dressage. Quand l'ours entrait dans l'âge adulte, on le ferrait c'est-à-dire, qu'on lui plaçait un anneau au niveau du museau pour y accrocher une chaîne pour le conduire et l'obliger à obéir.
Durant la période de 1850 à 1914, 300 à 400 personnes se prétendaient «oursaillers» à Ercé.
Ils étaient une centaine à Oust et autant à Ustou.
A partir de 1860, les ours des Pyrénées moins nombreux, ne suffirent plus à «équiper» les montreurs. Ceux-ci faisaient le voyage vers Marseille qui devint la plaque tournante du commerce des ours venus des Balkans.
Après avoir parcouru les routes de France avec leur ours certains montreurs partaient pour Liverpool et New York menus d'une carte des chemins de fer des États-Unis et d'un revolver : là-bas les routes étaient dangereuses. Le montreur d'ours gagnait bien sa vie (plus qu'un instituteur du pays). C'était le prix des difficultés auxquelles ils devaient faire face. Ils ne savaient pourtant ni lire ni écrire.
Au départ, ils ne parlaient que l'occitan mais avec le temps étaient capables de maitriser parfaitement l'anglais.
Leurs gains permettaient d'aider les familles restées au pays dès qu'ils commençaient à gagner quatre sous.
Près de 200 montreurs d'ours ariégeois ont franchi l'Atlantique pour se retrouver à New York, au cœur de Manhattan.
Malheureusement, une nouvelle loi américaine entrava l'activité des montreurs. Celle-ci interdit de promener les animaux sauvages. La Première Guerre mondiale mit complètement fin à leur activité.
La Chapelle des "Oursaillers"
Après avoir traversé le petit village de Cominac, célèbre pour ses granges il faut prendre la direction d'Oust pour découvrir une chapelle creusée sur la bas-côté de la route pour renouveler la mémoire de certains "oursaillers" restés célèbres dans le pays pour avoir grandement aidé la population.

Ils ont été en particulier les défenseurs de leur église lorsque l'état décida la séparation des biens de l'état et de l'église.

1906 :
Des ours contre la LAÏCITE en ARIEGE ?
La LAÏCITE fait beaucoup parler d'elle en ce moment.
Voici la définition qu'en a donné notre ministre de l'Education nationale à la « Journée des Référents Laïcité » le 4 novembre 2015 :
"La laïcité, c'est l'équilibre ainsi patiemment construit dont nous sommes aujourd'hui les dépositaires, avec la pleine conscience que le péril de l'’intangibilité, du refus de toute évolution, est tout aussi attentatoire à l'’essence même de
la laïcité que la tentation de l'’adaptation du mouvement permanent. "
Difficile de tout bien saisir...Essayons d'y voir plus clair. Une étape importante de la mise en application de la laïcité en France a été la loi sur la séparation des biens de l'Etat et de l'Eglise votée en 1905. L'année 1906 a vu l'application de cette loi par l'inventaire des lieux de cultes
Voyons ce qui a mené l’Etat français à effectuer ces inventaires et intéressons-nous à la façon dont l’évènement a été vécu dans le département de l’Ariège et plus particulièrement dans la région du petit village de Massat
ETAT et RELIGION en France.
Jusqu’à la Révolution française, depuis des siècles, Eglise Catholique Romaine et Etat Français ont toujours été solidement liés. A la Révolution, les choses évoluent. L’idée Républicaine fait son chemin, la Démocratie s’installe face à l’Eglise qui veut absolument garder son rôle politique. Déjà en 1793, le clergé est dépossédé de ses biens. Huit ans après, en 1801, Napoléon Bonaparte et Le pape Pie VII signent un accord appelé « Concordat ». Le catholicisme est considéré comme « religion de la majorité des français ». Les prêtres français deviennent fonctionnaires de l’état qui les rétribue. Le gouvernement français désigne les évêques qui reçoivent l’investiture par le Saint Siège. Les catholiques se sentent à la fois dépendant et protégés par l’Etat.
En 1871 nait la IIIème République. Les hommes politiques s’éloignent de plus en plus de la religion considérant qu’elle ne doit plus être considérée comme le fondement de la société mais une opinion qui appartient à chaque individu.
A partir de 1880 l’idée de laïcisation se développe. Les jésuites sont expulsés. En 1882 les écoles et les hôpitaux sont laïcisés. On retire les crucifix des tribunaux. Les relations entre l’Etat et Rome se dégradent face à l’idée de séparer l’Etat et l’Eglise et de faire voter une loi de séparation Etat-Eglise.
C’est le 9 décembre 1905 que cette loi est votée. Loi selon laquelle, l’Etat ne reconnait plus aucun culte qu’il soit catholique, protestant, Israélite. Républicains et Religieux sont séparés. Les prêtres ne sont plus payés par l’Etat. Les frais d’entretien des lieux de culte religieux doivent être assurés par des associations de fidèles. Avant de mettre ces lieux à leur disposition, les agents du domaine doivent en faire l’inventaire.
Dès lors les tensions sont inévitables. Les mouvements de protestation vont même jusqu’à la révolte.
LES INVENTAIRES DANS LA REGION DE MASSAT.
Au moment de la préparation et du vote de la loi à l’assemblée nationale la première manifestation pacifique des contestataires prit la forme de pétitions signées dans chaque commune du canton.
En 1905, le Maire de Massat est alors Léon Galy Gasparrou. Il a été élu député de l’arrondissement de St Girons en 1902 avec 9290 voix. Sur ce même territoire la pétition est signée par environ 11000 personnes. Face à l’importance de cette contestation le député se vit pratiquement contraint de défendre la position de ses électeurs. Dans le Canton de Massat il y avait un total d’environ 1900 signataires contre les inventaires.
A partir de janvier 1906, l’administration organise les inventaires prévus sur le territoire national. Les évêques incitent les prêtres à protester contre les agents de l’Etat tout en restant passifs.
Le 30 janvier 1906 le curé de Massat, Bernard Daran suit à la lettre les consignes de l’évêque de St Lizier en lisant une protestation. A l’église Notre Dame comme à la chapelle de Laisle, l’inventaire se passe sans embuche devant quelques personnes complètement désintéressées par les activités des huissiers.
Le 12 février, les agents du Domaine se déplacent au village de Liers. Ils sont reçus par le prêtre Nigoul qui les guide et assiste à l’inventaire devant quelques fidèles indifférents.
Dans l’église du Port , le 15 février l’intervention des agents se passe dans une ambiance plus agitée. Le curé du village, Doumenjou, est connu pour son caractère entier. Il lit une protestation murement préparée démontrant le côté « atteinte aux libertés » que représente cette loi du 9 décembre 1905. Après son intervention, des fidèles venus lui prêter main forte se mettent à chanter des cantiques. Cela dure jusqu’à la fin de la démarche des agents.
Il arrivait souvent, au cours de ces inventaires que certains fidèles réclament des objets qu’ils avaient offerts à l’église, considérant qu’ils en étaient propriétaires. Ce fut le cas au Port mais aussi à Biert où le curé Bonzom insista sur le fait que « ce sont les paroissiens eux-mêmes qui ont bâti l’église » . « Quant aux objets mobiliers, ils sont le produit de leur générosité … »
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| En 1905 l’état impose un inventaire des biens de l’église pour satisfaire la mesure de la séparation des biens de l’état et de l’église. Dans le hameau, la population refuse de laisser le percepteur entrer dans l’église. Des ours montent la garde à l’entrée. Le curé de la paroisse lit une lettre dans laquelle il explique que la construction de l’église a été financée par les paroissiens et qu’il n’est donc pas question de se laisser confisquer ce bien qui leur appartient. |
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Clocher de l'église |
Vue d'ensemble de l'église construite par les habitants de Cominac. |
Un hameau de Cominac, l'église et la vallée du Garbet |
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« Cominac : une église défendue par les ours » Des habitants de Cominac (Cominac est situé légèrement au nord de Massat sur la carte ci-dessus), canton d’Oust, ont trouvé pour défendre leur église, un moyen qui mérite d'être légué à la postérité. Monsieur Peytou, percepteur d’Oust se rendit à Cominac lundi 5 mars pour procéder à l'inventaire de l'église. Et se disposait à remplir sa besogne, quand tout à coup il aperçu quatre ours démesulés, l'air féroce, attachés à la porte des de l'église.Devant cette garde de nouveau genre il jugea bon de ne pas insister et se retira aussitôt.L'idée de défendre l'église avec des ours a obtenu, à Saint-Girons, un succès énorme. On fait circuler un propos tenu par les habitants de Cominac : « Nos ours ont bâti notre église, ce sont eux qui la défendront. » En effet, les gens de Cominac, après avoir fait danser leurs ours en France et à l’étranger, avait fait, à leur tour, des dons importants affectés à la construction de l'église. » |
DES OURS CONTRE L’INVENTAIRE !
Le 6 mars 1906 est prévue l'inventaire de l'église de Cominac sur la commune d’Ercé. Le percepteur d’Oust se rend à Cominac afin de procéder à l'inventaire. Arrivé sur les lieux, un curieux spectacle s'offre à lui. Trois cents personnes, hommes, femmes et enfants bloquent l'entrée de l'église. Au curé de Cominac, se sont joints trois autres prêtes. Et au milieu de ce rassemblement, trois beaux ours. En effet, l'inventaire de Cominac est connu pour avoir été empêché par la présence d'ours.
Mais remontons quelques décennies pour comprendre cet épisode « historique ».
En 1833, Cominac ne possèdent pas d'église sur ses terres. Les 67 familles du village sont composées de chrétiens croyants et pratiquants. Or, pour les offices du dimanche ainsi que toutes les autres cérémonies religieuses rythmant la vie des catholiques, les 600 habitants de Cominac doivent se rendre à Ercé, ce qui ne facilite pas la pratique de la religion. Aussi ils décident de construire à leurs frais une église, à Cominac. Dans un acte notarié daté du 28 décembre 1833 67 chefs de familles s'engageant à bâtir cette église. Une première partie de l'édifice sort de terre entre 1834 et 1839.
Puis, au milieu du XIXe siècle, un nouvel horizon s’ouvre aux paysans de Cominac. Dès le printemps, les hommes de Cominac partent à l'aventure, avec leurs ours dressés sur les routes de France et de l'étranger. Les vallées du Garbet et de l’Alet ont près de 200 éleveurs d'ours vers 1880. Dans la seule commune d’Ercé, une cinquantaine de ces oursaliers est dénombré en 1890. Ils sont encore une vingtaine en 1909. Les montreurs d'ours parcourent alors la France pour présenter leur numéro. Les ours dansent et exécutent quelques tours. Certains montreurs d'ours franchissent les mers pour chercher fortune. Ainsi, des ariégeois et leurs bêtes donnent leur spectacle en Angleterre, en Irlande et jusqu'aux États-Unis d'Amérique ou au Mexique ou au Brésil. Ces hommes ne retournent en Ariège qu’après cinq années d'absence. Mais ce métier leur permet de rapporter de l'argent pour leurs familles ainsi que pour la construction de l'église. De la sorte, l'église est agrandie lors d'une seconde période de travaux entre 1862 et 1869.
Tous les habitants de Cominac sont conscients des sacrifices que leur a coûté la construction de l'église. Alors, quand en 1905, la loi de séparation est votée et que les inventaires sont institués la population ne veut pas laisser partir son bien. Elle considère que l'église a été construite par les habitants sur leurs propres terres. Elle ne revient donc pas à l'État, ni au département, ni à la commune mais elle reste à ceux qui l’ont édifiée.
Lorsque le 20 février 1906, l'abbé Mirouze reçoit un avertissement lui indiquant la tenue de l'inventaire fixé au matin du 6 mars 1906, il est bien déterminé à défendre l'église. Le curé fait alors part de cette visite à ses confrères d’Aulus, d’Aleu et d’Ercé. Les quatre ecclésiastiques décident de résister aux pouvoirs républicains par tous les moyens. L’inventaire d’Aleu s’est déroulé le 24 février sans aucun incident. A Aulus le 26 février, l'inventaire a été perturbé par la lecture de deux lettres de protestation et la manifestation de 80 personnes. Le 3 mars, l'inventaire des chapelles d’Ercé est plus mouvementé. Le curé engage une foule d'environ 100 individus à protester contre l'inventaire et empêcher son exécution.
Au petit matin du mardi 6 mars, quelques paroissiens sont postés sur la route qui mène à Ercé. Les hommes valides mobilisés par le curé, sont postés devant l’église avec les trois curés conviés à l'opération. Vers neuf heures trente, les guetteurs font de grands gestes et alertent à coups de sifflets le carillonneur qui s'empresse de sonner le tocsin : les autorités sont en vue. La population de Cominac laisse ses travaux et accourt vers l’édifice religieux qu’elle a construit. Trois beaux ours sont déjà devant l'église. L’organisation de la résistance ne fait aucun doute. Les paroissiens sont restés à l'intérieur de l'église après la messe du matin ; certains prient à genoux sur leur chaise, d'autres égrènent leurs chapelets. Quelques 200 femmes attendent à l'extérieur, protégées par une centaine d'hommes et les trois ours. Quatre hommes arrivent enfin. Il s'agit de deux gardes champêtres d’Ercé, ainsi que du maire adjoint accompagnant l'agent des Domaines. Leur surprise est grande de trouver une foule si nombreuse, mais surtout de voir trois ours dressés sur les pattes postérieures prêts à défendre l'église. Le percepteur tente alors de négocier avec les ecclésiastiques. Mais le curé d’Ercé appelle les habitants à la résistance et déclare : « Nous résisterons jusqu'au bout car nous préférons mourir dans le sang plutôt que de vivre dans la boue. Par précaution, le percepteur préfère se retirer et reporter l'opération d'inventaire à une date ultérieure. » Au plus grand étonnement des habitants de Cominac, leur histoire dépasse le cadre de la circonscription. Le 11 mars suivant, un article de « La liberté Saint-Gironnaise » relate cet épisode de lutte contre le gouvernement. Le percepteur est présenté comme un bien piètre représentant de l'État. Il a peur. Il tremble à son arrivée devant la foule. Les trois ours sont à l'origine de cet embarras. Puis il se perd dans des explications erronées.
La semaine catholique de Toulouse du onze mars consacre également un article
« Cominac : une église défendue par les ours »
Des habitants de Cominac, canton d’Oust, ont trouvé pour défendre leur église, un moyen qui mérite d'être légué à la postérité. Monsieur Peytou, percepteur d’Oust se rendit à Cominac lundi 5 mars pour procéder à l'inventaire de l'église. Et se disposait à remplir sa besogne, quand tout à coup il aperçu quatre ours démuselés, l'air féroce, attachés à la porte des de l'église. Devant cette garde de nouveau genre il jugea bon de ne pas insister et se retira aussitôt. L'idée de défendre l'église avec des ours a obtenu, à Saint-Girons, un succès énorme. On fait circuler un propos tenu par les habitants de Cominac : « Nos ours ont bâti notre église, ce sont eux qui la défendront. » En effet, les gens de Cominac, après avoir fait danser leurs ours en France et à l’étranger, avait fait, à leur tour, des dons importants affectés à la construction de l'église. »
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