Louis XIV

gouverne la France. 

MASSAT - Le Couserans en 1667.

                                       

 

En France les forêts sont abîmées et on en tire plus guère assez de bois pour  fabriquer des navires : c'est l'opportunité de lancer une grande réforme de la gestion des forêts du royaume et en particulier de celles du midi.

Louis XIV décide, avec Colbert de cette réforme

.

MASSAT - Le Couserans en 1667.

    Jean-Baptiste Colbert, 

     contrôleur général des finances de Louis XIV depuis 1665

     charge Louis de FROIDOUR en 1666 de la réorganisation de la gestion des forêts royales,               ecclésiastiques et des communautés du Béarn à l'Ardèche.

Louis de Froidour

Très bon connaisseur des affaires forestières,  l’un des personnages les plus éminents de l’histoire forestière française. 

Le territoire de la France est découpé en maitrises. Louis de Froidour va, au sein de chacune de ces maitrises, réorganiser la gestion que la surexploitation a conduit à la "ruine". Les forêts françaises ne peuvent plus alimenter les populations et les industries croissantes.

De Froidour entame un périple dans le sud de la France. Il envoie, au cours de son voyage, quatre lettres à Louis d'Héricourt, lui racontant ses découvertes.

 

Louis d'Héricourt

ou Louis de Héricourt du Vatier,

né le 20 août 1687 à Soissons

mort le 18 novembre 1752 à Thiais, 

Juriste et avocat français.

reçoit quatre lettres de

Louis de FROIDOUR

relatant son périple.

 

 

  

Le 3 mars 1666, le chevalier de Froidour est donc désigné pour procéder, avec les intendants, à une réorganisation des forêts de la grande-maîtrise de Toulouse, de manière à en améliorer le rendement et à mettre le holà dans les habitudes que les habitants ont prises d'aller s'y servir librement en bois de construction et de chauffage.

Arrivé à Toulouse le 8 août 1666, Froidour fait suspendre de leurs fonctions ses deux prédécesseurs à la Maîtrise de Toulouse, qui se voient condamnés à de lourdes amendes.

Le 26 août 1666, il prend la route des Pyrénées.

Voyageant à cheval avec une petite escorte, il dresse un état des forêts royales, s'enquiert des nombreux droits des communes et des seigneuries, Au cours de ses déplacements, il écrit à quatre reprises à son ami M. de Héricourt, conseiller au présidial de Soissons, « procureur pour le Roi en la réformation des forêts du département de Toulouse, » pour lui faire part de ses impressions de voyage 

 

 

POURQUOI la  lettre du 1er septembre 1667 nous intéresse-t-elle?
De FROIDOUR y raconte son périple dans le Couserans, région d' Ariège, particulièrement concernée par l'exploitation des forêts puisqu'une activité locale de production de fer,( forges à la catalane),  consomme une énorme quantité de bois, sous forme de charbon de bois. De plus, la consommation est anarchique. Le domaine boisé est donc globalement mis en danger. L'exploitation des plus beaux arbres destinés à la mâture peut entrainer le sacrifice de clairières entières.

 

 

MASSAT - Le Couserans en 1667.

 

 

         De FROIDOUR écrit cette lettre à Castillon en Couserans (photo - voir sa situation sur la carte ci-dessus). 

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Castillon, le 1er septembre 1667

 

…Je poursuivis mon chemin par des routes d’autant plus fâcheuses que je m’approchais davantage du Couserans, et j’arrivai bien mouillé à Saint-Lizier.

 

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Saint-Lizier actuel.

Au sommet de l'agglomération l'évêché visité par De Froidour.

 Saint-Lizier, fut du IVe au XIXe siècle le siège de l'évêché du Couserans. Le diocèse est aboli par le Concordat de 1801.

Cette ville est bâtie sur un coteau de montagne, exposé à peu près au midi et qui règne le long de la rivière du Salat, pleine de rochers.

Quoiqu’elle soit petite, il y a néanmoins cité, ville et faubourg ; c’est le lieu où est le siège épiscopal de Couserans. . . La cité est au lieu le plus éminent, qui est de fort petite étendue ; le logis de l’évêque, assez étroit, en occupe la plus grande partie. On descend ensuite dans la ville ; et

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de descente en descente, jusqu’au faubourg, à l’extrémité duquel il y a un pont de pierre fort étroit, par lequel on passe du côté du Castillonnais et de la Baronnie d’Aspet. La rivière, qui passe dessous, étant resserrée par une infinité de rochers, y fait avec mille cascades un si grand bruit qu’on ne s’y MASSAT - Le Couserans en 1667.entend point parler.

Il y a deux églises fort anciennes l’une dédiée à Notre-Dame, qui est celle de la cité et qui n’est qu’un misérable trou ; l’autre, celle de la ville, est assez bien bâtie, mais fort obscure ; elle est dédiée à saint Lizier, l’un des anciens évêques, dont le corps y est tout entier, et l’on prétend qu’il fait quantité de miracles. Je ne doute pas et ne veux pas douter qu’il n’en puisse faire, mais m’étant informé de ceux qu’on prétendait y avoir été faits, il me souvient que l’on ne m’en pût dire aucun.

MASSAT - Le Couserans en 1667.

MASSAT - Le Couserans en 1667.

Il y a, joignant cette église, un petit cloître, au milieu duquel est une ancienne chapelle, qui demeure à présent inutile. On me mena voir à côté de ce cloître une chapelle que l’on me dit être une merveille, et cependant je n’y vis qu’une représentation fort mal faite de Notre-Dame-de-Pitié.

....

Le jour que j’arrivai [26 août 1667] était la veille de Saint-Lizier, fête du lieu, à laquelle l’évêque se préparait pour prêcher et pour recevoir grande compagnie par surcroît de celle qu’il avait déjà.

Je descendis chez lui où il me reçut le plus honnêtement du monde. Il fit tout ce qu’il put pour m’y arrêter, mais je m’en excusai. Il m’invita aussi à dîner pour la fête du lendemain et je m’en dispensai, lui disant que ce jour-là il serait à tout le monde et que je voulais le voir un jour qu’il serait à lui.

 

LA DESCENTE A St GIRONS, CAPITALE ACTUELLE DU COUSERANS

...  je descendis à Saint-Girons, qui n’est qu’à un bon quart de lieue en remontant la rivière du Salat.

... Saint-Girons, c’est une petite ville qui passe pourtant pour grande en ce pays, assise dans une petite plaine fort agréable au pied des hautes montagnes du Couserans et du Castillonnais, sur la rivière du Salat qui passe au milieu ; il y a communication d’une partie de la ville à l’autre, par un pont de pierre.

Dans la partie de la ville qui est en deçà de la rivière et qui est beaucoup plus considérable que l’autre, sont les deux paroisses de Saint-Girons et de Saint-Vallier, un couvent de Dominicains et un de Capucins ; tous ces lieux, aussi que les deux halles et les autres bâtiments de la ville, sont fort chétifs. Comme les pierres y sont à bon marché, l’on cesse d’y voir des torchis, de même qu’à Saint-Lizier, les bâtiments étant de pierre, du moins les deux pignons et les murs jusques au premier étage, et ce qui est au dessus est de bois. Dans l’autre partie de la ville, qui est la moindre, est le château du seigneur de Saint-Girons.

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C’est un seul corps de logis, assez large, avec quatre pavillons carrés bâtis de pierre du pays sans aucun ornement. Il est couvert de tuiles comme les autres bâtiments du pays... 

 

A SAINT-GIRONS ON FABRIQUAIT DEJA DU PAPIER.

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Il y a proche la ville de beaux moulins et notamment un à papier.

Je ne sais pas si vous savez comment se fait le papier ; pour moi qui n’en avais jamais vu faire et qui n’en savais pas la façon, j’ai eu grand plaisir à voir la manière dont il se fait ; c’est un secret qui m’a paru admirable ... 

St Girons et le célèbre papier à cigarette "JOB". 

Depuis des décennies, Saint-Girons est réputée pour sa tradition papetière en raison des conditions idéales pour ce genre d'industrie, même si, malheureusement, ces derniers temps, la crise s'est abattue de plein fouet sur ses usines. Un des fleurons de cette filière, les papiers Job, furent une des pierres angulaires de l'expansion de la ville. Comme la plupart des inventions, Job découle d'une idée simple et d'un grand sens du commerce de son inventeur, Jean Bardou.

Au début de l'ère industrielle, il devient fabricant de papiers fantaisie jusqu'à ce qu'il ait l'idée, géniale, d'inventer un petit livret contenant des feuillets amovibles de papier à cigarette. 

C'est une invention simple mais géniale, permettant aux fumeurs de pouvoir rouler une cigarette n'importe où, avec un peu de dextérité, qui amena à Saint-Girons une de ses principales industries, proposant aux Couserannais des emplois et à la ville une manne financière non négligeable.

Au départ, la marque est reconnaissable parce que son concepteur signe de ses initiales, JB, séparées par un point puis par un losange, censé rappeler les armes de Perpignan, où est installée sa première fabrique. Le losange se transformera bientôt en un O pour donner Job.

Extrait d'un article de  La Dépêche du Midi

 

 

 

 

LE COUSERANS : Comment était-il défini en 1667 ?

... je profitai de l’occasion d’une visite que me rendit un nommé Lafaye, procureur du Roi au Comté de Comminges, qui faisait sa résidence ordinaire en cette ville, pour m’instruire de tout ce qui était du pays du Couserans.

Et j’appris que c’est un petit pays qui porte le titre de vicomté, situé à l’extrémité du Royaume, limitrophe d’Espagne du côté de la Catalogne, de laquelle il est séparé par les monts Pyrénées, ayant d’un côté le pays de Foix, de l’autre le Castillonnais, et, au bout du côté de la France, la chatellenie de Salies, l’une des dépendances du comté de Comminges.

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Ce pays est fort étroit et de très difficile traverse à cause des hautes montagnes, dont il est plein et environné de toutes parts, de sorte qu’au moment où on y est entré on monte incessamment de montagnes en montagnes, comme de degrés en degrés, pour aller à l’extrémité des monts Pyrénées.

 

Il était autrefois possédé par un seul seigneur qui prétendait faire le souverain, et qui, dans tous les actes et contrats qu’il faisait, prenait la qualité de vicomte de Couserans par la grâce de Dieu .... mais à présent cette contrée est partagée entre divers particuliers. Ils prennent tous, m’a-t-on dit, la qualité de vicomte de Couserans ; mais celui que vous connaissez les ayant mis en procès au Parlement de Toulouse pour raison de cette qualité, il a été dit que chacun des seigneurs particuliers qui ont des seigneuries dans l’étendue de ce pays, prendraient la qualité de vicomte des lieux qui lui appartiendraient, et que celui que vous connaissez prendrait seul la qualité de vicomte de Couserans, comme étant seigneur du lieu de Lacourt, ainsi appelé parce que les anciens vicomtes avaient coutume d’y tenir leur cour.

J’appris de plus que ce vicomté consistait en une ville et en dix-neuf tant villages que hameaux, et que la seule ville est celle de Saint-Girons qui appartient au vicomte de Saint-Girons. Il y a deux villages considérables, dont l’un est Massat qui appartient au marquis de Rabat, l’autre Oust qui appartient au vicomte de Couserans qui y possède aussi les lieux d’Encourtiech, Eycheil, Lacourt, Vic, Rogale, Sentenac, Soueix et Saint-Sernin, qui sont de petits hameaux ou villages.

 

MASSAT - Le Couserans en 1667.

 

 

MASSAT - Le Couserans en 1667.

MASSAT - Le Couserans en 1667.

Vue du village d'Oust Vue du village de Seix Vue du village de Massat.

LES FORÊTS DU COUSERANS APPARTIENNENT AUX SEIGNEURS DES LIEUX

J’appris enfin qu’il y avait quantité de forêts dans le Couserans, mais qu’elles appartenaient toutes aux seigneurs de chacun lieu, lesquels dans l’étendue de leurs seigneuries ont toutes justices haute, moyenne et basse, sans que le Roi y ait d’autres droits que celui de la souveraineté, et que les habitants de chacun lieu y ont droit d’usage, y ayant été maintenus par arrêt du Parlement de Toulouse contradictoirement rendu le 9 février 1621. Ainsi tout ce que j’avais à y faire était de visiter les bois des lieux de Seix, qui est un village considérable du gouvernement de Languedoc et de la judicature de Rieux, assis à l’extrémité du Couserans, dont le Roi était seigneur conjointement avec le vicomte de Couserans.

 

 

LES "GENS" DU COUSERANS : Une sacrée réputation !    
Après que je me fus instruit de toutes ces choses, je fus bien aise de savoir aussi quelque chose des mœurs des gens de ce pays ; tout ce que je vis de monde me dit unanimement que jusqu’à présent les gentilshommes et le peuple, non seulement de cette contrée, mais aussi de toutes les montagnes, sont fort difficiles à gouverner, qu’ils n’avaient reconnu ni l’autorité de la justice et du Parlement, ni celle des intendants, ni des gouverneurs de la province, et que celle du Roi y avait été la plus méprisée ; que les tailles ne s’y payaient point, ni toutes sortes de deniers que le Roi a accoutumé d’imposer dans toutes les autres contrées de la province que si quelqu’un était assez hardi pour entreprendre d’en faire la remontrance, l’on ne faisait aucune difficulté de l’assassiner qu’il n’y avait rien de plus commun que le meurtre     

que les gentilshommes particulièrement... exerçaient toutes sortes de cruautés et de tyrannies, de manière que les personnes des prêtres et des évêques même n’y étaient point en assurance.

J’ai su de la bouche de M. l’évêque de Couserans qu’ayant à différentes fois reçu chez lui quelques personnes de la part du Roi ou quelques commissaires députés du Parlement qui venaient pour informer de quelques assassinats, des gentilshommes du pays ont eu l’insolence d’aller jusques dans sa maison épiscopale lui dire qu’il les obligeât à se retirer ou qu’on leur ferait insulte chez lui-même.

 

LES HABITANTS de MASSAT : des sauvages ?

J’ai su d’ailleurs deux ou trois particularités qu’il est bon que je vous dise pour la rareté du fait.

La première est que les habitants du lieu de Massat, qui est un village très considérable, ayant reçu quelques mécontentements du feu vicomte de Rabat, leur seigneur, qui passait pour des plus marquants et des plus autorisés du pays, rasèrent sa maison seigneuriale de fond en comble, et pendant dix ans jouirent de tous son bien, sans que jamais personne de sa part ait paru pour en faire quelque recette, qu’il n’ait été assassiné ou contraint à fuir après avoir été bien battu. Ce différend ne s’est terminé qu’après la mort de ce vicomte à l’instante prière du marquis son fils, dont je vous ai tant parlé, qui a porté les choses à un accommodement, auquel il a été obligé de se soumettre pour rentrer en jouissance de son bien.

 

Cette réputation n'étonne pas à la lecture de ce qui a été écrit à propos du comte de Rabat, propriétaire du lieu sous Louis XIII.

Voici ce qu'en dit Georges Blondet, le biographe de la famille Foix Rabat : 

« Le premier des comtes de Rabat anobli par Louis XIII, porte parole des Etats de Foix dont il est le principal personnage, chanoine du chapitre abbatial de Foix , tyran de ses vassaux, fléau de ses parents, sans cesse en procès avec ses frères, soeurs et cousins, sans cesse en difficulté avec le Parlement de Toulouse, frappé successivement de peines graves, chef de bandes à pied et à cheval, et d'ailleurs absent des guerres officielles que la couronne a à subir, président « d'assemblées de brigands et de voleurs dans sa vieillesse et cependant l'un des barons qui avaient escorté la Sainte Ampoule à Reims pour le sacre de Louis XIII, fut un gentilhomme "bandoulier » !

(Histoire de la famille des Foix Rabat in BSA, 1901, 1905 ; cité par Michel Galy « Une communauté en résistance, Massat » p 143)

 

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Le clocher de l'église de Massat au fond de la vallée de l'Arac.

L'ENTREE DANS LA VALLEE DE MASSAT ...pas commode du tout !

De ce lieu il y a deux chemins, dont l’un est sur la gauche le long de la rivière, lequel conduit à Soulan et à Massat ; ce n’est qu’un petit sentier qui monte fort haut sur le côté de la montagne où à peine il y a de quoi passer un homme à pied ; quoi qu’il soit difficile et très périlleux, c’est néanmoins l’unique chemin par lequel on entre dans la vallée de Massat et par lequel se distribuent toutes les denrées qu’on y porte et le fer qui s’y vend.

 

DIRECTION LES PORTS (cols) D'ESPAGNE ... pour découvrir  la transhumance !

L’autre chemin est à droite et conduit dans la vallée d’Oust et de Seix et ensuite aux ports d’Espagne

Dans ce temps même, je vis descendre de la montagne quantité de bestiaux de toutes sortes, et j’appris des paysans et des pasteurs et bergers qui les conduisaient, que toute cette quantité de bestiaux appartenait, partie aux habitants de Seix et partie aux habitants de plusieurs autres lieux du Couserans, lesquels ils avaient coutume, huit jours avant la Saint-Jean-Baptiste, d’envoyer pâturer sur les montagnes les plus hautes, que ceux du lieu de Seix qui avaient des montagnes très considérables et de grande étendue y retenaient leurs bestiaux, mais que les habitants des autres lieux faisaient passer les leurs jusqu’en Espagne, où ils prenaient des montagnes à

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ferme, et les y retenaient ordinairement jusqu’au quinzième septembre, que dans ces montagnes les pasteurs et bergers y demeuraient pendant cet espace de temps sans retourner, qu’ils avaient des petites cabanes dans lesquelles ils se retiraient pendant le nuit et durant le mauvais temps et où ils faisaient leurs fromages, et que ceux à qui les bestiaux appartenaient avaient soin de leur envoyer tous les huit jours quelque peu de pain fait de blé, de seigle, de millet, de sarrasin et même d’avoine.

Je m’informai s’ils ne faisaient point de beurre, et ils me répondirent que non, mais qu’ils avaient coutume de confondre et mêler ensemble tout le lait de leurs bestiaux, tant vaches que chèvres et brebis, et en faisaient seulement des fromages, qu’ils partageaient ensuite entre eux, à proportion du nombre des bestiaux qu’ils avaient

DES LIENS PRIVILEGIES  des gens du Couserans avec les Espagnols... même en temps de guerre.

Je leur demandai pour quel sujet ils retournaient si tôt, ils me dirent que c’était la publication de la guerre que les Espagnols avaient déclarée aux Français, qui en était cause, et que les frontaliers d’Espagne les avaient avertis de se retirer de crainte qu’on ne leur courût sus. J’appris même qu’à vingt pas de l’endroit où quelques-uns de ces bergers m’avaient rencontré, ils avaient trouvé un miquelet ; c’est ainsi qu’ils appellent les montagnards espagnols, qui sont ordinairement des coquins et des voleurs, armés d’épées et de dagues, de mousquetons et de trois ou quatre pistolets. Je ne fus pas malheureux de ne point tomber entre les mains de ces sortes de gens.

Je m’enquis d’où venait cette bonne foi des Espagnols de les avoir ainsi avertis de se retirer. Ils me répondirent que, telle guerre qu’il y ait eue entre la France et l’Espagne, comme les deux frontières sont en des pays fort ingrats, qui ne peuvent pas fournir aux habitants les choses nécessaires à la vie, de sorte qu’il leur serait impossible d’y subsister sans le commerce, il y a eu de tout temps des traités appelés des permis fort étroitement gardés et observés, au moyen desquels les Français ont la liberté d’aller franchement et librement commercer de toutes sortes de marchandises, excepté seulement de celles de contrebande, sur la frontière d’Espagne, jusqu’à certains lieux désignés par les traités et accords faits entre les deux nations.

Les Espagnols sont responsables par communauté de tous les dommages que les marchands français pourraient recevoir en leurs personnes, bestiaux et autres biens et marchandises, et réciproquement les Espagnols ont la même liberté aux frontières de France jusqu’en certains endroits ; c’est par ce commerce qu’une infinité de peuple, dans ces pays les plus mauvais du monde qui soient habités, trouve moyen de subsister.

Ils me dirent aussi que pour la communication du Couserans avec l’Espagne il y avait trois ports : celui d’Aula, au-dessus du lieu jusques auquel j’avais été, un autre qui est celui de Salau qui est le plus considérable, et le troisième celui de Martérat au-dessus d’Ustou ; et que le lieu de Saint-Girons est le grand marché du pays où se fait tout le commerce et la communication.

Le port d'Aula 

Col pyrénéen d'une altitude de 2 260 à 2 265 m à la frontière franco-espagnole, entre l' Ariège et la comarque du Pallars Sobirà ( province de Lérida ). La commune frontalière espagnole est Alt Àneu et la commune française est Seix .

 

Le port de Salau

 Col pyrénéen, frontalier entre la France (département de l'Ariège) à l'est et l'Espagne à l'ouest.

Situé à l'altitude de 2 085 à 2 087 m, il joint la vallée du Salat au nord et la vallée du Noguera Pallaresa (comarque de Pallars Sobirà) au sud.

  Le port de Martérat Situé à l'altitude de 2 216 ou 2 217 m entre le Cap de Ruhos (2 618 m) et le pic de Martérat (2 662 m), le col permet de joindre uniquement par voie pédestre la vallée de l'Ossèse (commune d'Ustou) au nord au vall de Cardos (commune de Lladore) au sud. Cette commune comprend la petite station de sports d'hiver de Tavascan et plusieurs lacs d'altitude dont le plus vaste est le lac de Certescans.

Je m’informai encore de quelles sortes de marchandises on avait coutume de commercer.

Ils me répondirent qu’on vendait aux Espagnols toutes sortes de grains, du vin, des mules, des bestiaux, des draps, des rubans et toute sorte de quincaillerie, et que les Espagnols débitaient quantité de laine et de sel, peu de safran et d’huile, dont le transport ne se fait qu’à charge de chevaux ou de mulets, mais avec beaucoup de difficultés, les ports étant pendant neuf mois de l’année couverts de neige, comme ils étaient déjà pour lors. Et de fait, on me fit voir le port de Salau qui était déjà tout blanchi. Je ne laissai pas de voir un homme du pays qui dans un panier, qu’il avait sur son dos, portait des prunes qu’il allait vendre en Espagne.

MASSAT - Le Couserans en 1667.

MASSAT - Le Couserans en 1667.

Aujourd'hui encore, espagnols et français se rencontrent à la frontière espagnole au port de Salau  

 

 

Suite de la lettre dans le prochain numéro.
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