En 1651 Louis de Froidour entre  au service forestier comme « Conseiller lieutenant général des eaux et forêts. » , voyageant à cheval avec une petite escorte, il dresse un état des forêts royales et se renseigne sur la vie des communes et des seigneuries. Au cours de ses déplacements, il écrit à quatre reprises à son ami M. de Héricourt, conseiller au présidial de Soissons, « procureur pour le Roi en la réformation des forêts du département de Toulouse, » pour lui faire part de ses impressions de voyage .

 

  

Le Couserans, un pays de montagnes surpeuplé où on vit bien

Mais que penseriez-vous, mon cher compère, que soient les belles prairies et les granges de ce pays-là. Je vous ai dit quelle sorte de pays était le Couserans et, que tant que nous y avions marché, nous ne pouvions rien voir à droite ni à gauche que des montagnes si serrées que, le long des rivières à peine, il y avait un sentier pour le passage d’un homme ou d’un cheval, et qu’aux endroits où les vallons s’élargissaient un peu, c’était là où les villages étaient situés, mais si pressés que tout le terrain était occupé par les maisons.

Cela est très vrai, et c’est une espèce de merveille de voir une quantité si considérable de monde en un si petit pays, où on ne fait aucune dépouille de vin et où on ne recueille pas la douze ou quinzième partie du blé qu’il faut pour la nourriture des habitants, et que cependant on y vit ainsi que dans les meilleures contrées.

MASSAT - Le Couserans en 1667 (3)

Aujourd'hui

LA RUSE

Village né du besoin de terrain pour vivre.

On commençait par défricher après s'ètre assuré que le besoin en eau pouvait être satisfait.

Lorsque la terre ne suffisait pas on créait un autre "quartier". C'est ainsi que l'on distingue nettement "La Ruse d'en haut" et "La Ruse d'en bas".

Peu de terre mais du beau millet et les plus beaux blés sarrasins.

Le peu de terres qui sont en labour sont sur des montagnes, que les habitants ne peuvent point humecter avec les ruisseaux ou les eaux des fontaines ; et je ne pourrais jamais croire, si je ne l’avais vu, qu’il fût possible à des hommes de grimper en des lieux ou sur des rochers, où il y a quelque peu de terre que j’ai vue bien labourée, et où croissent les plus beaux millets et les plus beaux blés sarrasins que l’on puisse y voir. Les prairies sont de même sur des penchants de montagnes et sur des précipices, où vous ne pourriez jamais vous imaginer que les hommes pussent aller ; et pour cela, ils font les ménagements admirables de toutes les eaux, qui sont sur les montagnes les plus hautes, et qu’ils conduisent tout le long de ces précipices, les tournant et les détournant ainsi que bon leur semble, par des petits canaux qu’ils font, au moyen desquels arrosant incessamment ces lieux, qui naturellement seraient secs et arides, ils font de très agréables prairies.

MASSAT - Le Couserans en 1667 (3)

Aujourd'hui

En beaucoup d'endroits la nature a repris ce qu'on lui avait volé.

Les arbres repoussant cachent le terrain qui servait de pâturage ou de culture.

Certaines de ces maisons sont occupées par des "estivants".

 

 

La "conquête" du bois pour créer des prairies.

Comme les bois, dont toutes ces montagnes étaient ci-devant couvertes, sont de peu de valeur ou de peu de considération, lorsqu’un paysan a découvert quelque endroit dans lequel il peut commodément faire aller de l’eau, il ne se donne pas la peine de couper, mais d’abord il met le feu et brûle tout le bois du lieu dont il veut se servir, laboure ensuite cette terre échauffée et y fait deux ou trois dépouilles de grains ; après quoi il en fait des prés en la manière que je viens de vous dire, parce que, la richesse de ce pays consistant en bestiaux, il n’y a rien qui soit plus précieux et plus recherché que les prairies je vous laisse à juger sur cela du bel état auquel j’ai trouvé les forêts de ce pays.

 

MASSAT - Le Couserans en 1667 (3)

Aujourd'hui

Un pays où le bois domine.

Le chemin de la diligence passait autrefois devant cette maison aux murs blancs.

Photo prise depuis la route qui va  de Massat au Col de Port.

De rudes conditions de vie

Pour ce qui est des granges, ce sont de misérables chaumières, bâties à demi-côte ou sur la hauteur des montagnes qui ne sont point les plus hautes ; car rarement on tient les bestiaux en bas, pour la raison qu’il ne faudrait faire autre chose que de les faire monter et descendre, de plus parce qu’il faudrait y voiturer les foins, ce qu’il ne se pourrait sans frais et sans pertes ; pour cela, on les tient dans ces chaumières, qui sont divisées en deux espaces, dont l’une est la bergerie, mais fort étroite, et l’autre est la demeure des paysans qui, la plupart du temps, sont pêle-mêle avec les bestiaux.

Le grenier sert à resserrer les foins ; la paille est fort rare, et, pour peu qu’il y en ait, elle sert de lit aux habitants. Les animaux n’ont d’autre litière que la fougère sèche qu’on leur donne aussi à manger dans les nécessités. Il n’y a dans ces maisons, et même dans la plus grande partie de celles qui sont dans la vallée, ni cheminées ni fenêtres, et, à la plus grande part, il y a double porte, et cela pour se défendre des neiges qui les accableraient, s’ils leur donnaient la moindre ouverture.

Ces paysans sont quelquefois deux et trois mois sans sortir, demeurant enfermés dans ces tanières comme des renards. Vous serez bien étonné quand je vous dirai qu’ils sont quelquefois quatre ou cinq mois sans manger du pain, ne vivant que de lait qu’ils font bouillir avec un lieu de farine de millet et de blé sarrasin, sans même en ôter le son, et quelquefois avec des fèves.

J’ai eu la curiosité de voir quelques-unes de ces granges et j’ai admiré comme ces pauvres gens y pouvaient subsister. On y sent la fumée d’une manière surprenante, et la fumée aussi y fait un tel effet que les murs et les planchers sont noirs et luisants beaucoup plus que l’ébène. Il n’y a point de vernis fait à plaisir qui puisse égaler celui-là, et pour vous le bien figurer, il faut que vous imaginiez du bois ou des pierres sur lesquelles on aurait pris plaisir à couler de la poix fondue.

MASSAT - Le Couserans en 1667 (3)

Aujourd'hui

Ces bâtisses couvertes de tôles ondulées ont été  construites par les paysans  avec les pierres du pays. Elles  servaient de maisons et de granges.

A gauche la maison avec son balcon sur la façade la plus ensoleillée.

A droite le local qui servait au stockage du foin (étage) et d'étable (rez-de-chaussée). 

La communication entre les deux locaux permettait le passage de l'un à l'autre pendant la saison hivernale lorsque le "pays" était couvert de neige. 

 

 

MASSAT - Le Couserans en 1667 (3)

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