| En 1651 Louis de Froidour entre au service forestier comme « Conseiller lieutenant général des eaux et forêts. » , voyageant à cheval avec une petite escorte, il dresse un état des forêts royales et se renseigne sur la vie des communes et des seigneuries. Au cours de ses déplacements, il écrit à quatre reprises à son ami M. de Héricourt, conseiller au présidial de Soissons, « procureur pour le Roi en la réformation des forêts du département de Toulouse, » pour lui faire part de ses impressions de voyage . |
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DES OURS, DES LOUPS, DES SANGLIERS CONTRE LESQUELS IL FAUT FAIRE LA GUERRE. Je m’enquis enfin s’il n’y avait pas beaucoup de bêtes farouches dans ces montagnes, comment ils faisaient pour préserver leurs bestiaux et comment ils les nourrissaient lorsqu’ils les avaient tirés de la montagne ; ils me dirent qu’il y avait quantité de loups, de sangliers et d’ours, et même ils me firent voir quantité de millets et de blés sarrasins crûs sur les terres défrichées de ces montagnes, qui étaient entièrement mangés et gâtés. Ils me dirent que cela avait été fait par les ours, et que ces trois sortes de bêtes faisaient ordinairement la guerre à leurs biens et à leurs bestiaux, contre lesquelles ils se défendaient avec des chiens beaucoup plus grands et plus forts que ceux que vous avez pu voir jusqu’ici ; et afin que ces chiens puissent avec plus de sûreté attaquer ou se défendre de ces bêtes, ils leur mettent au col un collier garni de grands clous.
L’un de ces paysans à qui je parlais avait, trois jours auparavant, fait une action fort hardie contre un ours ; l’ayant trouvé par hasard qui mangeait son millet, il prit le bâton dont il se sert pour la conduite de ses bœufs, et il fut droit à l’ours, faisant grand bruit. Cet ours, effrayé du bruit, fut à l’arbre le plus prochain et monta dessus ; le paysan le poursuivit appelant ses voisins au secours ; l’ours voulant descendre, le paysan le piqua de la pointe de fer que vous savez qui est au bout de ces sortes de bâtons, et par ce moyen l’obligea à remonter au bout de l’arbre et l’empêcha de descendre jusqu’à ce que ses voisins, armés de fusils, vinrent à son secours et tuèrent l’ours sur l’arbre.
LES GENS DU COUSERANS, DE GRANDS CHASSEURS Ces paysans me dirent encore, qu’outre ces sortes d’animaux, il y avait des chevreuils et des isards. Je ne vous dis rien des chevreuils, parce que vous savez ce que c’est. Mais il faut que je vous dise que les isards sont ce que nous appelons en France chamois ; ce sont des animaux qui tiennent de la biche, de la chèvre et du chevreuil. Ils ont le poil de la biche, la grandeur des plus grands chevreuils, et la forme à peu près de la chèvre. Je vous en rapporterai une corne, que j’ai arrachée moi-même à la tête d’un de ces animaux qu’un paysan de Seix avait tué. Au reste c’est le plus vite et le plus dispos de tous les animaux. Il n’est rien de si rare que d’en avoir de vifs, parce qu’ils sont ordinairement dans les lieux les plus âpres, et qu’il n’y a point de chasseurs et de chiens qui puissent les suivre ni les atteindre. L’on m’a fait voir une fenêtre, de laquelle un petit isard, qui n’avait point encore la corne, avait sauté. C’était un petit animal qui avait été pris à la tanière sans la mère, lequel j’ai vu moi-même ; et en vérité la fenêtre était à quinze ou seize pieds de hauteur du rez-de-chaussée. Lorsqu’on en attrape, il faut les surprendre et les tuer à coups de fusil et quelquefois ils se tuent aussi eux-mêmes en deux manières, savoir lorsqu’ils ont mal pris leurs mesures pour sauter, étant un peu rigoureusement poursuivis, et lorsqu’ils se veulent gratter avec le pied de derrière, lequel en ce faisant, ils engagent assez souvent dans leurs cornes et se laissent ainsi tomber. Comme les lieux où ils se trouvent sont pleins de précipices, on en trouve quelquefois qui se tuent de cette manière. Ils me dirent encore qu’on voyait dans ces montagnes, mais fort rarement, des perdrix blanches, des merles blancs, et des corneilles à bec et à pieds rouges.
Pour ce qui est de leurs bestiaux, je vous ai dit la manière dont ils les tiennent dans leurs montagnes pendant l’été ; et ils me dirent que, pendant l’hiver, lorsque toute la terre était couverte de neige, ils les tenaient dans les granges et leur faisaient manger l’herbe qu’ils avaient recueillie pendant l’été dans les forêts et dans les prés. Pour ce qui est du printemps et de l’automne, aussitôt que la neige commençait un peu à fondre, ou jusqu’à ce qu’elle eût tout à fait couvert la terre, ils les mettaient en pâture dans les bois et dans les prairies, dont ils leur font manger les feuilles et l’herbe. DU SEL ACHETE AUX ESPAGNOLS POUR SOIGNER LES BÊTES. Comme la plupart du temps ces bestiaux avalaient autant de terre et de neige que l’herbe, ils les réchauffaient et les purgeaient en leur donnant du sel à manger. A raison de cela, le sel est la marchandise dont les Espagnols font le plus grand débit chez eux ; le bon marché auquel on le leur vend, l’extrême nécessité qu’ils en ont, et la franchise et la liberté qu’ils ont eues de tout temps de commercer de ce sel, font que, dans ce pays et généralement par toutes les montagnes, il n’y a rien de plus odieux que le nom de gabelle.
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