|
C'est à la fin de l'année 1848 que le convoi des premiers mondoviens a traversé la France puis la Méditerranée pour arriver au sud de Bône, avec pour mission de créer de toutes pièces le village de Mondovi.
QUE SE PASSAIT-IL EN FRANCE EN 1848 ? Après les journées d’émeutes de février 1848, Louis-Philippe découragé, se sentant abandonné de la garde nationale quitte précipitamment la capitale pour se réfugier en Angleterre. Un gouvernement provisoire proclame la Deuxième république. Pour donner de l’ouvrage aux ouvriers de Paris réduits à la misère, les ateliers nationaux sont fondés. Le travail est rétribué par l’Etat. Mais on ne tient aucun compte de la spécialisation des ouvriers, qu’on emploie d’abord à remuer la terre du Champ de Mars, qu’on envoie ensuite défricher et assainir la Sologne, qu’on incite à s’engager dans l’armée. La misère grandissante dans la population, la suppression des ateliers nationaux ruineux entraîne une formidable insurrection en juin. Paris se couvre de barricades pendant 4 jours. Les ouvriers et les insurgés affrontent les troupes et la garde nationale commandées par le général CAVAIGNAC, ministre de la guerre. Les combats acharnés dans les rues de la capitale tournent à l’avantage des troupes gouvernementales. Les combats feront 1500 morts et des milliers de blessés. L’Assemblée vote la déportation des insurgés faits prisonniers.
LA COLONISATION CIVILE DE L'ALGERIE EST DECIDEE En août 1848 l’Assemblée est saisie d’un projet portant sur la colonisation civile de l’Algérie. Le décret du 19 septembre décide de l’établissement de colonies agricoles en Algérie. Le processus de la colonisation méthodique de l’Algérie est enclenché.
Le décret du 20 septembre 1848 stipulait que les colons devaient être dirigés sur l'Algérie dans les plus brefs délais possibles. Pour y satisfaire le Ministère de la Guerre, chargé de son application fut contraint de mettre en place rapidement une organisation pour déplacer économiquement, et en quelques mois, ces 12.000 hommes, femmes, enfants et leurs bagages. Les moyens de transport existant à l'époque n'étaient pas adaptés à un tel mouvement, le nombre de diligences était insuffisant et le prix du transport par ces voitures insupportable. Le déplacement à pieds, comme c'était l'habitude pour l'armée, n'était pas humainement envisageable pour ces gens, même en mettant des chariots à leur disposition. Enfin, s'il était possible de transporter les colons par bateau sur la Seine et le Rhône, il n'existait pas de transport organisé par ce moyen sur le trajet entre les deux fleuves. Une mission exploratrice fut confiée à l'Agence générale des Bateaux à Vapeur en vue de trouver une solution à ce problème, prévoyant des déplacements par groupes de 800 personnes, au départ de Paris. Les conclusions de l'étude firent apparaître la possibilité d'organiser des convois de bateaux de transport de marchandises aménagés sommairement qui, après avoir remonté la Seine jusqu'à Moret, emprunteraient successivement les canaux du Loing, de Briare, latéral à la Loire et du Centre jusqu'à Chalon-sur-Saône. De Chalon-sur-Saône à Arles, la Saône et le Rhône seraient descendus par bateaux à vapeur jusqu'à Arles. De cette dernière ville, pour atteindre Marseille; port d'embarquement pour l'Algérie le parcours se ferait par chemin de fer, la ligne ayant été construite récemment. Le temps total de transport évalué était de 18 jours de Paris aux lieux d'implantation des colons en Algérie. De 13 à 15 jours étant nécessaires pour le trajet de Paris à Marseille, avec une circulation de nuit sur les canaux et passages prioritaires des écluses. (Cahiers du Musée de la Batellerie de Conflans Ste-Honorine ). Une commission nommée par le pouvoir se charge de la sélection et du recrutement des personnes intéressées par la colonisation. Un dossier leur est demandé concernant leur santé, leurs antécédents civils et militaires, leur état civil. Douze mille hommes, femmes et enfants sont retenus pour effectuer le voyage vers l’Algérie. Parmi eux, environ 900 individus constitueront le 11ème convoi prévu pour créer le centre agricole de Mondovi à une vingtaine de kilomètres au sud de Bône. En octobre, 100 000 personnes se sont portées volontaires. Une commission doit statuer sur chaque candidat au vu des papiers et certificat établissant sa position. L’Algérie représente pour ces ouvriers, souvent sans emploi le pays de cocagne, la promesse d’un avenir prospère et radieux. Journal "La Seybouse" du 25/11 LE GENIE MILITAIRE TRAVAILLE ACTIVEMENT AUX BARAQUES DESTINEES A RECEVOIR LES COLONS. SUR LES DEUX VILLAGES PROJETES A COUDIAT-MENA CES TRAVAUX SONT A PEU PRES ACHEVES. DEUX COMPAGNIES ONT ETE ENVOYEES A CET EFFET SUR LES LIEUX, LES OUVRIERS CIVILS TRAVAILLENT A L'ARSENAL, QUI OCCUPE LES CHARPENTIERS ET MENUISIERS QUE L'ON A TROUVES A BONE. LES BARAQUES SONT SITUEES AU MILIEU DE L'EMPLACEMENT DES FUTURS VILLAGES, DE MANIERE A NE PAS GENER LES CONSTRUCTIONS DEFINITIVES QUI SERONT ELEVEES PLUS TARD. M. LE COLONEL DU GENIE BOUTEILLOUX ARRIVE DEPUIS PEU, S'OCCUPE JOUR ET NUIT DE CETTE OCCUPATION PROVISOIRE. ON DIT QU'UN CERTAIN NOMBRE DE FAMILLES SERONT DIRIGEES SUR GUELMA, OU SE FONT LES PREPARATIFS POUR LES RECEVOIR. AINSI, UN MOTIF DE PLUS DOIT NOUS EXCITER A BIEN RECEVOIR LES NOUVEAUX COLONS, C'EST QU'ILS NE RESTERONT QUE PEU DE TEMPS A BONE, DONT ILS DOIVENT EMPORTER UNE BONNE IMPRESSION. LES MOYENS DE TRANSPORT MIS A LA DISPOSITION DE L'AUTORITE PAR LE TRAIN DES EQUIPAGES SONT SUFFISANTS POUR TOUT LE CONVOI, CEPENDANT SI UN JOUR PLUS LONG ETAIT NECESSAIRE, DES BARAQUES DU CASERNEMENT SERAIENT DISPOSEES POUR CET OBJET. UNE SALLE D'HOPITAL MILITAIRE SERA PRETE POUR RECEVOIR CEUX DES EMIGRANTS QUI AURAIENT SOUFFERT DU VOYAGE.
Le 16 novembre, un convoi est formé à Paris : le convoi N°11, constitué de 829 français.
Le convoi était régi militairement. Sa marche était suivie de brigade en brigade par la gendarmerie prête à prêter main forte au capitaine en cas d' incidents internes au convoi ou avec la population des régions traversées. Le capitaine pouvait infliger des peines aux auteurs de fautes graves: soit le renvoi à Paris, soit le débarquement du fautif qui se trouvait dans l'obligation de rejoindre Marseille à pieds ou d'abandonner le convoi. Cette dernière peine étant surtout appliquée aux chefs de famille, femme et enfants restant à bord. (Cahiers du Musée de la Batellerie de Conflans Ste-Honorine ).
Le convoi arrive à Marseille le 3 décembre. Le 4 décembre il embarque sur la corvette à vapeur « Le Labrador » commandée par le capitaine Malet. Le 5 décembre, il fait un temps magnifique. Le convoi lève l’ancre à 8 heures. Après quatre jours de traversée, la corvette arrive à Bône.
Bateau à vapeur sur lequel des parisiens ont traversé la Méditerranée pour se rendre à 25 kilomètres au sud de Bône, lieu où ils devaient créer la colonie de MONDOVI. Le 8 décembre, la frégate à vapeur « Le Labrador », transportant les membres du convoi 11 arrive à Bône. Les futurs Mondoviens sont logés dans la Casbah de la ville.
Journal Le "Moniteur Algérien" Le 11ème convoi d'émigrants parisiens est arrivé à Bône le 8 Décembre. La ville entière s'est portée à sa rencontre. Les autorités civiles et militaires se sont rendues à bord. La musique militaire et la musique maltaise exécutaient des airs patriotiques auxquels répondaient les chants des nouveaux colons. Les 980 émigrants qui composaient ce convoi ont été répartis entre les casernes et autres bâtiments militaires que possède la ville de Bonne. On avait pris des soins particuliers pour le bien-être des femmes et des enfants. Le 10, 340 hommes faisant partie du convoi ont pris part aux élections pour la présidence de la République. Le lendemain, plus de la moitié des émigrants a quitté Bône pour se rendre à sa destination. Le reste est parti le surlendemain. Ce convoi est destiné à peupler le village de Mondovi (Coudiat-Mena) entre Bône et Guelma. Ce territoire sera divisé en deux centres qui recevront l'un 215, l'autre 155 familles. Les colons se sont montrés fort reconnaissants de l'accueil qu'ils ont reçu des autorités et de la population de Bône. On est très content des dispositions et du bon esprit qu'ils manifestent.
Le 9 après l’appel de l’officier, commandant lé garnison on leur précise que le départ ne se fera qu’après leur participation à l’élection du Président de la République prévue le lendemain. Le 11 décembre, une partie du convoi escorté par les militaires part pour le lieu d’implantation du village. L’armée a mis à la disposition du convoi des attelages et des charrettes. La route empruntée sera celle que les militaires ont tracé pour pousser leurs investigations vers l’intérieur du pays. Les routes arabes à la conquête n’étaient que de simples sentiers tracés par les pieds ou les sabots du cheval ou du mulet. Les itinéraires correspondent souvent aux routes romaines. Pour les arabes deux choses faisaient le mérite d’une route à leurs yeux : l’eau et la sécurité. La première explique le fait que très souvent on trouvait des points d’eau sur les chemins qu’ils empruntaient. Pour ce qui est de la sécurité, le danger le plus fréquent était la rencontre de « coupeurs de route ». De misérables bandits de petites tribus logées sur des positions presque inaccessibles s’embusquaient sur le passage des caravanes.
Pendant une dizaine d’années à partir de la conquête, la route menant à l’intérieur des terres n’était sécurisée que sur quelques kilomètres. C’est la prise de Constantine qui permit de descendre beaucoup plus bas dans l’arrière-pays. Les français avaient besoin d’une communication carrossable : ils ont suivi les tracés romains et découvert d’imposants vestiges à chaque pas. On peut évaluer à plusieurs milliers le nombre d’établissements romains de toute grandeur répandus sur la surface de l’Algérie. L’armée avait établi un camp à une vingtaine de kilomètres de la ville près d’un point d’eau, vestige d’une étape romaine sur la route entre Hippone et Thagaste devenue Souk Ahras. Les militaires installés dans des baraques en bois avaient pour mission de préparer, sécuriser et protéger les nouveaux arrivants. Ce lieu était indiqué sur les cartes sous le nom de Dréan. Les militaires connaissaient donc bien la route de Bône à Dréan. Leur escorte permit aux colons de circuler sans trop de crainte. Un facteur d’insécurité était tout de même à prendre en considération : l’attaque possible d’une bête sauvage. Un animal faisait parler de lui dans la région : le lion qui peuplait encore tout le massif de l’Edough. L’animal s’attaquait tout particulièrement aux troupeaux des indigènes et faisait l’objet d’une traque constante.
Le voyage, au travers d’une végétation sauvage et désordonnée d’un bout à l’autre avait été pénible. Moins dangereux que le lion, mais surprenant et irritant par ses piqûres soudaines, le moustique virevoltant sans répit autour de la caravane n’en était pas moins agressif. Aucun pont n’avait été construit. Il fallut passer ruisseaux et rivières à guet. Arrivés au camp de Dréan on dit aux migrants que le point de chute n’était pas loin. Il n’y eut, en effet que quelques kilomètres à faire pour découvrir le terrain que les militaires avaient commencé à défricher et à sécuriser.
La végétation était luxuriante. Ils longeaient la Seybouse, rivière la plus importante de la région. Les lauriers roses succédaient aux cactus et aux figuiers de barbaries, aux oliviers et aux orangers sauvages couverts de fruits. Des huttes ou des gourbis ici ou là, gardés par des chiens aboyant au passage du convoi, des curieux enveloppés dans une vieille couverture assis au bord du chemin : tout au long du trajet les colons découvraient un monde nouveau. Ils avaient rencontré aussi des personnages à la tête enveloppée d’un turban guidant un âne croulant sous un chargement enveloppé d’un linge. Les militaires leur apprirent que la région était peuplée de nombreuses tribus. La plus puissante et la plus nombreuse était celle des HANNENCHA qui occupait les campagnes de Constantine et de Bône : des personnes plutôt pacifiques à la différence de certaines peuplades plus belliqueuses tels les BENI-SALAH occupant les abords sud de la zone sur laquelle le village devait être édifié.. Juste après le camp de Dréan les migrants furent surpris de découvrir une bâtisse. On leur dit que c’était un lieu saint. Autour de l’édifice, un champ et quelques tombes parmi lesquelles des toiles tendues abritaient des hommes et des femmes assis. C’étaient des pèlerins venus à pied, parfois de très loin pour honorer l’homme dont le caveau était protégé par un marabout. Il s’agissait de Sidi HAMEDA, un disciple d’ Abd el Kader, le serviteur du puissant. Abd el-Kader contre lequel la France eut fort à faire était considéré dans presque tout l’orient comme le patron des pauvres et des malheureux. C’est en son nom que presque tous les mendiants imploraient la charité du passant. Sur une carte italienne datée de 1848, année où les colons sont arrivés sur les lieux, le Camp de Dréan et Sidi Hameida sont indiqués. Les parisiens étaient plongés dans un monde qui n’avait cessé de leur réserver des surprises. Ils savaient que d’autres journées leur feraient découvrir de nouvelles facettes de ce pays dans lequel ils étaient bien décidés à entamer une nouvelle vie. Pour l’instant, harassés par ce voyage éprouvant, ils n’avaient qu’une envie, dormir même s’il fallait le faire sous des tentes montées par l’armée prête à les recevoir. |
/image%2F0648822%2F20241207%2Fob_5d3059_1liv.gif)




