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Mai 1962 Rien ne va plus dans toute l'Algérie. Chaque jour qui passe est marqué par des attentats. Le processus politique qui doit mener à l’Indépendance de l’Algérie, à savoir «les Accords d’Evian» est "en marche" mais beaucoup ne peuvent s'y résoudre. Enlèvements, plasticages, voitures piégées, mitraillages, attentat à la grenade créent une ambiance qui pousse beaucoup de Bônois à se "cloitrer". D'autres choisissent d'organiser leur départ pour la France. La course à la réservation de billets pour la traversée de la Méditerranée en bateau est lancée. Au Lycée Saint-Augustin de Bône, les lourdes portes d'entrée se ferment en attendant des jours qu'on espère meilleurs. Quelques jours auparavant à cet endroit sur les marches, un surveillant musulman s'est écroulé, victime d'un attentat. Les conditions ne sont pas réunies pour prétendre organiser les épreuves d'examens, le baccalauréat en particulier. On demande aux internes de faire leurs valises pour rejoindre leurs familles. Pour beaucoup d'élèves européens" cet évènement sera le point de départ d'une nouvelle vie. Ils devront envisager de suivre leur scolarité, et de passer leur diplôme de fin d'année, ailleurs.
La porte d'entrée du Lycée en 1962 s'est fermée en attendant des jours meilleurs.
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Mai 1954 Cette affiche publicitaire présente le quartier de Bône où sont implantés le stade de la ville et le Lycée Saint Augustin, plus grand établissement d'enseignement secondaire de l'Est Algérien.
Sur internet, une incursion satellitaire dans la belle ville de Bône, grâce à Google, permet de vérifier que, non seulement l'établissement a gardé son nom mais que l'implantation des bâtiments est restée ce qu'elle était avant 1962.
L'imposant terrain qu'occupe le Lycée montre l'importance de l'établissement. Des dizaines de générations d’hommes s'y sont illustrées dans beaucoup de domaines après leur passage: des médecins, des hommes politiques, des officiers de l’armée, des professeurs etc...L'établissement est réservé aux garçons. En cette période agitée de l’ Algérie tourmentée de la fin des années 50 et du début des années soixante, ces garçons sont là pour s'instruire, apprendre à vivre et "décrocher" le titre si envié de "Bachelier".
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Quel est l'historique de cet établissement ?
Le 1er novembre 1853, l’école primaire payante de la rue Saint Nicolas est transformée en Cours secondaire ; Ce Cours secondaire devient, six ans plus tard, par décret impérial n°296 du 19 février 1859, signé par Napoléon III, un Collège communal. Suite à l'augmentation de la population (35000 habitants) le collège ne répond plus à la demande. En début d’année scolaire 1905 –06, il est transféré dans les nouveaux locaux de l'ancien séminaire Saint-Augustin acquis par la municipalité en 1901. En janvier 1923 le Collège communal devient Collège Colonial. Le 25 août 1937, le Collège Colonial devient Lycée ; il est appelé Lycée Saint - Augustin par décision du 1er octobre 1941.
L’établissement a toujours été occupé à la fois par des élèves externes (musulmans et pieds noirs de la ville de Bône) et des internes (majoritairement des villes de l’intérieur). En 1962 mille deux cents élèves cohabitent, tous originaires de l’Est Algérien : Bône, La Calle, Guelma, Souk-Ahras, Aïn-Beida, Batna, Khenchela, Tébessa.
La vie d'interne est planifiée, régulée, contingentée, chronométrée. Les occupations journalières sont rythmées par des sonneries : une sonnerie pour sortir du lit (6h30), une pour sortir du dortoir, une pour entrer au réfectoire (7h15), une pour récupérer ses affaires en études et rejoindre la cour où débute la journée (7h50) après l’entrée des externes. Chaque matin la lourde porte qui donne sur le Boulevard Papier s'ouvre. Entrée du Lycée en juin 2005. La petite porte à gauche permettait d'atteindre directement la loge du concierge. La grande porte n'était ouverte que pour l'entrée et la sortie des externes.
A l'entrée des externes, il n’est pas rare de croiser le Proviseur, la pipe à la bouche en compagnie de son complice, le Censeur des études. Nos relations avec ces "hauts dignitaires" sont rares. Nos rencontres avec les surveillants généraux sont, par contre, plus fréquentes. Le Surveillant général d’externat, Mr Bourdieu est en place près de son bureau, au cœur de la cour.
Dans la salle de permanence (porte complètement à droite au rez-de-chaussée) se côtoient petits et grands. Rien de plus impressionnant pour un élève de 6ème (11ans) que de se retrouver aux cotés d’un élève de terminale (19ans) qui prépare la deuxième partie de son baccalauréat.. Le temps est précieux. Il ne faut pas le perdre. Il n’est pas question de voir sa « cogitation » troublée par un bambin prétendant communiquer avec ses voisins. Le « statut » des grands est respecté. Les élèves de "terminales" sont choyés. Dans la cour ils peuvent fumer librement. Au réfectoire, les « européens » ont droit au verre de vin. On appelle « européens » tous ceux qui ne sont pas musulmans. Ceux dont les racines trouvent leur origine en France, Espagne, Italie, Maltes ou autres.
Durant les interclasses le Lycée ressemble à une ruche grouillante. Les élèves passent d’une classe à une autre, voire d’une cour à l’autre. Certains prennent la direction du stade ou du gymnase pour les cours d’éducation physique. Le stade du Lycée Les surveillants sont là pour contrôler le mouvement. Leur bureau jouxte celui de Monsieur Bourdieu.
Durant la première année d’internat, il faut apprendre à se connaître. C’est d’abord une cohabitation qu’implique la mentalité de chacun. La région d’origine, les affinités, les retrouvailles au sein des classes favorisent des rapprochements qui génèrent la constitution de groupes. Une microsociété voit le jour. Des leaders s’imposent. Les clans naissent, vite estompés, heureusement, par la discipline qui impose à tous le même règlement. Les jours passent et donnent l’occasion d’apprendre à vivre au sein de cette microsociété. Les occupations, les contraintes, la discipline deviennent des habitudes qui s’inscrivent dans le rituel d’une nouvelle existence.
Certains, les plus calmes, choisiront de déambuler d’un bout à l’autre de l’immense espace que constitue le Lycée. Le jeu de foot occupe toute l'année un noyau dur, des passionnés. Les autres occupations répondent à des « modes ». Il en est une qui est originale, c’est le jeu avec des noyaux d’abricots. Il occupe essentiellement les élèves de 6ème.
Mais à midi, avant d’entamer toute activité récréative, il faut se rendre au réfectoire. La surveillance d’internat prend la relève pour gérer la tranche horaire de 12 à 14 heures. L’équipe est dirigée par un surveillant général d’internat, Monsieur ALLOUCHE , que beaucoup ne trouvent pas sympathique, en raison des colles qu’il inflige à la moindre bêtise commise. Une équipe de jeunes étudiants se charge de la surveillance des études du soir et de la surveillance de nuit au dortoir. Les bureaux du surveillant général sont installés à l’entrée du réfectoire. C’est là que les rangs se forment avant les repas de midi et du soir. (A SUIVRE - Nous poursuivrons ce récit dans le prochain numéro) |
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