Partis de Pézenas, dans l'Hérault, "de fil en aiguille",

nous nous sommes retrouvés à Bône en Algérie. 

BÔNE - LES REPUBLICAINS DE LA CASBAH.

A  Pézenas, petite ville située entre la Méditerranée et l'arrière pays héraultais, nous venions visiter les vieux quartiers. La cité, était au début du XVIème siècle, la capitale politique du Languedoc.

Ici se sont tenus régulièrement les Etats généraux de la région.

A l'occasion des grandes foires, les drapiers Languedociens venaient y rencontrer les marchands de Pise, Gêne, Majorque ou de Catalogne. Petite capitale provinciale, la ville s'est développée attirant des familles aisées. Les monuments et les hôtels particuliers  agrémentent les quartiers du centre historique. En entamant notre visite, nous ne savions pas que nos déambulations déboucheraient sur une tout autre histoire.

En traversant un square nous "tombons" sur un écriteau.

Gravés dans le marbre ces mots

              "Aux Républicains internés ici puis transportés en Algérie, 1852 - 2002".

Aussitôt des  questions se posent :

Que s'est-il passé à Pézenas en 1852 ?

Qui étaient ces Républicains  ?

Pourquoi les a t-on transportés en Algérie ?

Des question auxquelles nous allons essayer de répondre.

     

 

Que s'est-il passé en 1852 ?

 

 


La Constitution de la IIème République ne permettait pas à un Président de se représenter à la fin de son mandat, ceci pour éviter l'institution d'un pouvoir personnel.

Pour passer outre cette disposition, Louis Napoléon Bonaparte, premier président de la IIème République, perpétrait un coup d'état dans la nuit du 1er au 2 décembre 1851 et prenait illégalement le pouvoir qu'il aurait du abandonner.

Quelques mois plus tard, après avoir été plébiscité, il deviendra Napoléon III.
Pourtant la résistance à ce coup d'état fut vive tant à Paris qu'en province.

 

La deuxième République

 

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LES EVENEMENTS DANS L'HERAULT APRES LE COUP D'ETAT.

Le 2 Décembre 1851, le président Louis Napoléon BONAPARTE dissout l'assemblée nationale, rétablit le suffrage universel et décrète l'état de siège dans la région parisienne. Il fait arrêter les députés républicains et royalistes qui protestent.

Le 3 décembre, le télégraphe porte en province la nouvelle des événements de Paris

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Dans l'Hérault :

Dès le 3 décembre, 200 arrestations préventives sont effectuées à Montpellier.

A Béziers, le chef des Montagnards décide de résister et envoie des émissaires dans tout le Biterrois.

Le 4 décembre, à 6 h du matin, 4000 hommes sont rassemblés, habitants de la ville, paysans et ouvriers de la campagne.

A Pézenas, agitation, brutalités, assassinat d'un propriétaire.

A Capestang, plusieurs gendarmes sont blessés, le curé est assassiné ; les républicains tiennent la ville jusqu'au 10 décembre.

A Bédarieux, la gendarmerie est attaquée et incendiée, 3 gendarmes, plusieurs civils sont tués

Le 5 décembre, l'état de siège est proclamé dans l'Hérault.

" Tout individu pris, construisant ou défendant une barricade ou des armes à la main sera fusillé sur le champ. "

L'ouverture du feu est autorisée sur les fuyards.

Le département est mis en état de siège.

Les insurgés sont traqués, les républicains, fichés depuis longtemps, sont arrêtés par centaines. Le couvre-feu est imposé dans de nombreuses communes. Avec une incroyable rapidité, les prisons du département sont encombrées dès la fin du mois de décembre.

Le 10 décembre, une colonne mobile rétablit la légalité à Bédarieux et Capestang. Des arrestations massives sont opérées.

Avec 3023 arrestations, l'Hérault est, après la Seine et le Var, le département où elles sont les plus nombreuses

Au mois de décembre 1851 et durant l’année suivante, la répression gouvernementale qui s’abat sur les républicains opposés au coup d’État de Louis Napoléon Bonaparte, frappe directement plus de 20 000 personnes en France.

MASSAT (Ariège)...pour la petite histoire

1852 - Les élus et le clergé du canton envoient une lettre de félicitations à Louis Napoléon Bonaparte pour avoir sauvé la Patrie du socialisme et du royalisme, par son coup d'état du 2 décembre 1851. En remerciement, Napoléon III leur offrira un tableau

1866 - Napoléon offre à la commune de Massat, le tableau de la mise au tombeau du Christ (en remerciement de la lettre du 4 février 1852). Il est toujours visible dans l'église Notre Dame de Massat.

BÔNE - LES REPUBLICAINS DE LA CASBAH.

Ce tableau de grandes dimensions est l'œuvre du peintre d'histoire parisien Charles-Jacques Denizard (1816-?).

Cette monumentale Mise au tombeau a été exposée au Salon de 1866 sous le titre ""L'ensevelissement du Christ"".

L'œuvre figure dans les salles d'exposition du Palais des Champs-Elysées sous le numéro 551 du catalogue. Il est alors acheté pour 1200 francs, il semble qu'il s'agisse du dernier achat officiel qui soit fait au peintre.

Le tableau est déposé en 1866 dans l'église paroissiale de Massat sous le même titre d'"Ensevelissement du Christ"". 

Le tableau de Denizard fait pendant dans le chœur à une œuvre approximativement de même taille représentant Le Baptême du Christ. Ce dernier tableau, exécuté par le peintre Jean Jalabert est également un dépôt précédent de l'Etat datant de 1847

 

 

LES REPUBLICAINS SONT JUGES.

Début février 1852, des commissions mixtes sont mises en place dans chaque département afin de statuer « dans le plus bref délai possible sur le sort de tous les individus compromis dans les mouvements insurrectionnels ou les tentatives de désordre qui ont eu lieu depuis le 2 décembre ».

Réunissant des représentants des pouvoirs politique, militaire et judiciaire, les commissions prononcent des peines allant de la mise en surveillance par la police jusqu’à la transportation en Algérie ou en Guyane.

Près de 2 600 personnes sont jugées par la commission mixte de l’Hérault.

Sur ce nombre,

81 inculpés sont renvoyés devant le conseil de guerre,

10 repris de justice sont condamnés à la déportation à Cayenne,

798 personnes sont condamnées à la transportation en Algérie (plus) et

776 à la transportation en Algérie (moins)

– Algérie (plus) signifiant que le condamné est considéré comme des plus coupables et qu’il doit être transporté dans un pénitencier d’Algérie ;

- Algérie (moins) traduit une culpabilité mineure, et accorde théoriquement au condamné le droit de choisir sa résidence en Algérie 

Près de 1 500 héraultais sont transportés en Algérie, une cinquantaine sont déportés en Guyane, et puis, à Béziers, comme à Clamecy dans la Nièvre, on élève la guillotine

 

 

 

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Le premier convoi de détenus politiques de l'Hérault est rassemblé à

Sète le 25 février 1852 et embarque sur l'aviso à vapeur le "Dauphin" à destination d'Alger 

 

LA "TRANSPORTATION" vers l'ALGERIE.

Incarcérés dans les prisons de Montpellier, Béziers, Pézenas ou dans le fort Brescou, au large d’Agde, les condamnés à la déportation sont ensuite dirigés vers Sète pour embarquer vers Bône, Alger ou Oran.

Jacques Blayac, tailleur de Mèze, raconte :

« Après nous avoir enchaînés ou bien attachés les bras deux à deux avec des cordes, et conduits par une escorte formidable jusqu’à la gare, les soldats désignés pour nous accompagner jusqu’en Afrique chargèrent leurs armes devant nous avec la consigne de faire feu sur nous au moindre mouvement. Le convoi fut dirigé sur Sète. Aussitôt notre arrivée nous fûmes conduits entre deux haies de soldats au navire le Grondeur.

A mesure que nous passions le pont pour nous embarquer, je fis retentir le cri pour moi tant aimé de Vive la République ! Nos effets furent fouillés et toutes bouteilles de n’importe quelle boisson furent jetées au canal et, à onze heures et demie, nous partîmes en emportant les regrets de tout ce qui nous était cher ».

 

Dans son « Livre des Sept Transportés », J.-P. Singla décrit bien les conditions de voyage à bord du bateau qui l'emmène en Algérie :

 « une heure après le départ, les condamnés sont pris les uns et les autres par le mal de mer et sont dans l'impossibilité d'avaler quelque nourriture. Singla demande plusieurs fois de suite de la tisane de tilleul mais chaque tasse lui coûte 50 centimes. Dans l'écurie du bateau, les hommes sont couchés les uns sur les autres. »

 Les premiers pas sur la terre africaine sont pénibles.

Jacques Blayac de Mèze, témoigne :

 «  les condamnés sont logés dans les écuries de la Maison Carrée ou dans des habitations souterraines éclairées en permanence par des lampes. « Les murs suintaient l'eau comme les roches d'une source ».

Pour dormir, de vieux hamacs sont mis à leur disposition, aussi dangereux qu'inefficaces. Vinas de Gigean chute, et se fracture le bras droit ; il faut amputer . Stanislas Bourdiol de Mèze s'ouvre le crâne en percutant le coin d'une malle.

Pour tout repas, il faut se contenter d'un peu de riz ou de pain noir. 

 

 

 

LES REGLES APPLIQUEES

(Moniteur algérien)

" Les transportés seront employés à des travaux agricoles, et aux industries qui s'y rattachent. Ils recevront une rétribution journalière sur laquelle seront imputées les prestations qui leur seront fournies et auront leur part dans les produits. Ils pourront ultérieurement, si leur conduite est bonne, devenir concessionnaires et appeler leur famille auprès d'eux. "

Ceux qui auraient des ressources suffisantes, pourront, avec l'autorisation du ministre, obtenir de diriger à leurs frais et à leur profit une exploitation particulière dans le lieu qui leur sera assigné pour résidence.

Enfin on emploiera généralement aux travaux publics, moyennant salaire à la tâche, les transportés qui n'auront pu être classés dans la catégorie des villageois ou n'auront pas mérité une exploitation particulière.

L'administration traitera les transportés avec humanité sans se départir de sa prudence.

 

 

A BÔNE, LA CASBAH SERA LE LIEU D'INTERNEMENT 

 

 

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La Casbah de Bône, imposante fortification, détient 600 prisonniers politiques en 1852, dont une part non négligeable de Languedociens. 

 

Les récalcitrants ou les transportés refusant de travailler ont été internés au fort de Bab Azoun à Alger, au fort de l'Est Mostaganem, à la casbah de Bône et à la colonie pénitencière de Lambèse, créée à cette époque pour la mise en valeur de 2 500 hectares de terres.

 

Le 23 mars, quatre habitants de Puissalicon et trois de Gabian embarquent sur l’Éclaireur

 

Le 11 avril L'Eclaireur, commandé par le capitaine de frégate de Dampierre d'Hornay avec un équipage de 90 hommes. embarque 174 hommes  (dont 64 de Toulouse)  à destination de Bône.

 

Le 15 avril quelques hommes de Neffiès, Pouzolles et Roujan à bord du Requin à destination de la forteresse militaire de Bône. 

 

Le 26 avril, Le Requin transporte 218 républicains à destination de Bône,

 

Le 26 avril, « L'Éclaireur » quitte le port de Sète et dirige sur Bône 158 condamnés des prisons de Brescou, Béziers, Pézenas, Saint Pons et Bédarieux  . La traversée dure trois jours, les reclus sont entassés dans l'écurie.

 

Le 8 mai l'Eclaireur embarque 160 républicains à destination de Bône.

  

 

La deuxième République

 

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Construite  à la fin du XIIe siècle, la Casbah de Bône  a  bénéficié de la part des autorités coloniales d’importantes dépenses pour la garder en l’état. Il faut savoir qu’elle avait été détruite au XVe siècle par les Espagnols et restaurée par les Turcs.

 

 

 

 DES CONVOIS POUR LA REGION D'ALGER

 Le premier convoi de détenus politiques de l'Hérault est rassemblé à Sète le 25 février 1852 et embarque sur l'aviso à vapeur le Dauphin à destination d'Alger, via Toulon, où il arrive le 29, les prisonniers étant dirigés sur Birkadem.

En mars, avril, mai, les embarquements se poursuivent :

Le Grandeur embarque 211 détenus le 19 mars à destination d'Alger.

L'Eclaireur 196 détenus (dont 72 du Gers) le 23 mars à destination d'Alger.

Le Grandeur 222 (dont 51 du Gers) le 25 mars à destination d'Alger.

Le Requin 207 (Aude, Pyrénées Orientales, Lot, Tarn, etc.) le 12 avril à destination d'Alger.

 

 A LA CASBAH DE BÔNE, LES TRANSPORTES SONT RUDES 

 

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Au camp de DOUERA

 

Témoignage

Il existe ...des corvées de quartier qui à Douera, d'après Singla, sont très dures 

Les écrits de Blayac témoignent aussi de l'âpreté du labeur, alliée au climat :

« Sur dix que nous étions sous notre tente, de la 1re escouade, à notre arrivée au camp, il y en avait quatre à l'hôpital de Milianah, deux à l'infirmerie d'Aïn Benian, trois qui se traînaient dans le camp pris de fièvre ou de dysenterie, enfin je me trouvais quelques jours seul au chantier, valide ».

De plus, le travail pouvait être anéanti par les Bédouins qui « incendièrent les meules de foin et les alentours du village ».

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A 18 kilomètres d’Alger, sur l’un des flancs de la petite ville de Douéra, s’élève une vieille caserne de cavalerie
Les transportés  formaient une division permanente de 7 à 800 hommes, que gardaient une escouade de geôliers-sergents et deux compagnies de zouaves.

 En 1852 Douéra, camp militaire, devint un camp déversoir, ou de transit pour les Transportés

Une explication s'impose : on appelle officiellement " transportés " les républicains éloignés de Paris pour s'être opposés au coup d'Etat du Président de la République, Louis Napoléon Bonaparte, à Paris, le 2 décembre 1851.

Il y eut 9581 transportés. Douéra fut l'un des centres d'hébergement provisoire et de tri des hommes. Le Gouverneur Général Randon fut embarrassé par cet afflux de personnes non condamnées mais qu'il fallait à la fois surveiller, nourrir, loger et si possible occuper. Les premiers bateaux à débarquer des transportés arrivèrent à Alger en février 1852. Randon dut improviser, puis il édicta, le 20 mars 1852, un règlement dont j'extrais et résume quelques articles.

Le camp de Douéra put héberger 400 ou 500 transportés dont la surveillance et l'orientation furent confiées au Capitaine Monnier qui prit cette responsabilité très au sérieux, trop au regard de beaucoup de transportés.

Il est probable que certains transportés qui acceptaient de travailler, ont été employés sur des chantiers de construction de routes.

Cet épisode de l'histoire de l'Algérie et du camp de Douéra fut de courte durée : les
premières mesures de grâce intervinrent dès mars 1852 ; d'autres furent prises en février
1863 et l'amnistie totale fut décrétée le 16 août 1859

extrait du site "DOUERA"

 

 

La singulière histoire de BOURKIKA.

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Sur le chemin menant de Marengo à El-Affroun, la création d'un nouveau centre avait été décidée par arrêté du 23 février 1835, dans le département Alger canton de Marengo (en 1960 : canton de Blida)

Son territoire s'étendra sur 1500 ha (50 h 60 feux), dont 520 en terres à défricher et 650 pouvant être cultivés immédiatement. Il fut assez difficile à rassembler et l'administration dut exproprier des terres contre indemnités ou échanges.

Le Génie fut chargé de la construction des maisons et de l'adduction d'eau. 51 maisons étaient terminées en juin 1840, mais le centre resta inoccupé.

Fin janvier 1851, huit familles suisses du Bas-Valais, nanties par leur canton d'origine d'un pécule de 375 francs vinrent s'y installer. Ils défrichèrent leurs jardins et écrivirent à des compatriotes de venir les rejoindre.

En mars, 16 nouvelles familles arrivaient, puis une quarantaine d'autres. La colonie comptait alors 283 personnes, placées sous l'administration du Capitaine Blanc, d'El-Affroun. Rapidement, l'administration demande à ce dernier d'engager les célibataires à quitter le centre, et à les expulser au besoin, s'ils ne donnent pas satisfaction.

Avec les chaleurs de l'été le paludisme fit son apparition. La colonie est décimée par les fièvres et la chaleur. "Il n'y a plus de gaîté ni d'entrain, écrit le Directeur, mais de la tristesse et de l'abattement dans les maisons encombrées de malades où tout le monde s'enferme, de peur du sirocco et du soleil ". Il demande des secours, et qu'on procède le plus rapidement possible au lotissement des terres. " La misère est grande dans les ménages ; les moyens d'existence accordés sont insuffisants, surtout pour les malades. On ne peut acheter que du pain et fort peu avec 0,25 f. I1 serait urgent de leur allouer une demi livre de viande jusqu'au mois d’octobre".

Un rapport du Docteur Vincent, médecin de la colonie, explique que les émigrants suisses sont une proie toute désignée pour la maladie. Leur état se traduit par des goitres chez les femmes, par une anémie et un développement difficile chez les jeu­nes filles, par des tares physiques et mentales chez les hommes. Le climat et la misère ne peuvent qu’empirer cet état. Il leur fit distribuer 50 manuels d’hygiène.

Devant leur dénuement, le Gouvernement général leur alloua une indemnité supplémentaire de 0,50 f, leur fit distribuer cent paillasses. Une quatrième religieuse vint les assister.

A un regain du paludisme en octobre, beaucoup quittèrent le village qui ne comp­tera en fin d'année que 144 habitants contre 283 fin juillet. 57 personnes sont mortes au cours de l'année, un cinquième ! 82 sont parties.

En 1852 des aménagements sont réalisés pour l'assainissement et l'adduction d'eau. Au début de l’année, sept familles d'Alsaciens, puis onze familles de Francs-Comtois arrivent à Bourkika qui sera peuplé de déportés politiques. La colonie compte 222 personnes.

Fin mars, le directeur se déclare satisfait. Malgré la maigre indemnité qui leur est allouée, chaque colon abandonne 5 centimes par jour pour constituer un fonds de secours. Il se félicite du bon exemple apporté dans la colonie par les Alsaciens et les Francs-Comtois. Hélas ! Ces derniers vont payer un lourd tribut au paludisme et, en octobre, il ne reste plus que 5 familles frappées par la mort, les autres sont parties, éprouvées elles aussi.

Le rapport de septembre du directeur est moins optimiste que celui du 31 mars. Il se plaint de " l’apathie des familles suisses, qui composent encore la majorité de la colonie et dont le canton du Valais paraît avoir favorisé l’émigration parce qu’elles étaient en charge. Elle renferme des crétins et des goitreux qui ne sont pas démoralisés parce qu’ils n’ont pas l’intelligence de penser au lendemain. Quoique ayant des habitudes de religion, elles sont affligées du vice de l'ivrognerie dans les deux sexes et d'une grande immoralité chez les femmes. A ce moment, la population ne compte plus que 169 personnes, dont 31 enfants de moins de 7 ans, contre 211 en juin. Il y a bien eu 2 naissances, mais 28 départs et 18 décès. Et le nombre de décès ne fait que s'accroître au cours du dernier trimestre :35, ce qui porte leur nombre à 53 au cours de 1892 (238 pour mille).

Et le lotissement demandé à grands cris ne se fera qu'en novembre 1853 !

Les Archives d'Outre-mer possèdent la liste des concessionnaires au 2 août 1854 : 23 familles françaises, 17 suisses, 2 prussiennes, 1 belge et 2 italiennes .

Ce même état porte une appréciation du Directeur de la colonie sur chaque chef de famille : 19 concessionnaires sont jugés bons ou assez bons(l’un d'eux est noté comme sachant écrire), 15 autres, la plupart buveurs, médiocres ou mauvais, 6 habitent ailleurs et 5 lots sont abandonnés. La colonie se développe lentement. Les vides créés par les décès ou les départs furent comblés, le plus souvent par des agriculteurs, soit immigrants, soit du pays.

Grâce aux travaux d’assainissement, notamment dans la région du lac, les décès passèrent, entre 1852 et 1859, de 238 pour mille à 25 pour mille. Toutefois la population ne retrouvera pas, en 1859 (235) son chiffre de juillet 1851 (282).

L'élément européen n'y sera jamais très élevé. Il atteindra 605 habitants, dont 21 étrangers en 1954. Par contre l' élément indigène, lui, sera à cette date plus de 8 fois supérieur. Ce fait tient en partie à ce que plus de la moitié des proprié­tés dépassent 40 hectares, un cinquième dépassant 100 ha, employant surtout de la main d’œuvre indigène.

 

 

Quand Aïn Bénian devint Vesoul-Bénian

La deuxième République

 

Dans les camps et les prisons d'Algérie, on retrouve le mobilier le plus rudimentaire, composé de planches, de paille, de vieilles toiles. La nourriture est généralement composée d'un pain pour deux jours et d'une soupe quotidienne. Les agréments sont rares. Ceux qui travaillent dans les colonies perçoivent quelquefois du vin  . Les témoignages de condamnés héraultais sont peu nombreux maïs citent pour la plupart « l'invitation au travail » qui leur est faite dès leur arrivée en Afrique du Nord.

J.-P. Singla et ses compagnons refusent dans un premier temps de travailler, conscients du fait qu'un prisonnier politique ne peut en aucun cas être astreint au travail. Ils n'acceptent que contre rémunération chez le colon. Très vite, ils savent aussi qu'un refus d'obtempérer peut les conduire à Cayenne ou à Lambessa.

 

Après le coup d’état du 2 décembre 1851, par un étrange renversement du sort, les députés de l’Assemblée Nationale, qui avaient voté la création de ces villages, y furent déportés pour les peupler.

Certains de ces déportés politiques venant de l’Hérault avaient été installés à Aïn-Benian .

Quand les Francs-comtois arrivèrent à leur tour, en 1853, il en restait encore quatre qui n’y demeurèrent que le temps d’entrer en possession de leur titre de propriété.

En fait, à cette époque, le mouvement de colonisation commençait déjà à être fort compromis et toutes les mesures étaient prises pour l’arrêter.

Aïn-Bénian qui deviendra, avec l’arrivée des Francs-comtois dont nous allons parler, Vesoul-Benian.

Centre créé en 1853 rattaché au canton de Bou-Medfa deviendra commune en 1856 dans le département d'Alger rattaché en 1958 au nouveau département d'Orléansville arrondissement de Miliana- Un territoire de 1 353 hectares, 52 ares, 55 centiares lui était attribué.

Dés le 1er janvier 1855 le régime militaire avait disparu, le centre avait été érigé en commune, administrée par un maire, (M. Goiset) nommé par le gouverneur général.

Le hameau de Bou-Medfa lui avait été annexé pour l'administration.

Les émigrants avaient emprunté la route militaire qui reliait Alger à Oran. Cette route avait été ouverte dans les premiers mois de 1844 afin d’assurer la communication entre Cherchell et Miliana et venir à bout de la résistance des tribus locales. Comme cette voie devait être gardée, le maréchal Bugeaud avait décidé de la jalonner de centres européens. Une commission choisit parmi les sites celui d’Aïn Benian,

Vesoul-Bénian se singularise par le fait que sa population, en quasi-totalité, provenait du même département.

UNE COLONIE FRANC-COMTOISE.

Au centre, se trouvait la place très vaste, brûlée par le soleil d’été. Les rues secondaires étaient tracées parallèles à la rue principale à laquelle elles étaient reliées par des rues transversales.

La configuration, toute militaire, était celle d’une cité romaine.

Depuis 1851, le défrichage était terminé et 59 maisons avaient été élevées, toutes identiques, blanches, rarement avec étage. Elles furent attribuées par tirage au sort aux arrivants. Comme promis avant leur départ, l’administration distribua à chaque chef de famille 10 hectares auxquels furent ajoutés deux hectares en jardins et en vigne. La récolte de l’année, engrangée et mise en réserve par des condamnés militaires, fut également partagée. Pour la culture de ses terres, on prêta au nouveau colon des bêtes de labour, des semences et des instruments aratoires, à charge de remboursement.

Quelques colons, effrayés par la chaleur qui calcine l’atmosphère et par la sécheresse qui craquelle le sol à la fin de l’été, à peine débarqués à Alger, repartirent pour la France dès le 28 septembre.

Quinze familles sur les quarante deux arrivées, confrontées, dès leur débarquement en Algérie, à une terrible épidémie de choléra occasionnant parmi elles 14 décès, dans les trois derniers mois de l’année et au début de 1854, abandonnèrent la concession rapidement. Les autres se mirent courageusement au travail.

La situation du village près d’une voie de communication, la route principale d’Alger à Oran, permettait des échanges avec Miliana, Blida, ou Alger et avec la plaine de la Mitidja où la colonisation était déjà ancienne.

Il y avait de nombreux charrois qui faisaient étape dans le village. Ce fut pendant quelques temps un élément de prospérité.

 

 

 

 Les Varois de "Aïn Sultan"

 

A son arrivée à Ain Sultan, Jacques Blayac de Mèze fait la connaissance du capitaine de Génie commandant le camp, un Montpelliérain dont le père est interné en France. C'est sur ses mises en garde que Blayac décide d'accepter de travailler. Les travaux sont très divers.

A Aïn Sultan, il s'agit de dégager le village de grosses pierres et de mauvaises herbes.

La construction de nouvelles routes fait aussi appel à la main d’œuvre pénitentiaire, de même que les travaux des champs chez les colons, qui demandent des bras pour le temps de la moisson.

 

Aïn-Sultan est situé à 35 lieues de Douéra, sur le versant d’une des hautes montagnes qui forment la chaîne de l’Atlas.
Le village entier de Aïn-Sultan compte 34 barraques construites par les transportés.
Les prisonniers sont divisés par escouades de 10 hommes, et chaque escouade habite une de ces barraqueLa deuxième République

« AÏN SULTAN, situé dans la vallée du Chélif, en amont du futur AFFREVILLE, aurait dû être un des centres de colonisation prévus, après les journées de juin 1848. 

Malgré un début d'équipement réalisé par l'autorité militaire, ses terres ne furent pas attribuées.

Puis on envisage d'y installer des Bretons... qui ne vinrent pas.

Un coup d’Etat du 2 décembre 1851, acte par lequel, en violation de la légitimité constitutionnelle, Louis-Napoléon BONAPARTE, président de la République française depuis trois ans, conserve le pouvoir à quelques mois de la fin de son mandat, alors que la Constitution de la Deuxième République lui interdisait de se représenter.

Le président Louis-Napoléon BONAPARTE  délivre ses instructions aux conjurés dans la nuit du 1 er au 2 décembre 1851 : le général de SAINT-ARNAUD, MORNY (demi-frère du président et ministre de l’Intérieur) et PERSIGNY.

« Cela entraine des déportations politiques en Algérie où furent affectés des détenus pour défricher le territoire (environ 1 500 hectares se décomposant en 60 lots de culture de 15 ha, un communal de 300 ha et des lots de ferme couvrant en tout 300 ha), planter des arbres, creuser un canal d'assèchement et achever le village : maisons, mairie, église, école, lavoir couvert, abreuvoirs et fontaines.

 

« Peut-être à l'initiative du préfet du Var qui s'engage, le 13 mai 1853, à demander au Conseil général du Var des crédits pour « la fondation d'un centre de population qui serait composé de familles originaires de ce département » il fut décidé de peupler ce village fantôme avec des Varois et de confier à M. MERCURIN, maire de CHERAGAS, une opération de recrutement dans l'arrondissement de GRASSE analogue à celle qu'il avait menée avec succès en 1842. Mais il s'avéra plus difficile de susciter un puissant courant d'émigration « de familles possédant des ressources suffisantes pour s'installer entièrement à leurs frais ».

Malgré cette modification de la conjoncture démographique locale, H. MERCURIN est en mesure, le 14 octobre 1853, d'adresser au préfet du Var une première liste de 21 familles « qui possèdent des ressources suffisantes et voudraient partir de suite pour pouvoir faire leurs semailles en temps opportun et une liste supplémentaire de 6 personnes plus démunies et qui auraient besoin d'une avance pour s'installer ». « En fait, ces engagements sont loin d'être définitifs, puisque sur la liste des partants, établie le 24 novembre par le préfet du Var, on ne retrouve que 9 des précédents candidats;

« L'attrait d'AÏN-SULTAN apparaît donc très limité d'autant que MERCURIN n'a pas caché aux futurs colons les difficultés qu'ils auraient à surmonter. 

Pour décider les hésitants, MERCURIN s'engage à les accompagner et à les établir sur place, mais lors de l'embarquement, à Marseille cette fois, le 27 novembre, 7 familles seulement sont présentes. 

 C'est à pied, au bout de six jours de marche sous la pluie, qu'ils atteignent AÏN-SULTAN où les arrivées s'échelonnent entre le 7 et le 15 décembre 1853.

Immédiatement a lieu le tirage au sort des lots d'une quinzaine d'hectares chacun et le 26 décembre au plus tard, les familles du Var, 22 au total, sont installées dans leur maison et sur leur concession après avoir reçu des céréales, un bœuf, une charrue et 25 instruments aratoires.

« A côté d'eux sont aussi installées 10 familles originaires du Haut-Rhin. Par rapport aux prévisions initiales, il reste 28 lots disponibles et MERCURIN propose de compléter le centre en puisant dans la liste d'attente ou en faisant appel à des parents de colons déjà établis, en particulier à leurs grands enfants venus avec eux ; en accord avec le maréchal RANDON, il pousse donc à la création d'un village départemental.

« A partir de mars 1854, avec le retour de la belle saison, les arrivées se succèdent : épouses et enfants de colons, mais aussi de nouveaux concessionnaires 

« Pourtant les débuts n'ont pas été faciles, les colons sont arrivés trop tard pour pouvoir semer et surtout ils manquent de liquidités pour s'équiper, réaliser travaux et plantations et attendre la prochaine récolte (Le Ministre de la Guerre se déclare désagréablement surpris par la faiblesse des ressources en argent des immigrants varois.

Encore en 1858, dans une lettre au préfet du Var il insiste pour que les immigrants aient un capital, aisément réalisable, de 2 à 3000 Francs, surtout « pas de mendiants !» ; on parle d'une immigration de la misère et l'on décrit les colons (et leurs enfants) mal vêtus, mal tenus, mal nourris. Ces difficultés ne facilitent pas leurs relations ni avec les colons du Haut-Rhin qui réussissent mieux, ni avec le capitaine DUPIN, directeur du Centre de colonisation dont ils n'apprécient pas l'autoritarisme...

« En janvier 1856, un rapport du sous-préfet de MILIANA les présente comme peu aptes au travail agricole (certains d'entre eux seraient perruquier ou cordonnier), comme « turbulents et même paresseux », laissant les neuf dixièmes de leur territoire en friche et se contentant de le « louer aux arabes ». « Et malgré tout, même si elles parlent de temps à autre de repartir, la plupart des familles s'accrochent. Sur les 22 installées en 1853, 18 sont présentes sur leur concession en 1857.

Le centre se développe lentement et en 1862 les terres sont décrites comme bien cultivées ; les maisons ont été agrandies, les lots initiaux ont parfois doublé ou triplé, et les colons varois sont bien enracinés. 

 


Témoignages

"Les hommes de la commission d'Alger, devant qui les républicains comparaissent, menacent ... les prisonniers de Cayenne et Lambessa et au camp de Douéra le lieutenant et les sous-officiers multiplient les brimades ... Mais le commandant du camp adopte à l'égard des détenus un ton paternel: « Mes enfants, .., mes amis... ». Le capitaine, qui commande la colonne dans laquelle ils ont pris place en Algérie, leur tient des propos analogues : « Mes enfants».

 Quant à l'attitude des sous-officiers et du lieutenant de Douéra, elle paraît plus s'apparenter à la dureté habituelle de l'encadrement militaire à l'égard de jeunes recrues qu'à de mauvais traitements pour prisonniers politiques .

"...Sur le vapeur qui amène les prisonniers en Algérie, le capitaine est plein de bienveillance à leur égard. Enfin, en Algérie, les civils originaires de l'Hérault ne craignent nullement de venir manifester leur sympathie... On constate ... que la déportation est également déportation économique.  Les colons des environs d'Alger paraissent alors avoir d'importants  besoins de main d'œuvre pour la moisson. Sur les conditions de travail, le texte est peu explicite. L'auteur a dû les juger ni meilleures ni pires qu'en France. Il en est de même pour les salaires perçus. Il n'y a pas de plainte à cet égard. I

l est certain que les républicains déportés ressentent alors un certain soulagement à se trouver en Algérie après les souffrances qu'ils ont endurées dans les prisons de France.

Par la suite, leur situation se détériore avec le retour au camp de Douéra qui abrite 700 hommes.

Il y a en effet les corvées de quartier et pour Singla (détenu) l'absence de nouvelles de sa famille (il ne reçoit la première lettre d'un beau frère que le 13 février 1853 !) ainsi qu'une maladie de cinq semaines sur laquelle on n'a aucun renseignement. C'est là pourtant le principal danger qui guette les déportés d'Algérie car son issue peut être fatale. Enfin, si le journal ne fait aucune mention de la population autochtone comme si celle-ci n'existait pas, il signale par contre la présence d'héraultais à Alger (l'un de Saint-Thibéry, l'autre de Bessan) mais ne donne pas d'autres informations sur cette émigration héraultaise

D'après les correspondances, il apparaît que les transportés de l'Hérault ont séjourné à Alger, Cherchell, Birkadem, Douéra, Médéah, Aïn Benian, Aïn Sultan, Bourkika, Guelaat Bou Sba, Marengo, Tlemcen, Dellys, Constantine, Guelma. etc…

 

 

Les conditions de vie des transportés varient selon le lieu de séjour et le comportement de l'autorité militaire locale.

Elles sont toujours difficiles et rudes et la mortalité est élevée. Néanmoins, très rapidement, les transportés sont invités à faire leur soumission à l'autorité et à demander leur grâce à l'Empereur. En juillet 1853, sur les 2663 condamnés de l'Hérault, 1201 ont été graciés, 297 ont vu leur peine commuée en surveillance et 44 en internement ; la plupart de ces mesures touchant les transportés d'Algérie.

 

Les correspondances administratives des années 1853 à 1858 montrent que la situation des transportés s'est normalisée ; les uns sont autorisés à venir en France pour " régler des affaires d'intérêt " ou " pour raisons de santé " (" prendre les eaux à Lamalou " ou " les bains à Balaruc ") ; d'autres se sont créé des ressources en Algérie annonçant leur intention de s'y fixer définitivement avec leur famille, en général dans l'Algérois et le Constantinois. La loi de sûreté générale du 27 Février 1858 amène un nouveau contingent de transportés en Algérie qui ne touche cependant qu'un effectif très modeste : 428 personnes pour la France dont 7 dans l'Hérault.

               

 

 L'évasion est une difficile entreprise.

Les Arabes, en véritables chasseurs de primes - 25 francs sont promis pour chaque détenu - traquent les malheureux évadés qui sont traduits sans attendre devant le Conseil de Guerre . Des tentatives réussissent pourtant. 

C'est à Lambessa que l'on rencontre tous les prisonniers évadés et repris, mais aussi les refus de travail et les condamnés internés en Algérie (Algérie moins) qui oublient de se présenter aux autorités les jours de contrôle.

Lambessa est le lieu de punition de l'Algérie pénitentiaire. Mais pourtant, d'un point de vue sanitaire et même climatique, Lambessa n'est pas le plus redoutable des pénitenciers d'Algérie.

Près d'une vingtaine de condamnés héraultais ont enfilé le pantalon de toile grise, la blouse à raies bleues, les guêtres blanches et le képi réglementaires de l'établissement . Certains y ont laissé la vie.

A Lambessa comme partout en Algérie, la mort s'empare des constitutions faibles et la maladie s'acharne sur les plus robustes, les épuisant à leur tour. On observe un fort taux de mortalité en Algérie.

Une prison militaire est créée par décret en janvier 1850. Elle sert à emprisonner les Transportés de 1848 et des condamnés de droit commun, et est gardée par un détachement du 3e régiment de zouaves.

Un petit village peuplé d’ouvriers, d’artisans et de commerçants se crée autour de la prison. En 1862, une colonie agricole de 4619 hectares est créée, pour une centaine de colons. Le peuplement entraîne la création d’une commune de plein exercice en 1869 . Quelques bâtiments publics complètent l’établissement : église, hôpital, bureau de poste. Les prisonniers peuvent vendre une partie de leur production, afin de se constituer un pécule qui leur est remis à leur libération.

Le bagne de Lambèse est connu pour ses conditions extrêmement dures d’emprisonnement. Il accueille, à l’époque de la conquête de l’Algérie, ceux qui combattent la France. Pendant la guerre d’indépendance algérienne, les indépendantistes et les réfractaires y sont envoyés Après l’indépendance de l’Algérie, le bagne de Tazoult est converti en pénitencier.

 


 

ET LES FEMMES ?

..Il est intéressant de constater à partir de 1852, la présence en Algérie de femmes .. qui n'ont pas été condamnées. Ces femmes, souvent accompagnées de leurs enfants, ont choisi de rejoindre leurs époux sur les lieux de leur supplice.

Le 20 avril 1852, le ministre de la Police générale, De Maupas, adresse au préfet de l'Hérault une lettre concernant l'accompagnement des familles de transportés en lieu de déportation.

La jonction des familles aux convois de transportés étant impossible, elles pourront tout de même rejoindre les condamnés en Algérie lorsque ceux-ci seront complètement installés. Les demandes seront directement transmises au ministre de la Guerre et « le gouvernement secondera, autant que possible, cette intention louable » . Lorsque des difficultés d'ordre économique contrarient les projets des familles les plus démunies, leur est accordé un permis de passage gratuit. Mais devant l'affluence croissante et précipitée des requêtes, l'autorité doit imposer une réglementation : la famille désirant passer en Algérie ne peut, en vertu de la gratuité de son passage, effectuer un déménagement important. Il lui est accordé une certaine quantité d'effets à l'embarquement.

 Le gouvernement, ainsi, peut débarrasser définitivement la métropole d'éléments gênants tout en accomplissant, par la fixation de familles entières en Algérie, une œuvre de colonisation. Il encourage donc toute entreprise permettant le développement économique de la colonie. Edouard Granier, transporté politique, a monté un établissement de blanchisserie de laine. « Comme cette industrie est une de celles qu'il importe le plus d'encourager dans la colonie », le ministre de la Guerre propose d'accorder au condamné un congé d'un mois pour régler des affaires à Saint-Chinian et pour aller chercher sa famille afin de s'établir en Algérie (août 1852)

A Constantine, le sieur Hubert, maître d'hôtel, s'engage à fournir du travail à Henry Cabrol, ex-transporté de Bédarieux, qui pourra donc bénéficier d'un titre de passage .

Pour beaucoup, le retour en Algérie est l'unique moyen de recouvrer un emploi ; Guillaume Gaillard, transporté politique de Montpellier, gracié et assujetti à la surveillance le 15 août 1852, sollicite au début de l'année 1854 l'autorisation de retourner en Afrique, afin d'y travailler de son état de tailleur, avec sa famille. Ce cas pose le grave problème du retour difficile à la vie active après une condamnation politique, avec l'obligation de « s'expatrier » pour trouver du travail

Ainsi, de nombreuses familles, sous les coups d'une crise politique, se voient dans l'obligation de tout abandonner pour amorcer une nouvelle vie en d'autres lieux.  

 

  

Et l'Empire fut ...

Après le coup d’État du 2 décembre 1851, l’entourage de Louis Napoléon Bonaparte est convaincu que le rétablissement de l’Empire n’est plus qu’une question de temps... et de propagande.

Parti de Paris le 14 septembre 1852, le prince président se rend à Bourges, Lyon, Marseille, Toulon, Nîmes, Montpellier, Carcassonne et Toulouse.

Partout l’accueil de la population est enthousiaste et les arcs de triomphe saluant « Napoléon III » s’ajoutent aux poésies et aux chansons à la gloire du futur empereur.

Le 2 octobre, le prince est à Pézenas. À Bordeaux, le 9 octobre, il s’exclame : « pour faire le bien d’un pays, il n’est pas besoin d’appliquer de nouveaux systèmes mais de donner, avant tout, confiance dans le présent, sécurité dans l’avenir. Voilà pourquoi la France semble vouloir revenir à l’Empire. »

Après Angoulême, La Rochelle et Amboise, il est de retour à Paris le 16 octobre.

Début septembre, une circulaire du préfet de l’Hérault impose que des fonds soient donnés aux indigents des communes en l’honneur de la visite de Bonaparte. À Neffiès où les caisses sont vides, le commissaire de police n’a pu être payé au dernier trimestre. « Considérant pourtant qu’il est bien juste que chacun fête le passage du Prince-Président et qu’à cet effet nul ne doit reculer devant un sacrifice, on vote une somme de 240 F à verser au bureau de bienfaisance qui sera distribuée le 2 octobre prochain aux malheureux qu’un manque de ressources empêcherait de se réjouir en vue de la faveur que son Altesse accorde à nos contrées. »

Dans la même délibération du 26 septembre, le conseil municipal consigne ces quelques lignes serviles : « Vu la conduite énergique et courageuse du Prince-Président lors des événements de décembre et la sage prévoyance dont il a toujours fait preuve dans l’administration des intérêts du pays, considérant que la France doit une confiance illimitée à celui qui, pour la sauver d’un péril imminent, n’a pas reculé devant les chances d’une révolution, considérant en outre que la stabilité du pouvoir, avec un titre pompeux et plus de souvenirs, garantit la sécurité de tous les intérêts, et enchaîne la prétention des partis, émet le vœu que les pouvoirs compétents proclament l’Empire héréditaire en France et que les pouvoirs en soient confiés à son Altesse le Prince Louis-Napoléon Bonaparte. »

Le 30 juillet 1881, dix ans après la chute de l’empire, une loi de réparation nationale s’engage à indemniser les victimes du coup d’État, ou les veuves non remariées, à défaut les descendants au premier degré, à travers une pension viagère de 100 à 1 200 francs par an. Pour l’Hérault, une somme de 1 056050 francs sera partagée entre 2067 bénéficiaires. 

Extraits d'un récit de  Jean Fouët - mars 2018

Sources Archives Yves Mazet (Neffiès) Claude Alberge, Les fous de République, E&C Éditions, Bez-et-Esparon 2001. Andrée Piacère, « Neffiès 1851 : histoire du coup d’État dans un village du Languedoc », Bulletin du Groupe de Recherches et d’Études du Clermontais, n° 111/113, Clermont-l’Hérault 2002, p. 4-76. Université de Bourgogne/CNRS : base de données des poursuivis à la suite du coup d’État de décembre 1851

 

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