Après l’échec de la colonisation libre en Algérie, c’est la colonisation officielle qui prend le relais.. La colonisation « avec le concours des militaires »  encouragée par Paris voit dans l’Algérie un des moyens de régler la question sociale. Le projet de septembre 1848 prévoit ainsi la venue de colons volontaires, installés aux frais de l’État et devant recevoir une concession, une maison, des instruments, du bétail, des semences, des rations journalières de vivres, pendant les trois premières années durant lesquelles ils dépendraient de l’autorité militaire. 

 

Lorsqu'en 1848, la France décida d'occuper "civilement" l'Algérie, des convois furent organisés au départ de Paris. La création de ces convois faisaient suite au décret du 27 septembre établissant des Colonies Agricoles dans les provinces d'Algérie.

 Il y eut en tout 17 convois qui transportèrent entre 12000 et 14000 personnes depuis Paris vers les terres d'Algérie. 

Le projet de colonisation civile est proposé en août à l’Assemblée Constituante.

Sur les murs de la capitale s'affiche le 20, un "Avis aux ouvriers" : un crédit de 50 millions sur 5 ans est ouvert au ministère de la Guerre ; 5 millions sont réservés pour l'exercice 1848, ils serviront à installer en Algérie

12 000 colons avant le ler Janvier 1849 ; dans un certain délai et sous certaines conditions de travail, ceux-ci pourront devenir propriétaires de leurs concessions.

Une Commission est nommée par le pouvoir exécutif. Elle est chargée de vérifier les titres des colons et de désigner ceux qui seront admis à jouir du bénéfice du décret.

La commission fait imprimer les circulaires et affiches et saisit les maires et préfets.

En fait, seuls les Parisiens bénéficieront en général des mesures prises.

Les candidats à l'inscription doivent produire leurs papiers civils et militaires, un certificat de bonne vie et mœurs, un certificat médical.

La visite médicale est sommaire : santé: bonne - force: bonne - faiblesse: nulle - maladies: nulles  - auscultation de la poitrine : rien ; chances d'acclimatation : très bonnes. 

 

  On demanda aux volontaires du onzième convoi quel nom ils se proposaient de donner au village qu'ils avaient pour mission de créer. Ils avancèrent "Mondovi": une proposition destinée peut-être à honorer l'empereur, oncle du vainqueur de la bataille qui se dérouila dans la ville italienne.

C'est en effet à Mondovi, dans ce Piémont italien, que Bonaparte, neveu de l'Empereur Napoléon III, remporta la première victoire de sa campagne d'Italie. La bataille eut lieu le 21 avril 1796 entre l'armée française et ce qui restait du royaume de Sardaigne. 

 C'est ainsi qu'est né le MONDOVI d'Algérie, un village situé à 25 kilomètres au sud de BÔNE du côté de la frontière tunisienne.

On peut considérer que la vie du MONDOVI français s'est éteinte en 1962, année durant laquelle on a décidé que le village n'était plus la propriété de la France. Pratiquement tous ses habitants français ont alors déserté le village.

De 1848 à 1962, la vie du village a donc été courte, marquée, bien sûr d'évènements malheureux, parfois tragiques (rudesse des conditions dinstallation, de l'acclimatation, maladies, épidémies, tueries, attentats, contraintes de toutes sortes) tout en étant émaillée de moments heureux qui faisaient oublier ce  que l'on qualifiait d'évènements pour ne pas parler de guerre.

 

Tout commence  à Paris, le 16 novembre 1848 - Quai de Bercy. 

Nul doute que, pour certains, le fait de mettre le pied sur les chalands qui les attendaient sur la Seine a été l'évènement qui a marqué le début d'une nouvelle vie.

Amarrées aux quais, cinq péniches attendent l’ordre du départ. Aux lucarnes se pressent des colons qui assistent à la cérémonie organisée en leur honneur.

D’autres sont montés sur les cabanes des chalands. Dans deux autres bateaux on a chargé les bagages. Chaque voyageur a droit à un poids et à un volume de bagage limité (50 kilogrammes). Une tolérance est admise concernant le moyen de couchage : un matelas pour deux personnes est autorisé.

 

Tous les départs de convois se font le dimanche ou le jeudi. Nous sommes le 16 novembre, un jeudi. Il fait un temps magnifique Comme pour les autres convois un monde fou est venu assister à la cérémonie du 11ème qui doit créer Mondovi.. Il y a là les amis, la famille mais aussi les badauds et les curieux. En tout, peut-être 40 à 50.000 personnes.

 

 

Parmi eux, les personnalités politiques : ministres, députés, maires…

La deuxième République a été proclamée le 25 février après l'abdication du roi Louis Philippe.

 

Chaque colon, chef de famille est muni d’un billet d’embarquement qui précise le nombre de personnes faisant partie de la famille et la destination. Il possède le règlement à respecter durant le voyage..

Les migrants constituent deux groupes. Ceux destinés au "Centre N°1" sont au nombre de 275 hommes et 199 femmes. Quant au "Centre N°2", il recevra 193 hommes et 128 femmes.

La cérémonie est longue et grandiloquente. La fanfare est là qui donne un air de fête aux préparatifs pour compenser la tristesse ressentie par les partants. A la musique succèdent des chants patriotiques des colons ou des chants religieux de congrégations venues assister au départ et encourager les aventuriers.

 

 

Voici des extraits des discours prononcé au départ :

  

"Colons de l’Algérie, chers concitoyens !

C'est un moment solennel que celui où vos derniers regards saluent la France. Vos coeurs sont serrés d'angoisse, car vos familles, vos amis vous entourent, ils vous pressent dans leurs bras, ils vous couvrent de leurs adieux fraternels. Mais vos coeurs s'ouvrent aussi à l'espérance, vous savez que la France africaine est devant vous, et que là vous allez fonder un peuple, une civilisation ; vous savez que de hautes destinées vous attendent".

Général de Lamoricière, ministre de la guerre en 1848.

 


"Citoyens,
Membre de l’Assemblée nationale, c'est en son nom que nous venons assister à votre départ.
Notre présence témoigne hautement de l'intérêt qu'elle vous porte. Cet intérêt vous est dû, car vous n'êtes pas des exilés, vous n'êtes pas de ceux que la France repousse et rejette hors de son sein, vous êtes, au contraire, ceux de ses enfants à qui elle doit une assistance, une protection toute spéciale, méritée surtout par la grandeur de l’œuvre que vous aller fonder ! En effet, cette œuvre est immense, elle est magnifique, elle est éminemment patriotique et chrétienne.

Peupin, membre de l’Assemblée Nationale


 

 "Je vous remets ce drapeau. Vous allez en Algérie fonder la Commune de Mondovi. Ce nom vous rappellera de glorieux, de grands souvenirs. Mais, ce drapeau que je vous remets n'est point un signe de guerre, c'est un signe de paix, d'ordre, de travail. Vous allez en Algérie assurer, par votre énergique persévérance votre subsistance, votre avenir, la subsistance et l'avenir de vous enfants.

Général Cavaignac,  le drapeau en main.  

 

 

Au moment du départ, M. le général de Lamoricière a détaché de la boutonnière de M. le commandant Jarras, aide-de-camp du général Cavaignac, la croix de la Légion d'honneur, pour l'attacher à la boutonnière de M. le capitaine d'état-major Schmitz, commandant du convoi, auquel le chef du pouvoir exécutif venait de l'accorder. Cet officier qui a servi pendant cinq années en Algérie, est chef du bureau arabe de la subdivision de Bône et s'est déjà occupé de travaux de colonisation.

 

 

Le départ est annoncé, comme aux précédents convoi, le chant des colons résonne sur les deux quais de la Seine alors que le vapeur « Neptune » amorce le remorquage des péniches.

 « Adieu donc, France, Adieu mère adorée.

Souvent le soir, à notre doux foyer,

Nous parlerons de la sacrée,

Qui nous berça sur son sein nourricier. »

 

Le long périple des futurs fondateurs de Mondovi commence…

 

La presse fait echo de l'évènement: 

 

Article dans  le « Moniteur Universel »  du lundi 17/11/1848, journal officiel :
Le départ du onzième convoi des colons de l’Algérie a eu lieu ce matin avec la solennité accoutumée: le temps était magnifique et le soleil brillait comme aux plus belles journées d'automne. Une affluence de spectateurs, plus considérable encore qu'aux précédents convois, couvrait les deux rives de la Seine et la rivière était sillonnée comme toujours de nombreuses embarcations pavoisées.
Monsieur Dufaure, Ministre de l'Intérieur, qui, en qualité de président du Comité de l'Algérie à l’Assemblée Nationale, avait assisté le 8 Octobre dernier au départ du ler convoi, est venu de nouveau assister à celui de ce matin. Accompagné des membres de la Commission, il a visité en détail, avec un certain nombre de représentants, les bateaux affectés au transport des colons.
A dix heures un quart, M. le Général CAVAIGNAC, chef du pouvoir exécutif, et
M. le général de LAMORICIERE, ministre de la guerre sont arrivés avec un nombreux état-major.

 

Article du Journal Le "Moniteur Algérien" de début décembre.
Le 11ème convoi d'émigrants parisiens est arrivé à Bône le 8 Décembre. La ville entière s'est portée à sa rencontre. Les autorités civiles et militaires se sont rendues à bord. La musique militaire et la musique maltaise exécutaient des airs patriotiques auxquels répondaient les chants des nouveaux colons.
Les 980 émigrants qui composaient ce convoi ont été répartis entre les casernes et autres bâtiments militaires que possède la ville de Bonne. On avait pris des soins particuliers pour le bien-être des femmes et des enfants. Le 10, 340 hommes faisant partie du convoi ont pris part aux élections pour la présidence de la République. Le lendemain, plus de la moitié des émigrants a quitté Bône pour se rendre à sa destination. Le reste est parti le surlendemain.
Ce convoi est destiné à peupler le village de Mondovi (Coudiat-Mena) entre Bône et Guelma. Ce territoire sera divisé en deux centres qui recevront l'un 215, l'autre 155 familles. Les colons se sont montrés fort reconnaissants de l'accueil qu'ils ont reçu des autorités et de la population de Bône. On est très content des dispositions et du bon esprit qu'ils manifestent.

 

 

Article du journal LE « MONITEUR DES ARMEES »



Mondovi a ses 370 familles et l'on commence les jardins. Sous 8 à 10 jours tout le monde sera dans des baraques en bois, à l'abri des injures du temps. Tous les matériaux sont à pied œuvre, sauf les fenêtres qui ne sont encore qu'au nombre de 300 sur 627 à faire et les portes au nombre de 150 sur 210. Mais on travaille ici sans relâche à leur confection ; on fait par jour 30 à 40 fenêtres et autant de portes qui sont transportées, toutes montées, sur la Seybouse pendant trois lieues et de là sur des charrettes jusqu'au village.

 

Article du journal "La Seybouse" de Bône le 25/11.

Les nouveaux colons vont arriver à Bône dans quelques jours. Nous ne reviendrons pas sur les conseils que nous avons donnés au sujet de la solennité qu'il serait convenable de mettre à leur réception, nous espérons que les personnes auxquelles l'initiative en revient ont pris toutes les mesures nécessaires pour que l'accueil qui leur sera fait à Bône ne le cède en rien aux démonstrations fraternelles dont ils ont été l'objet à Oran, Alger, Philippeville.

Le génie militaire travaille activement aux baraques destinées à recevoir les colons...deux compagnies ont été envoyées à cet effet sur les lieux. Les ouvriers civils travaillent à l'arsenal qui occupe les charpentiers et menuisiers que l'on a trouvé à Bône. Les baraques sont situées au milieu de l'emplacement des futurs villages, de manière à ne pas géner les constructions définitives .

Monsieur le Colonel du Génie Bouteilloux arrivé depuius peu, s'occupe jour et nuit de cette occupation provisoire. On dit qu'un certain nombre de familles seront dirigées sur Guelma, où se font les préparatifs pour les recevoir.

 

 

Le trajet de Paris à Marseille

 

Tiré par le bateau à vapeur Neptune le convoi s’ébranle pour remonter la Seine.

Pour déplacer à moindres frais les 12 000 personnes prévues pour créer les colonies, le seul moyen possible à cette époque est la voie d'eau. En effet il n'est pas pensable d'utiliser des diligences et le chemin de fer n'en est encore qu'à ses débuts. Le bateau choisi est le chaland de la Loire sur lequel on a édifié une cabane pour les passagers. Chaque bateau mesure une trentaine de mêtres de long sur 5 m de large. La longueur a été fixée en fonction de celle des écluses à passer.

Les chalands ont été sommairement équipés. A l’avant un compartiment sert de cuisine et de réserve alimentaire. Chaque jour les partants ont droit à une ration qui est convenable (pain, viande, légumes, laitage pour les enfants, vin)

A l’arrière, un local est réservé à l’équipage. Deux chambres permettent de « caser » chacune 90 personnes sur des banquettes aménagées dans le sens de la longueur. Ces banquettes servent de couchettes la nuit. C’est dire l’inconfort dans lequel le voyage se fera. D’autant que les bagages sont rangés sous les banquettes ou sur des étagères prévues à cet effet au dessus. Il est, bien sûr, interdit de débarquer entre deux haltes, c'est-à-dire pendant au moins 48 heures. Un système de plancher amovible , à l’avant et à l’arrière du bateau permet d’évacuer les eaux usées et les latrines.

Quelques anecdotes

         

 

De Paris à Melun sur les canaux la vitesse du halage  n'était que de 2 km/heure. Cette vitesse et le passage des écluses qui trainait en longueur permettaient  aux colons de descendre des bateaux, de se détendre et d'y remonter facilement quand ils le souhaitaient. 

Le 18 novembre le convoi est à Nemours où des marques de sympathie réconfortent quelque peu les colons jusqu’à fêter leur passage par quelques beuveries.

Le 19 novembre,  à l’écluse de Montargis, un homme un peu ivre, tombé à l’eau est sauvé de justesse.

Le 21 novembre le convoi atteint BRIARE qui est un lieu d’approvisionnement. Les haleurs refusent alors de poursuivre leur travail prétextant le financement insuffisant de leur activité. L’initiative des colons, de tirer eux même leurs bateaux fait avorter la grève. Une nouvelle tentative d’arrêt de travail le 24 novembre sera à nouveau avortée par le zèle des colons prêts à prendre la relève des haleurs.

Le 27 novembre que le convoi atteint Chalon-sur-Saône.

Un arrêt à Lyon permettra un ravitaillement en vivres et en boissons organisé par l’administration et apprécié de tous.

A PONT-SAINT-ESPRIT les haleurs sont remplacés par un remorqueur à vapeur qui les mènera jusqu’à ARLES où l’arrivée se fera le 30 novembre. C’est dans la cité antique que cessera le voyage sur canaux, tandis que les bateaux transportant du matériel continueront jusqu’à Marseille. Arles étant  atteint en soirée, il fallut passer la nuit en ville. Munis de billets, les colons furent dirigés dans des logements d'habitants dont l' accueil ne s'avéra pas   particulièrement agréable.  

 

Durant la journée du 30 les colons furent par contre heureux de pouvoir prendre le train, certains pour la première fois. Ils finirent ainsi leur trajet jusqu'à MarseilleIls apprécièrent ce myen tout moderne de transport malgré l'inconfort occasionné par le manque de vitres aux wagons.

A MARSEILLE, dans la toute nouvelle gare St Charles les mauvaises conditions sont cependant vite oubliées. 

A Marseille c’est au Grand Lazaret que les colons devront patienter pour attendre le « Labrador », bateau à vapeur qui doit traverser la Méditerranée.

 

 

La traversée de la Méditerranée de  Marseille à Bône.

C’est le 4 décembre que le bateau rentre au port mû par sa grande roue à aube. Les personnes sont aussitôt invités à monter à bord. Une nuit se passe avec l’impatience de voir le bâtiment quitter le port.

Le 5 décembre vers 8 heures du matin le capitaine MALET ordonne qu’on lève l’ancre.

A la fois curieux, heureux mais anxieux, les futurs mondoviens assistent à la manœuvre depuis le bastingage qui leur sert d’accoudoir.

Pendant quatre jours, l’énorme roue du "Labrador" battra l’eau de la Méditerranée.

Dans la matinée du 8 décembre « le Labrador » entamera son approche du port de Bône.

Les futurs mondoviens sont accueillis par des "coups de canons qui partent des bâtiments de la Casbah. Ils distinguent alors les remparts et le minaret de la mosquée de la vielle ville.

Au môle Cigogne se sont réunies les personnalités et les personnes venus accueillir les nouveaux arrivants. Une musique militaire retentit. A sa descente du bateau le convoi se voit offrir le vin d'accueil par la municipalité : le premier vin prit sur la terre d’Afrique sur laquelle se proposent de vivre désormais les fondateurs de Mondovi.

Les futurs Mondoviens sont logés dans la Casbah de la ville.

Le 9 après l’appel de l’officier, commandant lé garnison on leur précise que le départ ne se fera qu’après leur participation à l’élection du Président de la République prévue le lendemain.

Le 11 décembre, une partie du convoi escorté par les militaires part pour le lieu d’implantation du village. L’armée a mis à la disposition du convoi des attelages et des charrettes. La route empruntée sera celle que les militaires ont tracé pour pousser leurs investigations vers l’intérieur du pays.

 

 

 

 

 

Le trajet de Bône à Mondovi.

 

 

Les routes arabes à la conquête n’étaient que de simples sentiers tracés par les pieds ou les sabots du cheval ou du mulet.

Les itinéraires correspondent souvent aux routes romaines. Pour les arabes deux choses faisaient le mérite d’une route à leurs yeux : l’eau et la sécurité. La première explique le fait que très souvent on trouvait des points d’eau sur les chemins qu’ils empruntaient. Pour ce qui est de la sécurité, le danger le plus fréquent était la rencontre de « coupeurs de route ». De misérables bandits  de petites tribus logées sur des positions presque inaccessibles s’embusquaient sur le passage des caravanes.

Pendant une dizaine d’années à partir de la conquête, la route menant à l’intérieur des terres n’était sécurisée que sur quelques kilomètres. C’est la prise de Constantine qui permit de descendre beaucoup plus bas dans l’arrière pays. Les français avaient besoin d’une communication carrossable : ils ont suivi les tracés romains et découvert d’imposants vestiges à chaque pas. On peut évaluer à plusieurs milliers le nombre d’établissements romains de toute grandeur répandus sur la surface de l’Algérie.

 

Le voyage, au travers d’une végétation sauvage et désordonnée d’un bout à l’autre avait été pénible. Moins dangereux que le lion, mais surprenant et irritant par ses piqûres soudaines, le moustique virevoltant sans répit autour de la caravane n’en était pas moins agressif.

 Aucun pont n’avait été construit. Il fallut passer ruisseaux et rivières à guet.

Arrivés au camp de Dréan on dit aux migrants que le point de chute n’était pas loin. Il n’y eut, en effet que quelques kilomètres à faire pour découvrir le terrain que les militaires avaient commencé à défricher et à sécuriser. 

Un bataillon militaire accompagne les migrants et avec lui, le jeune sous-aide Boyer, muni de deux cantines renfermant les médicaments « que l’autorité médicale avait jugés les plus indispensables ». C’est la première fois que le jeune médecin est chargé d’un service sous sa responsabilité personnelle 

   

Tout au long du trajet les colons découvrent un monde nouveau. La végétation est luxuriante. Ils longent la Seybouse, rivière la plus important de la région. Les lauriers roses succèdent aux cactus et aux figuiers de barbarie, aux oliviers et aux orangers sauvages couverts de fruits. Ils croisent  des personnages à la tête enveloppée d’un turban guidant un âne croulant sous un chargement couvert d’un linge. Ils découvrent ici oulà des huttes ou des gourbits gardés par des chiens aboyant à leur passage. Des curieux enveloppés dans une vieille couverture sont assis au bord du chemin.Les militaires apprennent aux marcheurs que la région est peuplée de nombreuses tribus. La plus puissante et la plus nombreuse est celle des HANNENCHA qui occupe les campagnes de Constantine et de Bône : des personnes plutôt pacifiques à la différence de certaines peuplades plus belliqueuses tels les BENI-SALAH installées aux abords sud de la zone sur laquelle le village doit être édifié..

 

Arrivée sur les lieux

"La Province" (journal de Limoges) insère dans ses colonnes la lettre d'un colon qui fait partie du convoi.


"Nous avons été parfaitement accueillis par la population de Bône ....... Nous sommes installés sous des tentes pour le moment ; prochainement nous serons mieux. Notre village est à 7 lieux de Bône, qui est une jolie petite ville bâtie à l’européenne ; je bois et l'eau ne manque pas; la rivière fournit du poisson à discrétion ; en deux heures on peut pêcher à la ligne 10 à 15 livres de poisson.
Il n'est pas possible de voir des plaines aussi belles que celles de nos environs ; on nous a distribué nos jardins et nous avons de quoi planter, je vous assure ; dans quelques jours, on nous donnera nos grandes terres. Le moral des colons est excellent; tout est à très bon marché pour la vie dans cette province: la viande vaut quatre sous la livre, les légumes sont excellents, le poisson de mer très beau et bon, deux sous la livre ; les petits pois sont en fleur et nous espérons en manger dans un mois. Je vous déclare qu'il y a quelque chose à faire pour l’homme intelligent ; quand nous aurons notre petite maison bâtie, moi et ma femme, nous nous trouverons très bien ; c'est, je crois, la seule chance de salut pour celui qui veut vivre par le travail. Rassurez, je vous prie, ceux qui vous parleront des terribles maladies d'Afrique. Tout le monde possède ici les figures les plus rassurântes à cet égard. Les Arabes viennent dans notre camp nous apporter du lait, du beurre et des poulets, dont nous avons deux pour 1 fr. Rien de plus pittoresque de voir cette population juive, maure, arabe et bédouine. Ils sont très doux. Nous n'aurons même pas à défricher; les terres sont recouvertes d'un gazon que l'on peut facilement enlever. Je vous prie d'engager mon beau frère à venir nous retrouver dans quelque temps et qu'il se fasse toujours inscrire à l'avance; il peut espérer un avenir heureux pour ses enfants. On peut facilement trouver ici du monde pour travailler et je vous assure qu'il faut plus d'intelligence encore que de force. Dans quatre ou cinq mois, nous pourrons jouir de nos premières récoltes. Le sanglier vaut quatre sous la livre. La nuit nous avons fréquemment un concert de chacals : c'est pas harmonieux ; il faut bien s'en contenter, faute d'autre corps de musique."

 

 

Juste après le camp de Dréan les migrants sont surpris de découvrir une bâtisse à l'architecture particulière.

Les militaires leur apprennent que c'est un lieu saint. Autour de l’édifice, dans un champ sont disséminées quelques tombes qui laissent penser qu'il s'agit d'un cimetière musulman. Des toiles tendues abritent des hommes et des femmes assis. Ce sont des pèlerins venus à pied, parfois de très loin pour honorer l’homme dont le caveau, protégé par la bâtisse. Cet homme était Sidi HAMEIDA, un disciple d’ Abd el Kader contre lequel la France eut fort à faire, considéré dans presque tout l’orient comme le patron des pauvres et des malheureux. C’est en son nom que presque tous les mendiants imploraient la charité du passant. Par un chemin traversant le futur lieu d'implantation, les pélerins marquaient une pause  pour y faire des prières. 

 

A propos de Marabout

 

On sait que le mot "Marabout" désigne, outre l’oiseau, échassier des régions tropicales, la personne nantie de pouvoirs de voyance ou de guérison en même temps que le religieux respecté de tous temps par le peuple arabe. Les colons découvrent que le Marabout désigne aussi l’édifice sous lequel a exercé ce religieux avant d'être inhumé au coeur de cette bâtisse.Un marabout, c’est, dans l’islam, une personne sainte, détentrice d’un savoir coranique. Elle s’est retirée pour étudier l’islam et vit de manière simple, dans l’ascèse.

  • On appelle marabouts ces petites bâtisses à toits ronds dont sont parsemés les environs des villes africaines, et que l'on retrouve quelquefois assez avant dans le désert. Ces marabouts sont presque toujours un lieu de halte pour les caravanes. 
    …………

  • . Les riches y déposent des offrandes ( dattes, galettes, figues sèches, farine, etc). Les pauvres que le hasard y conduit mangent à leur faim ces "provisions de l'amour de Dieu". Mais malheur à celui qui oserait emporter une datte, une figue, un quartier de galette, une pincée de farine ! Il périrait certainement en route.

                                 Alexandre Dumas

 

 

À une vingtaine de kilomètres au sud-ouest de Bône existent des vestiges romains.

Il y a là  des puits que les militaires ont entrepris de récurer.

Un des puits est suffisamment profond pour contenir régulièrement  pas moins d’une hauteur de 1 m d'eau.

Nous sommes dans un ancien camp Romain que les militaires français ont pris pour base avant de poursuivre leurs investigations à l'intèrieur des terres. Les militaires installés dans des baraques en bois avaient pour mission de préparer, sécuriser et protéger les nouveaux arrivants. Ce lieu était indiqué sur les cartes sous le nom de Dréan. Les militaires connaissaient donc bien la route de Bône à Dréan. Leur escorte permit aux colons de circuler sans trop de crainte. Un facteur d’insécurité était tout de même à prendre en considération : l’attaque possible d’une bête sauvage. Un animal faisait parler de lui dans la région : le lion qui peuplait encore tout le massif de l’Edough. L’animal s’attaquait tout particulièrement aux troupeaux des indigènes et faisait l’objet d’une traque constante. 

Un camp qui a pour nom DREAN (nom que porte actuellement le village de Mondovi).

À l'Est du lieu d'implantation, dans un lit relativement large coule une rivière au débit important : il s'agit de l'oued Saïbous que l'on nommera plus tard "Seybouse". 

Au sud coule l'Oued "GUERIG", un affluent de la "Seybouse". 

À l'ouest un chemin est régulièrement emprunté par les caravanes de bourricots ou de chameaux couverts de marchandises pour se rendre à Annaba, transportant leurs marchandises telles que les laines des brebis pour les vendre. Ancienne route romaine le chemin reliait Hippone, ville romaine située près de Bône, à Thagaste .

 

Thagaste a été le lieu de naissance de St Augustin. La ville a été rebaptisée Souk-Ahras à sa conquête par la France. Saint Augustin a été le dernier évèque d’Hippone.

 

Les impressions de colons arrivés sur les lieux d'implantation.

 

 Lettre d'un colon

Mondovi, 10 Janvier 1849

"Je vous avise que nous avons mis 28 jours pour arriver à Bône et nous en sommes à 8 lieues et ça ne fait qu'une seule plaine et une terre comme on n'en voit pas de pareille en France, pour la bonté ; nous n'avons aucune gelée, nous n'avons qu'un peu de pluie et du beau temps ; nous avons resté un peu dans les tentes et maintenant nous sommes dans les baraques en planches ; nos baraques ont 3 mètres 50 centimètres de large et 5 mètres de long ; on nous a donné notre jardin voilà 3 semaines et nous avons déjà choux, carottes, oignons, navets, poireaux, salades, radis, pois, tout est déjà bien élevé.

Nous sommes arrivés un peu tard pour semer du blé, mais on a fait venir des arabes en masses pour labourer et semer pour nos récoltes de l'année prochaine.

Nous sommes en train de faire les fortifications, nous gagnons 5 à 6 francs par jours les bons ouvriers et nous ne sommes pas malheureux. Nous recevons les vivres de campagne, mais nous avons du pain de sous-officier fi livre de viande, 12 grammes de café, autant de sucre et un quart de vin, mais nous sommes obligés de laisser 60 centimes de notre journée pour notre nourriture, on a fait aussi des fours à chaux et des briques pour bâtir des maisons.
On nous donne tous les outils nécessaires : pelles, pioches, bêches et tout ce qui s'en suit. Je m'y plais très bien, ma femme aussi et nous nous portons même mieux qu'en France ; nous avons déjà fait la perte de quelques petits enfants, mais pas encore de grandes personnes...

Nous sommes près d'une rivière et notre convoi est divisé en deux villages que l'on a appelé Centre ler et Centre 2 de la Commune de Mondovi. Nous sommes dans les baraques et chaque famille reçoit des vivres et l'on s'arrange comme on veut..."

LEMAIRE François

 

Lettre de colon

Le 19 Mars 1849

......Le pays est charmant, nous sommes entourés de montagnes boisées, de vallons et le village est situé sur un mamelon ; au Nord, sont nos jardins, au midi est un vallon boisé puis un mamelon aussi boisé ; à l'Est, sont de très hautes montagnes avec des gorges toutes boisées, au bas la Seybouse, rivière très poissonneuse, au couchant des mamelons boisés et de larges gorges.

Les arbres dont des oliviers, des peupliers, des charmes, des frênes, des myrtes et d'autres dont je ne connais pas les noms.

Il y a beaucoup de terre argileuse et des grès sur le bord de la Seybouse. On voit beaucoup de pierres à chaux. Il y a des mines de fer : le Capitaine dit que toutes les montagnes qui nous entourent en contiennent beaucoup.
Nous n'avons encore rien trouvé dans les fouilles que l'on fait qui prouve que les Romains aient habité cette partie de l'Afrique, qui du reste était tout à fait inculte ; quelques parties avaient été labourées par les Arabes, mais si superficiellement que l'on ne peut comprendre que la terre ait rapporté.

On peut se livrer à la culture de la vigne, des oliviers, du tabac, du blé qui est double en grosseur de celui de France : mais il faut du travail et du courage.

 
Nos jardins sont en partie plantés, tout y vient bien ; tous les arbres que nous avons emportés sont bien pris, nos pommes de terre sont très grandes, nos salades, nos épinards, nos pois, nos radis, le persil ne vient pas ; du reste toutes les plantes de France reprennent très bien....

 

Un article de presse du journal "Le Moniteur Universel"

Le 13 avril 1849.



"La province de Constantine a reçu, en 1848, cinq convois d'émigrants formant un total de 4411 individus".

Les mauvais temps qui empêchaient l'arrivage des navires chargés de bois, ou rendaient les communications difficiles, ont pendant longtemps retardé les travaux d'installation provisoire.

Sauf quelques rares exceptions, quelques esprits inquiets, les émigrants ont semblé comprendre toutes les difficultés que l'administration éprouvait, et ont accepté franchement les inconvénients de la vie sous la tente, toute nouvelle pour eux.

Dans toute l'étendue de la province, les neuf dixièmes au moins des jardins ont été mis en valeur ; des moniteurs d'agriculture, choisis presque exclusivement parmi les émigrants, ont prêté le concours le plus utile dans ces circonstances.

Des effets d'habillement hors de service ont été distribués aux colons les plus nécessiteux. Tous ont reçu, depuis leur arrivée dans les colonies jusqu'au 20 février, époque à laquelle elle a été supprimée, une allocation journalière de 10 centimes par personne et de 5 centimes par enfant ayant droit à la demi- ration. Dans un moment où les légumes étaient chers, où il était difficile de s'en procurer, cette allocation a été d'un grand secours aux familles, en leur permettant d'améliorer leur ordinaire.

L'esprit des colons est généralement bon ; le sentiment de la propriété, l’attachement au sol, semblent se développer chez eux. Dans les trois colonies du cercle de Philippeville, aucune demande de retour en France n'a été présentée. Six familles de la division de Bône ont demandé à renoncer au bénéfice de leur position et sont reparties pour la France à leurs frais.

L'état sanitaire est partout satisfaisant ; aucune fièvre, aucune maladie particulière au pays ne s'est encore déclarée.

Des écoles primaires distinctes pour les garçons et pour les jeunes filles ont été établies dans les centres de la subdivision de Bône ; leur direction a été confiée à des instituteurs et à des institutrices choisis parmi les émigrants, et qui étaient munis de diplômes délivrés en France.

Les constructions définitives ont été entreprises dans toutes les colonies. Elles sont le plus avancées dans le cercle de Philippeville, qui a reçu les premiers convois.

Partout les fours à chaux, les briqueteries, les fours banaux, les maisons de secours ont été construits. On presse les travaux avec la plus grande activité, afin que la majeure partie des émigrants puisse être logée définitivement avant l’époque des chaleurs.

L'ensemble de ces renseignements permet d'apprécier la situation favorable dont jouissent les nouvelles colonies; aucun moyen ne sera négligé pour que cet état de choses tende à s'améliorer. On doit reconnaître cependant que les colons n'ont point encore eu à lutter devant les véritables difficultés de l'entreprise. jusqu'à présent, en effet, leurs efforts se sont appliqués aux seuls soins du jardinage ; mais bientôt les travaux de la récolte, plus tard ceux des labours et des semailles soumettront leur courage à de plus rudes fatigues."

 

Un Almanach pour aider les colons.

 

 

Une grande proportion de colons qui s'installent à Mondovi, comme dans les autres colonies, sont des citadins qui ne connaissent pas grand-chose de la vie d'un agriculteur. Bien que l'armée soit là pour aider les nouveaux arrivants, le gouvernement édite une brochure qui tient lieu d'almanach dont le but est de suggérer les activités à mettre en œuvre tout au long de l'année. Cette brochure est publiée sous l'appellation d'Almanach du laboureur algérien.

Pour chaque mois, une série de conseils est listée :

Janvier : "Travaille à tes plantations"
Février : "Ferme ton jardin d'une haie de cactus, imites-en cela les Arabes".
Mars : "Plante ton tabac dès que ton semis aura huit feuilles".
Avril : "Surveille ta vache et ta jument. Si elles sont en humeur, fais les couvrir tout de suite."
Mai : "Voici venir la pénible saison des foins et des moissons."
Juin : "Soigne bien tes fossés d'arrosage, ne laisse rien perdre de ton eau"
Juillet : "Emeule ta paille".
Août : "Attention aux fièvres."
Septembre : "Prépare des abris pour un porc, des poules, des lapins, des pigeons."
Octobre : "Presse tes bœufs, active tes labours, voici bientôt le moment des semailles."
Novembre : "L'époque des plantations commence."
Décembre : "Plante tes arbres...le figuier est de tous les arbres à fruits celui que tu dois multilier le plus.

 

Voici la page complète de l'Almanach concernant le mois d'Août.

Si tu as fini les foulaisons prends ta charrue et retourne celles de tes terres qui étaient en céréales et que tu veux encore semer en automne.

Ne te laisse pas dire que la terre est trop sèche ou trop dure. Ce labour sera difficile, mais il vaudra de l'engrais.
Voici le moment de sécher ton tabac. Ne le cueille que bien mûr, sans cela tu perdrais en poids et en qualité. Si ta maison n'est pas assez grande, sèche le sous des arbres ou même au soleil par terre en ayant soin de le surveiller tous les jours et de ne pas le laisser trop longtemps.
Fais ta récolte de maïs et achève d'écimer celui qui ne le serait pas encore.
La saison des fièvres est venue. Ecoute bien ici quelques conseils d'hygiène que tu devras suivre toute l'année.
Ne sors pas à jeun.
Le café pour le repos du matin est très salutaire dans ce pays.
Ne reste pas au soleil la tête nue, n'y laisse jamais aller tes jeunes enfants.
Ne t'attarde pas trop le soir dans les champs. La fraîcheur des soirées est dangereuse.
Bois peu et choisis bien ton eau.
Prends du vin avec sobriété.
Mets une ceinture de laine.
Si tu te sens mal à l'aise, la tête lourde et les jambes faibles, c'est un indice de fièvre. Ne l'attends pas, prends un peu de quinine, et sur toute chose ne te laisse pas abattre.L'activité chasse la fièvre.Il est quelque chose de plus dangereux que le fièvre; quelque chose qui la donne et empêche d'en guérir, c'est l'indolence, la paresse.
Le meilleur remède contre la fièvre c'est l'énergie.

 

En avril 1849, alors que la colonie de Mondovi est en pleine organisation de création du village, la terrible maladie s’abat sur la région. 

Dans le village, la rue de l’Espérance est le souvenir de la période où le choléra fit des ravages dans la région de Mondovi.

Un centre sanitaire est créé de l’autre côté des remparts  pour isoler les malades.C’est un grand bâtiment en planches organisé de façon à héberger hommes et femmes séparément. Un local est aménagé qui servira d’infirmerie. Une soixantaine de malades peuvent y être soignés.
Mais aucun traitement sérieux n’est préconisé si ce n’est le repos et le grand air.Chaque jour réserve des surprises aux colons qui, le matin sont partis aux champs. Ils découvrent à leur retour leur femme ou leurs enfants malades.Des familles entières sont décimées. On comptera au total environ 260 décès.

Difficile d’imaginer l’ambiance que crée une telle épidémie. Voici ce qu’en dit quelqu’un qui l’a vécue ( Pauline De Noirefontaine)

 « Le choléra a fondu sur notre pauvre ville comme un vautour qui la couvre de ses ailes noires… il est presque impossible de sortir de chez soi ni d’ouvrir sa croisée, sans entendre le râle de la dernière heure, ou voir quelque exposition funèbre…depuis six semaines que le choléra a étendu sur nous son bras de fer, il a déjà fauché le huitième de la population, et le tiers de la garnison, sept médecins, quatre-vingt-cinq infirmiers et douze sœurs de Saint-Vincent-de-Paul... Mais c’est surtout la rapidité avec laquelle on passe de la vie à la mort qui ébranle les âmes les plus intrépides. On ne peut même plus se fier à la jeunesse, à la fraîcheur et à l’éclat des belles années ; le monstre sévit avec une fureur tellement aveugle, qu’il frappe indistinctement jeunes et vieux, faibles et forts, pauvres et riches, sans distinction d’âge, de fortune. »


Certains colons, découragés vendront leur concession  pour regagner la France. D’autres, renonçant au travail de la terre, quitteront le centre pour entreprendre une nouvelle activité.
Au mois d’août on note une régression de la maladie. Cette dure épreuve ne se renouvellera plus au village.
Certains colons l’auront passée sans être atteints et la vie pourra reprendre au centre.

 

 

 

 En 1851, le cimetière du village, signe de tristesses annoncées  est officiellement ouvert.

Il était malheureusement impossible d’imaginer la création d’une commune sans envisager le cimetière.
Les premières victimes de Mondovi furent des enfants en 1848. Une dizaine sont victimes d'on ne sait quel mal. Est-ce à cause des conditions de vie, de la malnutrition ?  Les médecins qui officient sur la colonie sont incapables de le dire.  Comme dans beaucoup de communes autrefois, on décide d'enterrer les morts près du futur emplacement de l'église, c'est à dire au centre de la colonie. 

L'emplacement définitif a été choisi à l’écart du village. Pour s'y rendre il fallait sortir du village vers  Penthièvre, passer le passage à niveau de la voie férrée et prendre le chemin sur la droite qui menait directement à ce lieu de repos éternel.
Dans ce cimetière ont été enterrés nos grands pères.
Le lieu était suffisamment loin pour que nos  parents trop soucieux  de notre sécurité, nous interdisent d’y aller seuls, surtout au moment des évènements.
Je me souviens cependant avoir passé de merveilleux moments durant les années cinquante et surtout lors de la retraite de la communion avec des camarades. Il y avait, avec nous, le curé (Galéa) qui choisissait régulièrement ce champ face à l’entrée du cimetière pour permettre libre cours à nos ébats de jeunes garçons fous.

Fous nous l’étions puisque nous entamions l’âge ingrat de l’adolescence avec en ligne de mire le lycée qui nous attendait à Bône.

Je me rappelle ce jour où deux immenses meules de paille étaient implantées  juste en face  du portail. Notre premier exploit avait été de tenter l’ascension des meules pour nous asseoir au sommet. Inutile de vous dire combien  la courbe de la meule avait évolué. Elle finit par  former, à la base, un tas de paille qui nous servit  de réceptacle lorsque nous décidâmes de nous lancer depuis le sommet. Je me suis, par la suite, souvent posé la question de savoir si le curé connaissait le propriétaire de la paille...C’était en 1955.

A deux pas, derrière le mur d’enceinte du cimetière, mes deux grands-pères devaient nous entendre crier. Ma jeunesse insouciante a occulté la possibilité d’un recueillement même furtif. Il faut dire qu’à cette époque j’étais loin de penser qu’un jour ils mourraient une deuxième fois parce qu’abandonnés de tous.

Ils sont maintenant de l’autre côté de la mer livrés au bon vouloir des gérants du lieu. 

 

 Est-ce une coïncidence ? Durant l'année 1852 le pouvoir civil remplace le pouvoir militaire. Le premier maire de Mondovi prend ses fonctions. En même temps, les locaux administratifs sont "ouverts".

Quatre ans seulement se sont écoulés depuis que les « aventuriers » du 11ème convoi ont entrepris de créer le village et déjà le centre « névralgique » de la cité est né.

La mairie, le bureau de poste… je devrais dire les PTT (Poste Télégraphe Téléphone) et ce qu’on appelait la Justice de Paix peuvent entrer en fonction.


L’ensemble est situé au cœur du village sur un emplacement qui est prévu pour créer une grande place sur laquelle seront données toutes les cérémonies.

Sur la place se déroulait la fête du village. Elle fut interrompue au moment des « évènements » par crainte d’attentats.
Pour aller de la mairie à l’église les jeunes mariés n’avaient qu’à traverser la rue nationale.



Mondovi a eu une existence courte mais sa vie a été intense et appréciée aussi bien de ceux qui y habitaient que des habitants  des communes voisines. Les structures créées à la naissance du village ont aidé à la mise en place de nombreuses réjouissances. Les installations telles que  terrain de boule lyonnaise, stade de football, salle des fêtes, grande place centrale ont influé sur le désir de bien vivre des mondoviens. de l'engouement d'une population toujours prête à participer d'une façon ou d'une autre aux attractions proposées. Rien n'aurait été possible cependant sans la présence de boute-en-train capables d'endosser le costume d'animateurs talentueux quand cela était nécessaire.

De 1848 à 1962 de nombreuses attractions ont attiré du monde de tous les horizons. Il pouvait s'agir de grands concours de boules, de fêtes votives dont les animations couvraient tout l'espace du centre ville, de concerts donnés dans la salle des fêtes, de match de football mémorables, de retraites aux flambeaux. Un des meilleurs tours de forces du comité des fêtes a été de créer une troupe théâtrale ..

A Mondovi un personnage excellait dans l’utilisation de la langue « Pied noir » : René BUSSUTIL. C’était un amuseur né, toujours prêt à faire rire ceux qui le côtoyaient. Tour à tour, expert des tabacs à la coopérative des tabacs du village, père Noël, joueur de boules lyonnaises expérimenté, amuseur, musicien, entraineur de football, il avait plusieurs cordes à son arc.

Un jour, à la réunion du comité des fêtes, il avança une idée qu'il avait en tête  depuis longtemps : créer une troupe théâtrale. A cette proposition plutôt originale, une question suivit immédiatement : une troupe pour interpréter quoi ?  

Outre ses blagues et ses sketchs, René avait dans ses archives une pièce inspirée de la fameuse histoire de "l'Auberge rouge" née d'un fait divers et peut-être plus connue sous le nom de "Auberge de Peyrebeille". L'évènement a fait l'objet d'un film en 1951, dont l'interprète le plus connu est Fernandel. Dans cette auberge pendant près de vingt-trois ans, aux alentours des années 1805-1830, les époux Pierre et Marie Martin, d'anciens fermiers pauvres devenus propriétaires et tenanciers, auraient détroussé plus de cinquante voyageurs avant de leur ôter la vie. À leur mort, leur fortune fut évaluée à 30 000 francs-or.

L'originalité de l'œuvre que René  intitulera "L'Auberge du chien mort" est qu'elle est écrite en "Bônois", une sorte de  dialecte dont seuls les habitants de la région de "Bône" ont le secret.

Avant que ce dialecte ne naisse, existait ce que l'on peut appelait le langage "Pied noir" appelé aussi "Pataouette".

Comment est né ce langage ?

 

La population de Mondovi, comme celle de toute l’Algérie était composée d’ Espagnol, de  Maltais, d’ Italiens, d’ Alsaciens qui  sont venus se mêler aux Français et aux Arabes. Tous ces gens ont appris à communiquer, en utilisant leur propre langage et un peu de ce qu’ils ont appris  des autres. Cet amalgame verbal a donné naissance dans toute l’Algérie à une langue spéciale. 

 

Cette « langue » n’est pas, cependant, une spécialité régionale ou un patois. Tout le monde peut la comprendre. C’est un mélange,  de toutes les langues d’origines des Européens avec, en plus, des déformations  qui sont sans doute la conséquence de l’apprentissage orale du vocabulaire utilisé.
Dans cette langue, par exemple, on ne prononce pas le « V » . On ne va pas « voir », on va « oir ». « Voilà » devient « Oilà »

 Tous les « é » se prononcent de la même façon : « C’est vrai » se dit « c’est vré ». Quant au "o" il n'en existe qu'un, que ce soit "cause" ou "chose" ou "rose". Le "u" est parfois transformé en i ou inversement. Ainsi « la figure » devient « la fugure ». On entendra dire, par exemple :"J'ai la honte qu'elle me monte à la fugure ».

Ces expressions viennent souvent agrémenter les échanges verbaux en allant parfois vers l’exagération.

Exemple : « Si je me déchire le pantalon, ma mère elle me tue ».

Ces expressions en nombres font partie intégrante du vocabulaire de tous les jours. Lorsque ce langage est pratiqué à "Bône", il devient "Bônois" et on y ajoute les expressions du cru.

Exemple : J’ai « tombé la veste » avant de me « taper une sieste carabinée». « J’vous dis pas «  ce que j’ai écrasé ».« Bon ti’arrète mainant », « oublie moi cinq minutes » ou « j’ten donne une que le mur y t’en donne une autre ». « Fais entention » à toi. Ecoute moi « si ti as peur n’a pas peur ».

 

 Une pièce c’est fait pour être joué. L'idée mise à la réflexion des membres du comité fut adpotée à la réunion suivante. Le projet devait aboutir à une représentation donnée  dans la salle des fêtes du village.

Une fois la troupe créée la plus grosse difficulté résidera dans la distribution des rôles. Pas facile de s'improviser acteur quand on n'a jamais fait ça. On fait appel aux affinités de chacun, on encourage les plus réticents, on calme le plus "emballés", on dissuade les plus aventureux et on demande à tous de s'approprier le scénario pour en connaître la trame. 

 Les dialogues sont dactylographiés autant de fois qu’il le faut sur le dos des bordereaux de réception de la grande coopérative des tabacs  qui s'est implantée au village durant les années 1920. A la  Tabacoop, René joue le rôle d’expert des tabacs de temps à autre…(c’est pour rire…). On utilisera pour cela les machines à écrire du bureau. On met à contribution les secrétaires et de nombreuses  feuilles de papier carbone.

Les répétitions commencent. Chaque séance est une crise de fous rires. La plus grosse difficulté, mis à part le fait de retenir le texte est de s’empêcher de rire en le disant. A force de répétitions l’équipe sent que le moment est venu de passer aux étapes suivantes. D’abord donner un nom à la troupe pour lui faire un peu de publicité : elle sera appelée « Comaedia ». Ensuite organiser la représentation pour la faire connaître. Il faut dans un premier temps créer les décors. Rien de plus facile, dans la mesure où, des artistes font partie des acteurs : les deux frères BAËZA, François et Michel se feront aider par tous les collègues et amis prêts à mettre la main à tout. A la Tabacoop on utilise beaucoup de toile de jute pour emballer le tabac expédié à la SEITA. Le matériau fera très bien l’affaire pour peindre les décors qui seront fixés sur des cadres en bois.  Il suffira de demander l’autorisation à Monsieur Alzeto, le Directeur…si nécessaire…A temps perdu l’équipe de peintres se met au travail. Dès qu’un tableau est fini, il est monté et l’on se met à répéter dans de meilleures conditions. On a comme l’impression que les acteurs sont meilleurs même si on a du mal, parfois, à s’accaparer de certaines expressions spécifiques aux bônois.

 

 « Bois Coco bel œil mais entention te taffogue, truque ac les amis, c’est moi qui regole » dit Mme Raphaël. Dire la même phrase en espagnol ne serait peut-être pas plus difficile…Mais les répétitions aidant, les acteurs deviennent presque expert en « bônois ». On peut alors envisager d’organiser le spectacle. La salle des fêtes du village a été préparée pour recevoir les spectateurs de toute la région. Tout le village est là, bien sur. Mais il ya aussi des spectateurs de  Barral, Randon, Penthièvre, Duzerville, Bône. Leurs rires sont autant l’illustration de l’appréciation des dialogues  que la découverte des hommes du bled dans un contexte tout à fait particulier. La salle des fêtes est comble. La pièce a un énorme succés. Rires et applaudisssements se succèdent. A la fin, les spectateurs se lèvent pour applaudir à tout rompre les acteurs réunis sur la scène. Le spectacle a un franc succès. 
Ces manifestations furent à Mondovi autant d’occasions de faire la fête. Il y avait au village une dynamique  dont l’unique motivation était de faire plaisir tout en prenant du plaisir à organiser des réjouissances. Surmonter les difficultés pour arriver au but que se fixaient ces équipes faisait partie du jeu. Il aurait été dommage de laisser jaunir davantage dans un tiroir  (parce qu’il est déjà jaune…) le papier sur lequel est couché le projet.
Sur les 114 ans qu’a vécu Mondovi voilà le témoignage du fait qu’en 1950, les habitants du village ont connu des moments vraiment heureux qu’il était bon de rappeler. Celà grâce à un homme, BUSSUTIL René, et à une foule de camarades qui ont joué à l'acteur, au décorateur, au régisseur ou à autre chose...

Nous sommes le 11 décembre 1948.

Il y a 100 ans, les premiers mondoviens arrivaient sur les lieux où le village a vu le jour.

Le 11 décembre 1948 est un samedi. Cela tombe bien. Les mondoviens sont bien décidés à faire la fête pendant deux jours. Le comité prépare cela depuis de nombreux jours.

Parmi eux figurent en bonne place  les musiciens de la philharmonique. Il y a entre autres, les frères Baëza , Michel et François, Zamith Robert, Daoud père et fils, Poli Napoléon.

C’est en 1893 que la première société de musique de Mondovi a été créée. Elle a existé, jusqu’en 1953, année au cours de laquelle son activité a cessé. Ce qu'on a appelé les "évènements" y ont été sans doute pour quelque chose. Le dernier chef de musique a été Baëza Michel, remplaçant de Baëza François, son frère, devenu indisponible.

L'école de musique s'est tout le temps tenue dans la salle qui jouxtaient la salle des fêtes, réservée normalement à l'entrepôt du matériel des  pompiers.  
Chaque année, un rituel marquait au village la célébration de « La Sainte Cécile » patronne des musiciens.
L’école de musique se réunissait pour parcourir les rues du village, s’arrêtant sous les fenêtres de certaines  familles. L'aubade se poursuivait sous les toits de l’habitant avec, à l clef, un petit verre, de temps à autre.

J'ai eu l'occasion de suivre l'équipe des musiciens au moins une fois. C’était au mois de novembre. La nuit s'était terminée fort tard. Faute de me proposer le petit verre chaque famille  m'avait offert, qui des bonbons, qui des gâteaux. J'étais rentré à la maison, les poches du manteau bourrées de friandises.

 

 

 Les employés municipaux ont eu pour mission durant toute la semaine d’illuminer le centre du village. Des milliers de lampes électriques scintillent tout au long de la rue nationale sur la place du village, sur le parvis de l’église.  Tout est fin prêt.

 

Le hasard du calendrier veut que le 10 décembre, la veille donc, l’assemblée générale des Nations Unies, a adopté à Paris, au Palais Chaillot, la Déclaration Universelle des Droits de l’homme. 

Le texte énonce les droits fondamentaux de l'individu, leur reconnaissance, et leur respect par la loi.

 

 



1948 - Le centenaire du village
 

 Le hasard du calendrier veut que la veille l’assemblée générale des états unis réunie à Paris a adopté la Déclaration Universelle des Droits de l’homme. Bien que les mondoviens soient conscients de l’importance de cet évènement, pour l’heure ce qui compte c’est leur centenaire.J’ai 4 ans. Ma sœur vient de faire 1 an et nous ne sommes pas en forme puisque tous   les deux atteints de la coqueluche.

Est-il pensable, pour autant, que mes parents puissent être empêchés d’assister aux plus grandes manifestations qui se sont préparées  pour ce centenaire ? Certainement pas. Le landau est suffisamment grand pour contenir deux enfants. Nous habitons alors boulevard du Nord dans un appartement que mes parents louent à la famille Poli. Pour entamer les festivités dans la joie, la fanfare de la Philharmonique a fait son entrée au village

C’est l’euphorie. Tout commence, comme il se doit à chaque manifestation, par une grande messe.


Pour marquer l’évènement, Monseigneur Duval, évêque de Constantine a été invité. Il officie avec l’abbé Conseil, curé de Mondovi. Pendant la cérémonie religieuse, les musiciens sont là pour ajouter, la solennité qui convient à l’évènement. A la sortie de l’église les mondoviens ont fait une haie d’honneur au cortège ecclésiastique chacun se presse au passage de l’évèque pour embrasser sa bague, comme il est de coutume. Le cortège se rend au monument aux morts pour rendre hommage aux morts du village.

Les anciens combattants alignés avec les drapeaux de leur association occupent un angle du square de la reconnaissance (c’est ainsi qu’on a nommé le jardin dans lequel a été placé le poilu de la guerre 14-18). Immobiles, au garde à vous, Monsieur Wolf, représentant Monsieur Naegelen, Gouverneur Général de l’Algérie et Monsieur Custin, Président du Conseil Général accompagnent Monsieur Bertagna Roland, Maire de Mondovi. Après la sonnerie aux morts interprétée par Monsieur Zammit, trompettiste virtuose, l’orchestre entame une Marseillaise qui donne la chair de poule à toute l’assistance.


Monseigneur Duval, évèque de Constantine, Mr Bertagna Roland, Maire et
Monsieur Wolf représentant le Gouverneur de l'Algérie
 

Après cette entrée en matière, un apéritif est servi à tous les invités et à ceux qui veulent s’associer à ce moment de liesse.

L’après midi avait été réservé à l’organisation de jeux pour les enfants. Ils devait profiter eux aussi des festivités puisqu’ils était les garants de l’avenir du village. Sur la place des installatons permirent d’organiser ce qui au village était devenu des classiques : course au sac et autres jeux de plein air.

 

 

Le clou de la journée se déroula dans la salle des fêtes, décorée pour la circonstance. C’était la salle où se passaient toutes les manifestations d’importance. C’est la aussi que se d éroulait en temps ordinaire les séances de cinéma. Pour une fois on avait demandé au  père Guzzo gérant et photographe de libérer les lieux.


La salle des fêtes où se déroula le centenaire

Des plateaux décorés de verdure avaient été posés sur des trétaux.. Un grand repas attendait tous les mondoviens. On avait  préparé plusieurs jeunes  agneaux qui grillaient lentement à la broche depuis le début de l’après midi, surveillés par les spécialistes des méchouis qui n’étaient pas à leur premier essai.

Il règnait une ambiance folle dans la salle lorsque tout à coup une personnalité se leva et cria : « Nous allons boire à la santé de Mademoiselle EMMA ». Incitée à se lever par des personnes qui l’entouraient, une vieille dame se mit péniblement sur ses jambes ; c’était  Mademoiselle Emma. Elle avait 100 ans, l’âge du village. Elle faisait partie des gens qui étaient arrivés avec le 11ème convoi. Tandis que les convives levaient leur verre, ceux qui entouraient la vieille dame la portèrent en triomphe. Mademoiselle Laurette, sa nièce assistait à la scène, inquiète à l’idée, qu’on pourrait blesser sa tante.

Le repas bien arrosé une fois terminé, l’orchestre ouvra le bal.


 

 Fier, derrière son instrument rutilant, mon père se donna à cœur joie. C’était un passionné de musique. Il pratiquait le saxophone. C'était parfois le soprano. Pour d'autres morceaux, l'alto. Il possédait également une clarinette qu'il utilisait plus rarement. Son frère François jouait de la trompette. Ma mère admirait la virtuosité de mon père mais elle aurait bien aimé l’avoir un peu plus souvent dans ses bras pour faire quelque valse ou tango. De temps à autre il se détachait de l'orchestre lorsque sa présence n'était pas impèrieuse pour lui faire plaisir en esquisant une danse.

L'orchestre de Mondovi (années 1945 à 50)


Les deux frères Baëza (trompette et saxophone)

Bien que n’étant pas de nature à s’abandonner à la nostalgie, ma grand-mère eut bien quelques pensées furtives pour son mari qui, s’il avait été en vie aurait certainement apprécié ces moments de liesse. Il avait été, lui aussi, musicien dès sa plus tendre enfance, prenant sa part d’animation au sein de l’orchestre qui était sur l’estrade.

 


L'orchestre de Mondovi avant la guerre. Au centre (1er rang) Baëza Michel (père).
Baëza Michel (fils) debout, 2ème à partir de la droite.



 

Quelque temps après ces manifestations, Mademoiselle Emma quitta définitivement le village pour un repos éternel. C’est sa nièce, Mademoiselle Laurette qui la remplaça dans la boutique qu’elle tenait près de la poste.

Au fait, vous ai-je dit que pendant pratiquement la vie « française » du village ce sont elles qui se sont chargées de la vente des livres, journaux  et autres babioles ?

Lorsque le bal s’acheva, le jour était sur le point de se lever. Etait-il bien nécessaire de se coucher ? C’est tout de même ce que firent les musiciens avant d’entamer le concert prévu sur la place du village.

Une bonne partie de l’après midi, les cuivres encore chauds de la veille retentirent des sons les plus harmonieux pour faire profiter des derniers moments de liesse tous les mondoviens et ceux de la région qui avaient rejoint le village. Certains allèrent même jusqu’à esquisser quelques pas de danses devant l’estrade de l’orchestre tellement la musique était entraînante et contagieuse.

Après cette grande manifestation durant les 6 années qui suivirent il y eut d’autres fêtes au village. Les évènements de 1954 donnèrent ensuite à réfléchir aux organisateurs qui durent prendre en considération le facteur de sécurité même si parfois le mot « Mektoub » venait aux esprits. « Mektoub » signifie « C’est écrit…A la destinée ». Il est vrai qu’à tout moment nous pouvions être victimes

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1847   Choix du lieu d'implantation
 1848   (12 décembre) La colonie arrive sur les lieux d'implantation du village
1849   Les routes et la ligne de chemin de fer sont tracés.
LaParoisse St Ambroise est fondée (mars)
 Le  choléra   sévit sur la colonie(avril)
Une dizaine de maisons sont construites
1850   Une partie de la colonie implantée plus au sud devient commune et prend le nom de BARRAL.
Ouverture de l'école de garçons.
1851   Les noms des rues sont attribués de façon officielle.
(14 février) Arrêté stipulant la création du village de MONDOVI.
1852   Fin de la gestion militaire et début de la gestion civile du village.
Les bâtiments administratifs entrent en fonction (Poste Téléphone Télégramme, Justice)
1854   Un poste de gendarmerie est créé au centre duvillage.
1860   Le bâtiment de l'école de garçons est agrandi. Des familles d'origine Italienne et Maltaises arrivent au village.
1865   Visite de Napoléon III au village (il offre un tableau resté dans l'église).
1868    Le château d'eau et la station de pompage entrent en fonction.
La gendarmerie est inaugurée.
1876   (7 septembre) Une lettre du Général Rebillard signale au Préfet de Bône la mauvaise qualité
de l'eau. Celle-ci vient à manquer  l'été lorsque le lit de la Seybouse (rivière qui passe
à l'est du village) est à sec.
1877    Inauguration de l'église
 1878    Les terres ne suffisent plus à nourrir la population de Mondovi
1881   Recensement : Mondovi compte 1034 habitants.
1884   Installation d'une conduite d'eau qui alimente également  le village de Barral(captage d'une source).
1888   Il ne reste que 3 colons de 1848
1889   De Mondovi à Bône par la route.
1894   Décsion de combler les fossés de protection du centre, devenus insalubres.
1897   La commune a des problèmes d'eau (obstruction des canalisations qui rend le débit trop
faible).
 1901    La ville compte 3136 personnes
 1902    Une grande partie du vignoble est détruit par le phylloxéra. Le vin se vend mal. Des troubles économiques s'en suivent. Les ouvriers agricoles en patissent.
 1904    Un constat d'échec des tentatives d'agrandissement de la colonie est fait par la municipalité. Le territoire de la commune est en effet pris en "tenailles" par de grandes propriété telles que GUEBAR, GAZAN, CHAPEAU DE GENDARME.
 1908    Dominique BERTAGNA est maire à Mondovi.
1913   Naissance d'Albert Camus.
 1914    La "Grande" guerre.
 1916    
 1920   Création d'une Salle des Fêtes.
Un local des pompiers voit le jour.
Les docks de la Tabacoop sont construits.
 1922    La cave coopérative est édifiée.
Le monument aux morts est créé.
 1927    Réfection d'une partie de l'école de garçons.
 1929    La commune compte 5000 habitants. En conséquence, le conseil municipal vote le doublement de l'indemnité du Maire qui passe de 1200 à 2400 Francs.
 1933    Roland BERTAGNA est élu Maire. Il le restera jusqu'en 1958.
 1934    Amélioration de la distribution de l'eau potable dans les foyers par filtration et assainissement après pompage.
 1945    Création d'un stade de football.
 1954    Le village compte 9000 habitants
 1957    Albert CAMUS obtient le Prix Nobel de Littérature.
 1958    Le Maire de Mondovi est PERALDI Roch
 1960    La ville compte environ 12000 habitants (800 "Européens" pour 11200 Musulmans).
 1962    (19 mars) Fin de la "guerre d'Algérie".
Les Mondoviens "Européens" désertent leur village.
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