Partis de Pézenas, dans l'Hérault, "de fil en aiguille",
nous nous sommes retrouvés à Bône en Algérie.
|
A Pézenas, petite ville située entre la Méditerranée et l'arrière pays héraultais, nous venions visiter les vieux quartiers. La cité, était au début du XVIème siècle, la capitale politique du Languedoc. Ici se sont tenus régulièrement les Etats généraux de la région. A l'occasion des grandes foires, les drapiers Languedociens venaient y rencontrer les marchands de Pise, Gêne, Majorque ou de Catalogne. Petite capitale provinciale, la ville s'est développée attirant des familles aisées. Les monuments et les hôtels particuliers agrémentent les quartiers du centre historique. En entamant notre visite, nous ne savions pas que nos déambulations déboucheraient sur une tout autre histoire. En traversant un square nous "tombons" sur un écriteau. Gravés dans le marbre ces mots "Aux Républicains internés ici puis transportés en Algérie, 1852 - 2002". Aussitôt des questions se posent : Que s'est-il passé à Pézenas en 1852 ? Qui étaient ces Républicains ? Pourquoi les a t-on transportés en Algérie ? Des question auxquelles nous allons essayer de répondre.
|
| Que s'est-il passé en 1852 ? |
|
Pour passer outre cette disposition, Louis Napoléon Bonaparte, premier président de la IIème République, perpétrait un coup d'état dans la nuit du 1er au 2 décembre 1851 et prenait illégalement le pouvoir qu'il aurait du abandonner. Quelques mois plus tard, après avoir été plébiscité, il deviendra Napoléon III. |

|
LES EVENEMENTS DANS L'HERAULT APRES LE COUP D'ETAT. Le 2 Décembre 1851, le président Louis Napoléon BONAPARTE dissout l'assemblée nationale, rétablit le suffrage universel et décrète l'état de siège dans la région parisienne. Il fait arrêter les députés républicains et royalistes qui protestent. Le 3 décembre, le télégraphe porte en province la nouvelle des événements de Paris Dans l'Hérault : Dès le 3 décembre, 200 arrestations préventives sont effectuées à Montpellier. A Béziers, le chef des Montagnards décide de résister et envoie des émissaires dans tout le Biterrois. Le 4 décembre, à 6 h du matin, 4000 hommes sont rassemblés, habitants de la ville, paysans et ouvriers de la campagne. A Pézenas, agitation, brutalités, assassinat d'un propriétaire. A Capestang, plusieurs gendarmes sont blessés, le curé est assassiné ; les républicains tiennent la ville jusqu'au 10 décembre. A Bédarieux, la gendarmerie est attaquée et incendiée, 3 gendarmes, plusieurs civils sont tués Le 5 décembre, l'état de siège est proclamé dans l'Hérault. " Tout individu pris, construisant ou défendant une barricade ou des armes à la main sera fusillé sur le champ. " L'ouverture du feu est autorisée sur les fuyards. Le département est mis en état de siège. Les insurgés sont traqués, les républicains, fichés depuis longtemps, sont arrêtés par centaines. Le couvre-feu est imposé dans de nombreuses communes. Avec une incroyable rapidité, les prisons du département sont encombrées dès la fin du mois de décembre. Le 10 décembre, une colonne mobile rétablit la légalité à Bédarieux et Capestang. Des arrestations massives sont opérées. Avec 3023 arrestations, l'Hérault est, après la Seine et le Var, le département où elles sont les plus nombreuses Au mois de décembre 1851 et durant l’année suivante, la répression gouvernementale qui s’abat sur les républicains opposés au coup d’État de Louis Napoléon Bonaparte, frappe directement plus de 20 000 personnes en France. |
|
MASSAT (Ariège)...pour la petite histoire 1852 - Les élus et le clergé du canton envoient une lettre de félicitations à Louis Napoléon Bonaparte pour avoir sauvé la Patrie du socialisme et du royalisme, par son coup d'état du 2 décembre 1851. En remerciement, Napoléon III leur offrira un tableau 1866 - Napoléon offre à la commune de Massat, le tableau de la mise au tombeau du Christ (en remerciement de la lettre du 4 février 1852). Il est toujours visible dans l'église Notre Dame de Massat. Ce tableau de grandes dimensions est l'œuvre du peintre d'histoire parisien Charles-Jacques Denizard (1816-?). Cette monumentale Mise au tombeau a été exposée au Salon de 1866 sous le titre ""L'ensevelissement du Christ"". L'œuvre figure dans les salles d'exposition du Palais des Champs-Elysées sous le numéro 551 du catalogue. Il est alors acheté pour 1200 francs, il semble qu'il s'agisse du dernier achat officiel qui soit fait au peintre. Le tableau est déposé en 1866 dans l'église paroissiale de Massat sous le même titre d'"Ensevelissement du Christ"". Le tableau de Denizard fait pendant dans le chœur à une œuvre approximativement de même taille représentant Le Baptême du Christ. Ce dernier tableau, exécuté par le peintre Jean Jalabert est également un dépôt précédent de l'Etat datant de 1847
|
|
LES REPUBLICAINS SONT JUGES. Début février 1852, des commissions mixtes sont mises en place dans chaque département afin de statuer « dans le plus bref délai possible sur le sort de tous les individus compromis dans les mouvements insurrectionnels ou les tentatives de désordre qui ont eu lieu depuis le 2 décembre ». Réunissant des représentants des pouvoirs politique, militaire et judiciaire, les commissions prononcent des peines allant de la mise en surveillance par la police jusqu’à la transportation en Algérie ou en Guyane. Près de 2 600 personnes sont jugées par la commission mixte de l’Hérault. Sur ce nombre, 81 inculpés sont renvoyés devant le conseil de guerre, 10 repris de justice sont condamnés à la déportation à Cayenne, 798 personnes sont condamnées à la transportation en Algérie (plus) et 776 à la transportation en Algérie (moins) – Algérie (plus) signifiant que le condamné est considéré comme des plus coupables et qu’il doit être transporté dans un pénitencier d’Algérie ; - Algérie (moins) traduit une culpabilité mineure, et accorde théoriquement au condamné le droit de choisir sa résidence en Algérie Près de 1 500 héraultais sont transportés en Algérie, une cinquantaine sont déportés en Guyane, et puis, à Béziers, comme à Clamecy dans la Nièvre, on élève la guillotine
|

Le premier convoi de détenus politiques de l'Hérault est rassemblé à
Sète le 25 février 1852 et embarque sur l'aviso à vapeur le "Dauphin" à destination d'Alger
|
LA "TRANSPORTATION" vers l'ALGERIE. Incarcérés dans les prisons de Montpellier, Béziers, Pézenas ou dans le fort Brescou, au large d’Agde, les condamnés à la déportation sont ensuite dirigés vers Sète pour embarquer vers Bône, Alger ou Oran. Jacques Blayac, tailleur de Mèze, raconte : « Après nous avoir enchaînés ou bien attachés les bras deux à deux avec des cordes, et conduits par une escorte formidable jusqu’à la gare, les soldats désignés pour nous accompagner jusqu’en Afrique chargèrent leurs armes devant nous avec la consigne de faire feu sur nous au moindre mouvement. Le convoi fut dirigé sur Sète. Aussitôt notre arrivée nous fûmes conduits entre deux haies de soldats au navire le Grondeur. A mesure que nous passions le pont pour nous embarquer, je fis retentir le cri pour moi tant aimé de Vive la République ! Nos effets furent fouillés et toutes bouteilles de n’importe quelle boisson furent jetées au canal et, à onze heures et demie, nous partîmes en emportant les regrets de tout ce qui nous était cher ».
Dans son « Livre des Sept Transportés », J.-P. Singla décrit bien les conditions de voyage à bord du bateau qui l'emmène en Algérie : « une heure après le départ, les condamnés sont pris les uns et les autres par le mal de mer et sont dans l'impossibilité d'avaler quelque nourriture. Singla demande plusieurs fois de suite de la tisane de tilleul mais chaque tasse lui coûte 50 centimes. Dans l'écurie du bateau, les hommes sont couchés les uns sur les autres. » Les premiers pas sur la terre africaine sont pénibles. Jacques Blayac de Mèze, témoigne : « les condamnés sont logés dans les écuries de la Maison Carrée ou dans des habitations souterraines éclairées en permanence par des lampes. « Les murs suintaient l'eau comme les roches d'une source ». Pour dormir, de vieux hamacs sont mis à leur disposition, aussi dangereux qu'inefficaces. Vinas de Gigean chute, et se fracture le bras droit ; il faut amputer . Stanislas Bourdiol de Mèze s'ouvre le crâne en percutant le coin d'une malle. Pour tout repas, il faut se contenter d'un peu de riz ou de pain noir.
|
|
A BÔNE, LA CASBAH SERA LE LIEU D'INTERNEMENT
|
La Casbah de Bône, imposante fortification, détient 600 prisonniers politiques en 1852, dont une part non négligeable de Languedociens.
Les récalcitrants ou les transportés refusant de travailler ont été internés au fort de Bab Azoun à Alger, au fort de l'Est Mostaganem, à la casbah de Bône et à la colonie pénitencière de Lambèse, créée à cette époque pour la mise en valeur de 2 500 hectares de terres.
Le 23 mars, quatre habitants de Puissalicon et trois de Gabian embarquent sur l’Éclaireur
Le 11 avril L'Eclaireur, commandé par le capitaine de frégate de Dampierre d'Hornay avec un équipage de 90 hommes. embarque 174 hommes (dont 64 de Toulouse) à destination de Bône.
Le 15 avril quelques hommes de Neffiès, Pouzolles et Roujan à bord du Requin à destination de la forteresse militaire de Bône.
Le 26 avril, Le Requin transporte 218 républicains à destination de Bône,
Le 26 avril, « L'Éclaireur » quitte le port de Sète et dirige sur Bône 158 condamnés des prisons de Brescou, Béziers, Pézenas, Saint Pons et Bédarieux . La traversée dure trois jours, les reclus sont entassés dans l'écurie.
Le 8 mai l'Eclaireur embarque 160 républicains à destination de Bône.
|
|
Construite à la fin du XIIe siècle, la Casbah de Bône a bénéficié de la part des autorités coloniales d’importantes dépenses pour la garder en l’état. Il faut savoir qu’elle avait été détruite au XVe siècle par les Espagnols et restaurée par les Turcs.
|
|
DES CONVOIS POUR LA REGION D'ALGER Le premier convoi de détenus politiques de l'Hérault est rassemblé à Sète le 25 février 1852 et embarque sur l'aviso à vapeur le Dauphin à destination d'Alger, via Toulon, où il arrive le 29, les prisonniers étant dirigés sur Birkadem. En mars, avril, mai, les embarquements se poursuivent : Le Grandeur embarque 211 détenus le 19 mars à destination d'Alger. L'Eclaireur 196 détenus (dont 72 du Gers) le 23 mars à destination d'Alger. Le Grandeur 222 (dont 51 du Gers) le 25 mars à destination d'Alger. Le Requin 207 (Aude, Pyrénées Orientales, Lot, Tarn, etc.) le 12 avril à destination d'Alger.
A LA CASBAH DE BÔNE, LES TRANSPORTES SONT RUDES
Témoignages "Les hommes de la commission d'Alger, devant qui les républicains comparaissent, menacent ... les prisonniers de Cayenne et Lambessa et au camp de Douéra le lieutenant et les sous-officiers multiplient les brimades ... Mais le commandant du camp adopte à l'égard des détenus un ton paternel: « Mes enfants, .., mes amis... ». Le capitaine, qui commande la colonne dans laquelle ils ont pris place en Algérie, leur tient des propos analogues : « Mes enfants». Quant à l'attitude des sous-officiers et du lieutenant de Douéra, elle paraît plus s'apparenter à la dureté habituelle de l'encadrement militaire à l'égard de jeunes recrues qu'à de mauvais traitements pour prisonniers politiques . "...Sur le vapeur qui amène les prisonniers en Algérie, le capitaine est plein de bienveillance à leur égard. Enfin, en Algérie, les civils originaires de l'Hérault ne craignent nullement de venir manifester leur sympathie... On constate ... que la déportation est également déportation économique. Les colons des environs d'Alger paraissent alors avoir d'importants besoins de main d'œuvre pour la moisson. Sur les conditions de travail, le texte est peu explicite. L'auteur a dû les juger ni meilleures ni pires qu'en France. Il en est de même pour les salaires perçus. Il n'y a pas de plainte à cet égard. I l est certain que les républicains déportés ressentent alors un certain soulagement à se trouver en Algérie après les souffrances qu'ils ont endurées dans les prisons de France. Par la suite, leur situation se détériore avec le retour au camp de Douéra qui abrite 700 hommes. Il y a en effet les corvées de quartier et pour Singla (détenu) l'absence de nouvelles de sa famille (il ne reçoit la première lettre d'un beau frère que le 13 février 1853 !) ainsi qu'une maladie de cinq semaines sur laquelle on n'a aucun renseignement. C'est là pourtant le principal danger qui guette les déportés d'Algérie car son issue peut être fatale. Enfin, si le journal ne fait aucune mention de la population autochtone comme si celle-ci n'existait pas, il signale par contre la présence d'héraultais à Alger (l'un de Saint-Thibéry, l'autre de Bessan) mais ne donne pas d'autres informations sur cette émigration héraultaise D'après les correspondances, il apparaît que les transportés de l'Hérault ont séjourné à Alger, Cherchell, Birkadem, Douéra, Médéah, Aïn Benian, Aïn Sultan, Bourkika, Guelaat Bou Sba, Marengo, Tlemcen, Dellys, Constantine, Guelma. etc…
Les conditions de vie des transportés varient selon le lieu de séjour et le comportement de l'autorité militaire locale. Elles sont toujours difficiles et rudes et la mortalité est élevée. Néanmoins, très rapidement, les transportés sont invités à faire leur soumission à l'autorité et à demander leur grâce à l'Empereur. En juillet 1853, sur les 2663 condamnés de l'Hérault, 1201 ont été graciés, 297 ont vu leur peine commuée en surveillance et 44 en internement ; la plupart de ces mesures touchant les transportés d'Algérie.
Les correspondances administratives des années 1853 à 1858 montrent que la situation des transportés s'est normalisée ; les uns sont autorisés à venir en France pour " régler des affaires d'intérêt " ou " pour raisons de santé " (" prendre les eaux à Lamalou " ou " les bains à Balaruc ") ; d'autres se sont créé des ressources en Algérie annonçant leur intention de s'y fixer définitivement avec leur famille, en général dans l'Algérois et le Constantinois. La loi de sûreté générale du 27 Février 1858 amène un nouveau contingent de transportés en Algérie qui ne touche cependant qu'un effectif très modeste : 428 personnes pour la France dont 7 dans l'Hérault.
|
|
L'évasion est une difficile entreprise. Les Arabes, en véritables chasseurs de primes - 25 francs sont promis pour chaque détenu - traquent les malheureux évadés qui sont traduits sans attendre devant le Conseil de Guerre . Des tentatives réussissent pourtant. C'est à Lambessa que l'on rencontre tous les prisonniers évadés et repris, mais aussi les refus de travail et les condamnés internés en Algérie (Algérie moins) qui oublient de se présenter aux autorités les jours de contrôle. Lambessa est le lieu de punition de l'Algérie pénitentiaire. Mais pourtant, d'un point de vue sanitaire et même climatique, Lambessa n'est pas le plus redoutable des pénitenciers d'Algérie. Près d'une vingtaine de condamnés héraultais ont enfilé le pantalon de toile grise, la blouse à raies bleues, les guêtres blanches et le képi réglementaires de l'établissement . Certains y ont laissé la vie. A Lambessa comme partout en Algérie, la mort s'empare des constitutions faibles et la maladie s'acharne sur les plus robustes, les épuisant à leur tour. On observe un fort taux de mortalité en Algérie. Une prison militaire est créée par décret en janvier 1850. Elle sert à emprisonner les Transportés de 1848 et des condamnés de droit commun, et est gardée par un détachement du 3e régiment de zouaves. Un petit village peuplé d’ouvriers, d’artisans et de commerçants se crée autour de la prison. En 1862, une colonie agricole de 4619 hectares est créée, pour une centaine de colons. Le peuplement entraîne la création d’une commune de plein exercice en 1869 . Quelques bâtiments publics complètent l’établissement : église, hôpital, bureau de poste. Les prisonniers peuvent vendre une partie de leur production, afin de se constituer un pécule qui leur est remis à leur libération. Le bagne de Lambèse est connu pour ses conditions extrêmement dures d’emprisonnement. Il accueille, à l’époque de la conquête de l’Algérie, ceux qui combattent la France. Pendant la guerre d’indépendance algérienne, les indépendantistes et les réfractaires y sont envoyés Après l’indépendance de l’Algérie, le bagne de Tazoult est converti en pénitencier.
ET LES FEMMES ? ..Il est intéressant de constater à partir de 1852, la présence en Algérie de femmes .. qui n'ont pas été condamnées. Ces femmes, souvent accompagnées de leurs enfants, ont choisi de rejoindre leurs époux sur les lieux de leur supplice. Le 20 avril 1852, le ministre de la Police générale, De Maupas, adresse au préfet de l'Hérault une lettre concernant l'accompagnement des familles de transportés en lieu de déportation. La jonction des familles aux convois de transportés étant impossible, elles pourront tout de même rejoindre les condamnés en Algérie lorsque ceux-ci seront complètement installés. Les demandes seront directement transmises au ministre de la Guerre et « le gouvernement secondera, autant que possible, cette intention louable » . Lorsque des difficultés d'ordre économique contrarient les projets des familles les plus démunies, leur est accordé un permis de passage gratuit. Mais devant l'affluence croissante et précipitée des requêtes, l'autorité doit imposer une réglementation : la famille désirant passer en Algérie ne peut, en vertu de la gratuité de son passage, effectuer un déménagement important. Il lui est accordé une certaine quantité d'effets à l'embarquement. Le gouvernement, ainsi, peut débarrasser définitivement la métropole d'éléments gênants tout en accomplissant, par la fixation de familles entières en Algérie, une œuvre de colonisation. Il encourage donc toute entreprise permettant le développement économique de la colonie. Edouard Granier, transporté politique, a monté un établissement de blanchisserie de laine. « Comme cette industrie est une de celles qu'il importe le plus d'encourager dans la colonie », le ministre de la Guerre propose d'accorder au condamné un congé d'un mois pour régler des affaires à Saint-Chinian et pour aller chercher sa famille afin de s'établir en Algérie (août 1852) A Constantine, le sieur Hubert, maître d'hôtel, s'engage à fournir du travail à Henry Cabrol, ex-transporté de Bédarieux, qui pourra donc bénéficier d'un titre de passage . Pour beaucoup, le retour en Algérie est l'unique moyen de recouvrer un emploi ; Guillaume Gaillard, transporté politique de Montpellier, gracié et assujetti à la surveillance le 15 août 1852, sollicite au début de l'année 1854 l'autorisation de retourner en Afrique, afin d'y travailler de son état de tailleur, avec sa famille. Ce cas pose le grave problème du retour difficile à la vie active après une condamnation politique, avec l'obligation de « s'expatrier » pour trouver du travail Ainsi, de nombreuses familles, sous les coups d'une crise politique, se voient dans l'obligation de tout abandonner pour amorcer une nouvelle vie en d'autres lieux. |
|
Et l'Empire fut ... Après le coup d’État du 2 décembre 1851, l’entourage de Louis Napoléon Bonaparte est convaincu que le rétablissement de l’Empire n’est plus qu’une question de temps... et de propagande. Parti de Paris le 14 septembre 1852, le prince président se rend à Bourges, Lyon, Marseille, Toulon, Nîmes, Montpellier, Carcassonne et Toulouse. Partout l’accueil de la population est enthousiaste et les arcs de triomphe saluant « Napoléon III » s’ajoutent aux poésies et aux chansons à la gloire du futur empereur. Le 2 octobre, le prince est à Pézenas. À Bordeaux, le 9 octobre, il s’exclame : « pour faire le bien d’un pays, il n’est pas besoin d’appliquer de nouveaux systèmes mais de donner, avant tout, confiance dans le présent, sécurité dans l’avenir. Voilà pourquoi la France semble vouloir revenir à l’Empire. » Après Angoulême, La Rochelle et Amboise, il est de retour à Paris le 16 octobre. Début septembre, une circulaire du préfet de l’Hérault impose que des fonds soient donnés aux indigents des communes en l’honneur de la visite de Bonaparte. À Neffiès où les caisses sont vides, le commissaire de police n’a pu être payé au dernier trimestre. « Considérant pourtant qu’il est bien juste que chacun fête le passage du Prince-Président et qu’à cet effet nul ne doit reculer devant un sacrifice, on vote une somme de 240 F à verser au bureau de bienfaisance qui sera distribuée le 2 octobre prochain aux malheureux qu’un manque de ressources empêcherait de se réjouir en vue de la faveur que son Altesse accorde à nos contrées. » Dans la même délibération du 26 septembre, le conseil municipal consigne ces quelques lignes serviles : « Vu la conduite énergique et courageuse du Prince-Président lors des événements de décembre et la sage prévoyance dont il a toujours fait preuve dans l’administration des intérêts du pays, considérant que la France doit une confiance illimitée à celui qui, pour la sauver d’un péril imminent, n’a pas reculé devant les chances d’une révolution, considérant en outre que la stabilité du pouvoir, avec un titre pompeux et plus de souvenirs, garantit la sécurité de tous les intérêts, et enchaîne la prétention des partis, émet le vœu que les pouvoirs compétents proclament l’Empire héréditaire en France et que les pouvoirs en soient confiés à son Altesse le Prince Louis-Napoléon Bonaparte. » Le 30 juillet 1881, dix ans après la chute de l’empire, une loi de réparation nationale s’engage à indemniser les victimes du coup d’État, ou les veuves non remariées, à défaut les descendants au premier degré, à travers une pension viagère de 100 à 1 200 francs par an. Pour l’Hérault, une somme de 1 056050 francs sera partagée entre 2067 bénéficiaires. Extraits d'un récit de Jean Fouët - mars 2018 Sources Archives Yves Mazet (Neffiès) Claude Alberge, Les fous de République, E&C Éditions, Bez-et-Esparon 2001. Andrée Piacère, « Neffiès 1851 : histoire du coup d’État dans un village du Languedoc », Bulletin du Groupe de Recherches et d’Études du Clermontais, n° 111/113, Clermont-l’Hérault 2002, p. 4-76. Université de Bourgogne/CNRS : base de données des poursuivis à la suite du coup d’État de décembre 1851 |
/image%2F0648822%2F20241207%2Fob_5d3059_1liv.gif)











