Cette année-là, il avait fait vraiment froid. Les branches des sapins pliaient sous le poids de la neige transformée en glace. Un matin je vis Marcel remonter le près trainant une branche de conifère.

  • Vous allez la mettre au feu ? lui dis-je.
  • Non ça ne brule pas bien, c’est du sapin. Je la garde pour un besoin.

Je commençais à bien connaître mon beau-père et je savais qu’il avait trouvé une utilité à cette branche qu’il alla déposer au coin du « hangar d’en haut ».

Marcel avait gardé de ses ascendants cette habitude de vivre en se suffisant à lui-même…Je veux dire en autarcie. Il n’achetait rien avant de se poser la question de savoir s’il ne pouvait pas le fabriquer. Il avait, dans sa vie, fabriqué des brouettes, des sabots, des chaises, des  charretons avec des outils rudimentaires : ceux-là même qu’utilisaient les hommes du néolithique. Telle ou telle pièce de bois à la forme particulière était « mise de côté » parce que, dans son esprit, elle pouvait satisfaire une fonction dans un objet qu’il fabriquerait. Son expérience mais aussi et surtout les coutumes, les traditions influaient sur son inventivité.

Le temps passa. La branche de sapin resta longtemps dans le coin du hangar du haut. Un jour d’automne, j’eus la chance de voir Marcel trainer sa branche du « hangar du haut » à l’atelier où il avait son bric-à-brac et le vieil établi hérité de l’arrière grand-père. Avec sa petite hache, magnifiquement affutée, il ébrancha délicatement la pièce de bois pour ne garder que quatre ou cinq branchettes formant une sorte d’étoile à environ 70 cm de la pointe.

Le ménadou, c'est quoi donc ?

Utilisant le couteau qu’il avait toujours dans sa poche, il prit le temps de peler la pièce de bois avec minutie.

Le travail terminé, il me montra fièrement son œuvre, me disant :

  • Voilà…c’est fini…
  • Et ça sert à quoi ?

Le sourire en coin il me raconta :

  • Autrefois on tournait le lait avec ça pour faire le fromage. Après avoir mis la présure on la délayait d’un mouvement lent dans le lait froid. Puis on mettait le lait à chauffer et, quand il était à température on plongeait l’outil dans le liquide en le faisant tourner entre les mains ouvertes, toujours dans le même sens jusqu’à ce que le caillé forme une masse compacte.
  • Et ça s’appelle comment ?

    Le ménadou, c'est quoi donc ?

  • Ça dépend des régions. Pour nous c’est le tudeillo. Ailleurs il pouvait prendre le nom de « musclero » ou de « ménadou ».

Dès lors, en me promenant dans les bois j’ai toujours eu à l’esprit que j’étais environné de « ménadous » sans les voir. L’homme, pragmatique a inventé des techniques toutes simples pour créer des objets parfaitement adaptés à leur fonction. C’est dans un premier temps la nature qui lui en a offert l’opportunité alors que nous préférons aujourd’hui, tailler nos objets dans la masse ?

Le ménadou, c'est quoi donc ?

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :