Le feu brule dans la cheminée. Marcel vient de s'asseoir  sur la petite chaise qu'il a confectionnée dans l'angle qui lui est réservé. Comme à son habitude, il tend les mains vers la flamme, comme pour se les réchauffer. C'est Noël....  pour lui le quatre vingt douzième. 
 

MASSAT -  Noël et les autres fêtes.

  • Vous vous souvenez de vos premiers Noël ?
  • Marcel : Les premiers qui me viennent à l’esprit sont ceux quand j’avais 6 ou 7 ans. A cette époque on avait comme seul et unique cadeau un père Noël en sucre dans le sabot. On nous faisait faire la prière avant le repas La coutume s’est perdue un peu plus tard. La tradition voulait qu’on mange la morue. Je revois mon grand-père manger son assiette de morue avec des farinettes. Elargissant les bras - Il avait des épaules comme ça. C’était une carcasse d’homme. Les vieux ont toujours voulu qu’on fasse la prière avant le repas du soir.
  • Mon père m’a raconté qu’un soir de Noël il y avait un beau clair de lune. Ils étaient partis les souliers à la main pour ne pas les abimer. Le trajet jusqu’au village se faisait en sabots. Avant d'entrer à l'église, ils mettaient les belles chaussures et cachaient les sabots dans un fourré à l'entrée du village. Quand ils sont sortis de l’église ils avaient de la neige jusqu’aux genoux. Ils étaient navrés de devoir marcher jusqu'à la cachette des sabots avec leurs belles chaussures de ville.
  • Un jour de Noël un chasseur a quitté l’église avant la fin de la messe. Pressé d'aller chasser, il est parti dans la neige avec ses chiens. Il a disparu. On ne l’a plus revu. On ne sait pas ce que sont devenus ses chiens. Cette histoire m'avait choqué et j'ai toujours pensé que c'était le bon Dieu qui avait voulu se venger.
  • Moi, je ne me rappelle pas avoir été à la messe de minuit avec mes parents. On ne réveillonnait pas non plus. 

Yvonne, l’épouse de Marcel, jusque là occupée à cuisiner  intervient.

  • Yvonne : Chez moi on réveillonnait et on allait à la messe de minuit. Pour le souper on mangeait aussi de la morue. A Biert (village dont dépend la ferme où habitait Yvonne), le garde-champêtre passait dans toutes les maisons pour souhaiter le Nouvel An. Le facteur passait aussi. Je me rappelle d’une factrice que nous avions. Elle tirait tout le temps la langue. On lui avait donné une « tatouille » (raclée) étant petite parce qu’elle avait volé quelque chose. Depuis elle tirait la langue. Elle s’appelait Lisa.
  • Marcel : Ah oui j’avais entendu dire qu’elle avait volé du bois à quelqu’un. On disait que, à force de l’avoir avertie, le bonhomme chez qui elle volait le bois, lavait fini par lui donner une tannée.
  • Yvonne : Elle montait à la ferme à pied, même l’hiver quand il y avait de la neige.
  • Marcel : Nous autres on avait un facteur, pour les fêtes de Noël et de Jour de l’An, il avit son compte (il était ivre). Un jour, je me rappelle, il était saoul comme c’est pas possible. Tout juste s’il tenait debout. Il erst arrivé à la maison, plein de boue, tout mouillé, la sacoche pleine de terre. Ma mère a dû le laver avec l’eau qu’elle avait dans le chaudron. Je te prie de croire que ce jour-là ça a du chauffer avec la bourgeoise aui était de Saurat (village après le Col de Port sur la route de Tarascon en Ariège).
  • Yvonne :On faisait davantage la fête quand on tuait le cochon. Pour les enfants de cette époque la plus grande fête de l’année était celle où tout le monde se réunissait pour préparer les bonnes choses que l’on mangeait toute l’année. Je me rappelle qu’il y avit une grande tablée. Au menu, de la charcuterie, des œufs mimosa, le bouillon de poule, du flanc aux œufs et les hommes buvaient l’eau de vie du pays. Exceptionnellement nous avions droit à un sucre que l’on trempait dans le breuvage. Ensuite les hommes jouaient aux cartes et cela durait tard dans la nuit. On allait comme ça de ferme en ferme chez les gens que l’on connaissait pour les aider à préparer les conserves de l’année. A l’occasion du dépiquage (opération qui consiste à retirer le grain de blé de l’épis : on refaisait la fête. La machine passait dans les fermles à tour de rôle. Mais avant d’utiliser la machine j’ai connu le temps où on utilisait les vaches. On les faisait tourner. Certaines avaient la tête qui leur tournait (elles étaient étourdies).
  • Un jour on est allés moissonner chez Jean de la Ruse (petit village près de Massat en allant vers l’étang de Lers). On nous avait dit « vous mangerez du poulet tant que vous en voudrez. Effectivement, il y avait une pleine table de poulets et d’œufs brouillés. Jeanne, la femme de Jean qui était un peu « bébête » avait préparé des poulets beaucoup plus qu’il n’en fallait.   
  • Vous mettiez les sabots à la cheminée pour Noël ?

     

    Y – Oui bien-sûr mais sans être sûr d’avoir quelque chose.

     

    M – Moi je me rappelle, une année j’avais dit à ma mère « on est au père noêl, qu’est ce qu’il va me porter ? »

    Elle m’a répondu « peut-être de l’eau dans le sabot ». Le lendemain j’ai eu un sabot de flotte. Quand j’étais sage j’avais un bon dieu en sucre…pas trop grand…

     

    Y – Moi, une année j’ai eu des ustensiles de cuisine que la famille m’avait envoyés. On me les a mis au dessus du lit et interdiction de les toucher pour ne pas que je les abîme. J’avais peut-être dix ans. Une année Marraine m’a envoyé des bonbons. J’ai ouvert la boîte, je les ai regardés et j’ai refermé.

     

    M – Autrefois les parents était durs. Je me rappelle que certaines fois quand j’embêtais ma sœur ma mère me disait « si tu n’est pas sage tu vas monter au lit sans souper. Aller fiche le camp au lit » Chaque génération a ses combines. Autrefois il ne fallait pas passer par 36 chemins. Mon père m’a raconté un jour que son père fauchait un pré qui maintenant s’est boisé. Il a dit à mon père qui devait avoir 14 ou 15 ans « Il faut que tu amènes un veau au boucher du village ». Mon père a conduit ce veau et en rentrant, il a jeté le collier de la bête au sol, chose qu’il n’avait pas l’habitude de faire. Mon grand père a remarqué ce geste inhabituel. Il lui a dit « Tu as bu un coup…le boucher t’a payé un coup à boire… monte « cuver » dans ta chambre… » Mon père est monté dans la chambre sans « broncher ».

    Autrefois c’était rude. La vie n’était pas facile ça rendait les gens rudes. C’est comme mon arrière grand père. Il faisait le marchand de bestiaux avec l’Espagne. Ce n’était pas tous les jours facile. Il n’y avait pas les moyens de maintenant. Le temps n’était pas toujours clair. Moi j’ai connu des vieux…vraiment des vieux…j’allais souvent avec eux. Maman allait les aider à tourner le foin. Ça ne rigolait pas

     

    Y – L’hiver ce n’était pas marrant quand il y avait de la neige.

     

    M – Il y avait une sorte de chasse neige en bois qui était tiré par des vaches. C’est le fermier de Gasparrou qui se chargeait de la « corvée » avec un autre gars. Ils faisaient tout à pied en menant les vaches. Ils partaient de Massat vers deux heures. Ils allaient jusqu’au Castet et revenaient. Ils étaient de retour à Massat vers minuit. Une drôle de vie…maintenant ils sont au chaud dans les camions…il faut qu’ils ouvrent les vitres pour prendre l’air. Moi je me rappelle quand j’étais cantonnier, qu’on montait au col de Port, il fallait sabler à la pelle debout derrière le camion…on ne sentait plus les doigts tellement il faisait froid…C’était un camion de la guerre de 14 qui venait de la division de Toulouse.

     

    Marcel - On mettait 8 heures pour faire l’aller-retour Massat - St Girons à cheval. Quatre heures pour descendre et 4 pour revenir. Ça faisait une journée. Ça dépendait de l’allure du cheval. Mais il ne pouvait pas trop le pousser parce qu’il était couvert de sueur.

     

    Yvonne – Je me souviens, la route n’était pas goudronnée. La charrette soulevait la poussière.

     

    M – La route, à cette époque passait au pied du rocher du Ker. On l’avait tracée de ce côté de la rivière pour éviter de construire des ponts. C’est plus tard qu’ils l’ont déplacée de l’autre côté de la rivière pour qu’elle soit au soleil à cause de la neige qui la recouvrait l’hiver.

     

    M – Après il y a eu le car qui faisait la navette. C’était le grand-père de Jean Roujan qui était chauffeur à cette époque…Un car décapotable de 12 places. L’hiver il y avait une capote.. Comme phares, il y avait les lampes à acétylène. C’était pas des phares comme maintenant. De temps en temps ça s’étouffait. Il fallait les allumer de nouveaux. On n’y voyait pas grande chose mais on n’allait pas vite.

    Après Roujan a acheté un camion qui avait les roues caoutchoutées pleines. Il mettait 4 jours pour aller chercher le vin à Narbonne. Il y avait une grosse chaîne comme système de transmission. Quand on allait à l’école on allait le voir c’était l’attraction de l’époque.

    Au moment de ma première communion, Lucien Auriac a acheté un car pour aller à Toulouse : 25 places.

     

    Y – Ah oui c’est vrai. Quand on allait aux vendanges, il nous portait à Poussan près de Béziers. J’ai vendangé de ma première communion jusqu’à ce que je me marie. Ça me faisait plaisir d’y aller. Ça me faisait des vacances. Ça durait quinze jours.

    Le soir quand on avait fini la journée, on se lavait on s’habillait et on dansait. C’était la fête. On était nombreux. Ça me faisait un changement. C’était les seules sorties que je faisais. Je l’ai trouvé de moins quand je me suis mariée.

    M – Moi je n’ai fait qu’embêter ma mère…Je lui disais « Tout le monde s’en va vendanger pourquoi pas moi ? » Elle s’est décidée à me faire accompagner par mon père qui a pris ses congés. Je ne me rappelle même plus où je suis allé. Il n’a fait que pleuvoir. Je n’y suis jamais plus retourné…

     

    Y – Y’avait pas beaucoup de voitures sur la route. A notre mariage Talieu est venu chercher mon trousseau aux Rhodes en voiture. C’était en 38 ; On avait évolué.

     

    M – C’est bien facile, au début on ne payait pas l’assurance…A Massat l’épicier faisait le trajet avec une charrette tirée par deux chevaux attelés l’un derrière l’autre. La charrette était chargée à bloc…Dés qu’il arrivait au village, il frictionnait ses chevaux avec de l’avoine. Les bêtes étaient « trempes comme une soupe ».

    IL partait sur les coups de 8h et demi avant qu’on rentre à l’école. On les regardait partir. Il remontait le lendemain. Il fallait laisser reposer les chevaux. Il couchait à St Girons. Il y avait des étables à cette époque qui permettaient de faire dormir les chevaux…C’est comme aujourd’hui les garages des voitures…Tout a changé aujourd’hui…Bon allez à votre santé.

    Et marcel trempe ses lèvres dans le dernier muscat de l’année 2007.

    M— « Macarel » …il est bon…

     

 

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