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LE VILLAGE français DE MONDOVI aura existé pendant 114 ans. En un siècle sa démographie a considérablement évolué. La presque totalité des maisons construites ont été d'abord occupées par les français partis de Paris qui avaient décidé d'entamer une vie nouvelle. Certains, découragés pour diverses raisons ont quitté le pays. Ils ont été remplacés par ceux qu'on appelait les "Européens" parce qu'ils avaient quitté le pays dans lequel ils étaient nés (Italie, Malte, Espagne) pour tenter leur chance dans une région qui leur promettait une meilleure vie. C'étaient la plupart du temps des petits artisans qui faisaient concurrence aux arabes en acceptant souvent les taches ingrates et pénibles. Ainsi les "Bonici, Camilleri, Boujados, Dingli, Baeza, Cardenti" représentant en quelque sorte la communauté européenne sont venus s'installer au village donnant une autre image des occupants non indigènes. Dès lors on ne parlait même plus de "français". Oublié, le millier de voyageurs partis de Paris pour venir construire leurs maisons au coeur de la plaine bonoise. Le coiffeur est un "Bauquel", le gérant de la salle de cinéma est un "Guzot", le cafetier est un"Grima" ou un "Baëza", le maire est un "Bertagna" ou un "Péraldi", le plombier est un "Falzon", le mécano est un "Agosta", le bourrelier est un "Greloz". Rares sont les noms vraiment français si on excepte quelques familles telles que le "Meyer" ou les "Weiss" ou "Steibel" venus de l'est à la suite des conflits de 1870. Installés au sein de tribus installées autour du village, les autochtones se sont petit à petit rapprochés de l'agglomération jusqu'à intégrer le village. Habitués à vivre calfeutrés dans des gourbis entourés de palissades de roseaux, ils ont conservé leur mode de vie. Les femmes et les filles, dès leur adolescence se devaient d'être protégées du regard : la religion l'exigeait. On voyait très peu de femmes déambuler dans les rues. Petit à petit, les familles ont occupé des maisons libérées par les premiers "colons" quittant le village pour aller vivre en ville ou retournant en France. Ainsi, la concentration de musulmans dans le quartier sud augmenta sans cesse, faisant tâche d'huile un peu à la manière dont certaines banlieues des grandes villes françaises se sont peuplées. Le quartier du Val Fourré, par exemple, en banlieue de Mantes la Jolie, était d'abord fréquenté par les ouvriers français des grandes usines Renault ou Simca qui logeaient dans de magnifiques immeubles implantés au cœur d'infrastructures super équipées et modernes. Ils ont été progressivement remplacés par des familles de migrants, ouvriers à la chaîne dans les usines. On assista au même phénomène dans le quartier sud de Mondovi que l'on finit par appeler "quartier arabe". Les hommes oisifs déambulaient dans les artères principales. Il y avait aussi des enfants, des garçons surtout, dont la rue était la cour de récréation. Toute activité, toute curiosité, quelle qu'elle soit, provoquait des "agglutinements". A partir du croisement des deux artères principales, il devenait dangereux de circuler en voiture. Le ralentissement et la prudence s'imposaient. Les commerces étaient détenus par les "indigènes": des "entrepôts" où s'entassaient toutes sortes de marchandises sur une surface réduite, sans soucis d'esthétique. Faisant exception à la règle, le coiffeur, monsieur Boquel avait encore son salon en limite des deux quartiers.. Un seul grand magasin faisait concurrence à celui dans lequel tous les européens se servaient. Il n'avait ni enseigne, ni logo c'était le magasin des "Salemcour" une famille arabe très commerçante. Il n'était pas rare d'y trouver des aliments, toujours vendus en vrac, bien sûr, mais d'excellente qualité. Il arrivait même qu'on y trouve des produits absents chez notre fameux "Zammit", propriétaire du "bazar" de notre village. En 1950, rares étaient les familles qui logeaient au cœur du quartier "arabe". Nous en faisions partie. Nous occupions une partie d'une bâtisse, belle maison bourgeoise à l'origine, que le propriétaire, avait du mal à entretenir. Plain-pied sans salle de bain, des toilettes à la turc dans la courette devant l'entrée de la cuisine. Bien que pas malheureux, nous ne vivions pas la vie de colons richissimes. Nous n'avions pas de problèmes majeurs si on excepte les nuisances de l'environnement. Au tumulte de la rue s'ajoutait le chant lancinant et continu qui émanait de l'école coranique installée à deux pas de chez nous dans la même rue. Nous avions pris l'habitude de vivre dans cette ambiance. Nous vivions côte à côte sans jamais nous rendre visite. Mais est-ce différent de nos jours ? Une certaine amitié liait parents et grands-parents français et musulmans qui avaient fréquenté les mêmes bancs d'écoles. Les conflits venaient troubler cette amitié. Malgré cela des activités extra- professionnelles permettaient de perpétuer certaines traditions, telles celle d'organiser une sortie pour la fête du travail. Les hommes y participaient. Il était exclu que les femmes puissent le faire. Ce qui rendait notre vie de plus en plus difficile c'était la "pression" psychologique qu'engendrait ce que l'on appelait "les évènements". Les attentats, les menaces faisaient craindre le pire. La seule traversée du quartier se faisait dans l'incertitude. La plus grosse angoisse de nos parents naissait de l'insécurité de notre retour de l'école, après l'étude, les soirs d'hiver, nuit tombante. Pour ces raisons d'insécurité, la quartier Nord du village s'est vidé de ses "européens". Nous avons pu intégrer un petit appartement dans l'enceinte de la coopérative de tabac du village. La Tabacoop faisait vivre une bonne partie de la population du "bled". Son activité consistait à acheter le tabac des colons pour l'expédier dans les usines françaises. Ses infrastructures comptait quelques appartements en toute sécurité. Dans le village, la vie devint de plus en plus difficile : plus de séance de cinéma, plus de bal ni de fête sur la place, plus de concours de boules sur le beau boulodrome jouxtant l'église. Heureusement, l'espace clôt et sécurisé de la Tabacoop offrait de temps à autre l'occasion de rencontres familiales. En 1962, la population musulmane était dix fois plus importante que celle des Européens. Aujourd'hui, Mondovi a pour nom Drean. La ville compte plus de 70 000 habitants. Au cœur de la ville notre village n'est plus qu'un quartier qui a pour nom "El village".. |
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