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A Mondovi, les locaux de la Tabacoop, coopérative de tabac installée à l’entrée nord du village, ont servi de caserne tout au long des évènements. Encadrés en rouge, les locaux de la coopérative de tabacs (Tabacoop) de Mondovi.
Les deux gros "docks" permettaient de réceptionner et trier les feuilles de tabac livrés par les planteurs (coopérateurs).
Le rond-point, au nord, n'existait pas en 1962.
La "POLYCLINIQUE DREAN" n'est qu'un simple centre de santé.
Ci-dessous l'entrée des deux grands docks, côté nord, avant 1962.
L'entrée principale des docks de la Tabacoop, à l'entrée du village.
Presque en même temps, les lieux ont été investis par les légionnaires et des Sénégalais avant que l'armée dite "du contingent" ne les remplacent. Les militaires trouvaient là, l'espace nécessaire pour vivre et stocker le matériel dans les grands docks où les planteurs de tabac venaient livrer leurs ballots de feuilles. Nous étions des enfants, à l'époque (1954-55) et cela nous amusait de voir les remue ménages des véhicules remplis de soldats et de découvrir les armes qu'ils transportaient. Les fenêtres de notre salle à manger donnaient sur l’esplanade de la coopérative qui, au cours de la "guerre", est devenue place d'armes. L'esplanade, devant la Tabacoop servait de place d'armes aux militaires. Au milieu, le mas blanc qui permettait de hisser le drapeau.
Les volets étaient suffisamment mal jointés pour que je puisse "espionner", le soir, les aller et venues des militaires qui devenaient l’attraction du quartier. L’œil collé sur l’interstice des vantaux j’observais ces soldats qui sautaient, l’un derrière l’autre, de l'arrière des camions militaires qui les ramenaient de manœuvres. Ils avaient tous, à la main, un fusil qui semblait bien lourd et à l’épaule, une sorte de gibecière. Ils avaient surtout une chose commune : leur peau noire. Voir, pour la première fois autant d'hommes noirs en un même lieu était surprenant pour le jeune "ado" que j'étais. Lorsque j'appris que leur terre d'origine était le Sénégal, je n'ai pas manqué de poser à mon père la raison de leur présence dans les troupes françaises. Sa première explication évoqua la proximité du Sénégal sur le continent africain. Il m'expliqua ensuite que de 1939 à 1945, beaucoup d' Africains issus des colonies de l’Afrique occidentale française (AOF) et de l’Afrique équatoriale française (AEF) ont combattu pour la France. Ils faisaient partie des troupes d’infanterie coloniale. On les appelait les tirailleurs sénégalais.
Des tirailleurs sont également intervenus lors du conflit de décolonisation, en Indochine. Les régiments de tirailleurs sénégalais ont été transformés en régiments d’infanterie de marine en 1958 avant d’être définitivement supprimés après le conflit algérien. Comment pouvais je éviter d'avoir en tête, la figure Banania de la boite de chocolat posée sur la table de notre cuisine, chaque matin. Ces visages qui défilaient dans la cour de la Tabacoop ètaient à son image.et éveillaient en moi un imaginaire exotique troublé cependant par ce que j'entendais dire ici ou là. En effet, les adultes qui avaient fait les guerres gardaient de ces hommes cette caricature qui les réduisait à celle d’un « barbare », d’un « sauvage ». Des blagues qui circulaient dans les rues du village racontaient volontiers que ces soldats, nouveaux venus en Algérie, ramenaient dans leur « gibecière », les oreilles des fellagas qu’ils avaient tués. Certains disaient même qu'ils en faisaient des brochettes. Notre crédulité de "marmots" n'allait pas jusque là, même si cela nous faisait rire. Les relations que nous avons eues par la suite avec ces soldats ont déconstruit le mythe du tirailleur sénégalais sauvage. Les premiers hommes dormaient sur des lits de camps, à l'entrée d'un hangar en tôles dont la seule ouverture était une double porte d'entrée. Il y faisait une chaleur qu'eux seuls pouvaient endurer. Nous avions un peu pitié d'eux. Comment pouvaient ils supporter de telles conditions ? Le hangar était situé pratiquement à l'aplomb de la fenêtre de notre cuisine. Nous ne pouvions pas manquer leurs faits et gestes. Rare photo du hangar sous la neige, avec, à l'arrière, les docks de la coopérative.
Le jour de Pâques ma mère avait fabriqué, comme chaque année, des couronnes. Elle me dit - Tiens tu vas en apporter une aux soldats qui sont en bas. Doublement intimidé mais fier de faire ce geste, je pris le gâteau rond qu'elle me tendit pour descendre quatre à quatre les escaliers et le remettre au premier venu. Le lendemain, alors que nous déjeunions, nous vîmes atterrir dans la cuisine un paquet de bonbons. Il arrivait tout droit de la cour où les soldats dormaient. Ces gestes réciproques nous rapprochèrent et installèrent des relations qui firent qu'avec le temps nous nous sentions de plus en plus à l'aise. Ils nous posaient des questions sur notre vie, notre scolarité et dévoilaient parallèlement leur quotidien, leurs familles qu'ils avaient laissées au pays. Malgré notre jeune âge nous sentions derrière leur questionnement, leur nostalgie exprimer le mal-être qu'ils enduraient. Je me rappelle que l'un d'eux avait suffisamment d'instruction pour atteindre le grade de sergent. C'est lui qui, apprenant qu'une fille se prénommait Marie-Thérèse avait trouvé original de créer un jeu de mot "Marie-Thérèse, le cul dans la braise". Dit avec son accent, en roulant les R, cela nous avait fait rire. Le jour où, ils apprirent qu'ils devaient quitter le village, l'un d'eux sortit de sa "gibecière" un appareil photo rudimentaire pour fixer sur la pellicule les traces d'un passé marqué de nostalgie.
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