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Le mois de mai c’était ce qu’on appelait le mois de Marie. On lui donnait ce nom parce que traditionnellement se tenaient les manifestations de dévotion envers la Vierge Marie, mère de Jésus-Christ. A cette occasion un homme du village, toujours le même, passait de maison en maison, transportant une statue. C'était la sainte vierge empruntée à Monsieur le curé. Installée dans le coin d'une pièce agrémenté de fleurs, on pouvait s'y agenouiller pour faire nos prières. Au bout de quelques jours notre homme repassait à la maison pour récupérer le bien du curé et le confier à un autre foyer. A l’occasion il buvait un petit "riquiqui" (eau de vie de fabrication maison) puis repartait pour se rendre sous un autre toit. A sa démarche tout le village reconnaissait le personnage de loin. Il avait un léger déhanchement qui le faisait boitiller. Certains racontaient qu'il avait une jambe plus courte que l’autre par suite d’un accident. D'autres prétendaient qu'il avait hérité de cela à la naissance. Quand les gens le voyaient arriver, ils disaient "tiens voilà Riri Pomponette ! Pourquoi ce nom ? On n’a jamais trop su pourquoi. il en était habitué et s'en accommodait. C’était l’homme à tout faire au village. Riri Pomponette faisait office de garde champêtre sans en avoir la certification. Le couvre-chef transformait notre homme. Une sorte de képi difforme et délavé sur la tête, il allait de place en place, suivant un circuit immuable. Quel que soit son texte son discours commençait toujours par « Avis à la population ! ».. Mais avant cela il roulait du tambour. Un roulement très très irrégulier qu'il n'a jamais pu améliorer malgré les entrainements réguliers dont étaient témoins les voisins. Alors, tandis que les adultes l’écoutaient religieusement, il n’était pas rare d’entendre des ricanements d’enfants amusés par le personnage qui ne manquait pas de solennité. Riri Pomponette, son tambour sur le côté, le pas marqué par le bruit des clés qui pendaient à sa ceinture, passait au poste suivant. Le roulement irrégulier du tambour incitait les nouveaux auditeurs à prêter l’oreille. C’était à nouveau l’appel au calme précédant l’annonce qu’il diffusait de sa voix éraillée. Le roulement des "R" succédait au roulement de tambour. Autour de l’annonceur, les passants attentifs s’arrêtaient. La lecture terminée, les curieux posaient des questions, les inquiets voulaient des précisions. Pendant ce temps les enfants courraient vers le point de ralliement suivant . Tout cela était réglé comme du papier à musique. Riri Pomponette était l’employé de mairie modèle et universel. Outre son activité de diffuseur de messages, sa tâche ordinaire et régulière consistait à nettoyer les caniveaux. Il prenait le temps de confectionner lui-même son balai avec des menues branches d’arbres solidement fixées sur un manche de noisetier bien droit. Son âne trainant sa charrette, il passait de rue en rue transmettant au passage les nouvelles d'un quartier àun autre. Il était aussi nanti d’une mission « extraordinaire », délicate et d’importance. C’est lui qui « ouvrait » la voie aux processions religieuses ou pas organisées dans la commune. Il faisait également la police lors d’un enterrement. Il était impossible de ne pas connaître Riri Pomponette au village. C’est le premier personnage auquel les nouveaux arrivants avaient à faire, avant même monsieur le Maire. Aussi les habitants du village ont été très nombreux à rendre un dernier hommage à celui qui à un moment ou à un autre de leur vie leur avait rendu service. |
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