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 Entre BÔNE (aujourd’hui ANNABA) et MONDOVI (aujourd’hui DREAN), au cœur d’une des plaines les plus riches d’Algérie était né le village de DUZERVILLE (aujourd’hui EL HADJAR). DUZERVILLE fut le lieu de la première exploitation agricole due au général d'Uzer.

Le Général d'Uzer fut le premier Commandant de la Subdivision de Bône de 1832 à 1836, et le premier colon français aussi de la plaine de Bône, puisqu'à sa retraite, un an plus tard, il revint se fixer dans le Pays .Il acquit, en effet, de grandes étendues de terre allant de Bône jusqu'aux parages de Duzerville, terres qu'il mit immédiatement en valeur en utilisant la main d'œuvre des militaires installés dans la région. En peu de temps, les marécages qui s'étendaient là, disparurent, remplacés par des jardins. Il exploita lui-même sa ferme dans laquelle il mourut en 1849. Le Général d'Uzer, issu d'une race de paysans de France, paya lui-même de sa personne et de ses deniers en participant à la reconstitution agricole de la région. Ce centre a pris par la suite une extension considérable. C'était surtout un pays de vignobles.

A Duzerville, la route de Bône bifurque pour se diriger sur les villes de Souk-Ahras et Guelma.  Des fermes très importantes s'aperçoivent tout autour du village et sont ordinairement des exploitations vinicoles.

  

PORTRAIT - Joséphine de Duzerville.

      Pour aller de MONDOVI à BÔNE, il fallait traverser le village de Duzerville.

 

 

PORTRAIT - Joséphine de Duzerville.

L'église de Duzerville dans laquelle Joséphine a célébré sa première communion.

 

C’est là qu’est née Joséphine en 1895.

PORTRAIT - Joséphine de Duzerville.

 

 

Ses parents d’origine Maltaise avaient débarqué à Bône. Puis ils étaient venus s’ installer là, sans doute pour aider à l'exploitation des terres du général  d’Uzer. La famille comptait quatre enfants : deux filles et deux garçons.

Les deux sœurs, comme beaucoup de filles de cette époque avaient eu une éducation portant essentiellement sur ce qui paraissait le plus important : la gestion du foyer dans tout ce qu’il a de quotidien. Inutile de se pencher sur les problèmes d’intendance. C’était l’homme qui en avait la charge et la poche intérieure du veston était sa caverne d’Ali Baba. Le chèque n’existait pas et on mesurait la richesse des individus à l’épaisseur de la liasse de billets qu’ils exhibaient volontiers. Durant toute son existence, Joséphine n’a donc jamais eu l’occasion de manipuler ou de gérer des sommes importantes, tout comme sa sœur Charlotte d’ailleurs.

Les garçons, par contre ont eu une éducation plus ouverte sur le monde moderne. Le deuxième en particulier, avait fait suffisamment d’études pour occuper le poste de gestionnaire des docks de stockage de la production de blé de la région de BÔNE. Il était un peu considéré comme « l’intello » de la famille.

A la fin de sa scolarité primaire, Joséphine arrêta ses études avec un mince bagage culturel. Elle rendait régulièrement visite à ses cousins installés dans la région de Mondovi à une quinzaine de kilomètres au sud de Duzerville. Pour faire la route il n’y avait d’autres moyens que d’utiliser la charrette et le cheval sur une route de terre simplement tracée. Elle avait plaisir à retrouver Jeanne et son mari Pierre. Ce dernier était un modeste ouvrier agricole au caractère cependant bien trempé. Il adorait la politique et ne manquait pas une occasion de polémiquer avec qui voulait se prêter au jeu. C’était souvent le cas de Carmelo, son frèrequi lui rendait visite. Ainsi, Joséphine avait souvent l’occasion de croiser Carmelo chez Pierre et Jeanne et d’assister à des échanges verbaux qui n’en finissaient plus.

 

Carmelo est propriétaire de quelques terres dans la région de Mondovi.

MONDOVI était un village d'Algérie  situé à 25 kilomètres au sud de BÔNE. Il a été créé en 1848 par des hommes et des femmes volontaires, partis de Paris avec pour mission  d'établir un centre agricole en Algérie devenue Française en 1830. La vie de MONDOVI  a duré jusqu'en 1962, année durant laquelle pratiquement tous ses habitants français ont déserté le village  lorsque l'Algérie Française est redevenue Algérienne. Le village a pris alors le nom de "Drean". 

Sitruation de Mondovi

 

Marié à Catherine, il a eu quatre enfants. Seuls deux beaux garçons ont survécu. La destinée veut que Catherine tombe malade et ne s’en remette pas. Carmelo se retrouve seul avec ses deux garçons. C’est vraisemblablement cette situation insupportable qui le rapproche de Joséphine avec laquelle les rencontres se font plus fréquentes jusqu’au jour où il  décide de la prendre comme épouse. Il a 39 ans . Joséphine en a 24. Nous sommes en mai 1919. Six mois après, en novembre, la jeune mariée donne naissance à une fille. L’ enfant ne vivra que quatre mois.

 Joséphine apprend la vie de couple sous la domination d’un patriarche à l’ancienne, aux règles de vie strictes. Elle s’occupe avec cœur des deux adolescents qu’elle considérera comme ses propres enfants. Ils ont 9 et 10 ans. La charge de la gestion de la maison dans tout ce qu’elle a de plus quotidien lui incombe. Elle doit aussi s’occuper de la volaille et du jardin.

 Exactement neuf mois après le décès du premier enfant, en novembre 1920 arrivera, la fille tant espérée par Carmelo. On lui donnera le prénom de « Désirée ». Elle sera choyée par le couple.

Désirée, première et seule fille de Joséphine.

Désirée fille de Joséphine et Carmelo

 

 Six mois après, Joséphine est à nouveau enceinte. Le 23 février 1922 naît un petit garçon auquel on donnera le nom de celui qui fût évêque d’Hippone : AUGUSTIN.

 HIPPONE était une ville romaine qui exista bien avant Bône. St Augustin y a été évêque.

 Dans les ruines d’ Hippone a été édifiée une basilique où était célébrée chaque année, le 28 août, la fête de St Augustin...

 

PORTRAIT - Joséphine de Duzerville.

Les ruines de la ville romaine (Hippone) et la basilique St Augustin.

 

 Chaque année , fin août la basilique se remplissait de fidèles. St Augustin c’était un peu comme Lourdes. Après la cérémonie menée par l’évêque d’Hippone, les fidèles passaient derrière l’autel pour découvrir St Augustin allongé. Sur un des bras du saint était fixé un os dans un tube de verre : le cubitus qui lui aurait appartenu. A la première visite, cela était surprenant… Cet os a été cédé en 1842 par le diocèse de Pavie (Italie) où son corps est conservé.

 

St AUGUSTIN et sa relique

 

 Le 29 mars 1909,la Basilique, complètement achevée a été consacrée malgré un ouragan formidable, en présence d'une foule innombrable, de Prêtres et de fidèles venus de toutes parts de France et de l'étranger, sur des navires spécialement affrétés, portant une grande Croix latine, dressée à leur proue, pour participer à un grandiose pèlerinage.

 

 PORTRAIT - Joséphine de Duzerville.

PORTRAIT - Joséphine de Duzerville.

 

A gauche Joséphine (chapeau noir) devant les marches de la basilique de St Augustin.

 

 

Malheureusement, Augustin ne vécut que 3 mois. Il mourut le 29 avril 1922. Un an après naquit Charles le 19 février 1923.

 

Charles, fils de Joséphine

Charles, fils de Joséphine et Carmelo

 

 De 1919, année du mariage, à la naissance de Charles 4 ans se sont écoulés et Joséphine a eu quatre enfants. Quatre années d’une jeunesse marquée par des grossesses successives doublées des contraintes d’une vie familiale bien remplie. En 1924 Joséphine a donc la charge de quatre enfants âgés de un, trois, treize et quatorze ans. Une vie heureusement agrémentée de rencontres familiales. Pierre, le frère de Carmelo a créé de son côté une grande famille. Il a trois garçons et deux filles qui se sont installés un peu plus au sud de Mondovi, dans la région de Guelma. Chaque rencontre est l’occasion de grandes tablées autour de macaronades, ce plat d’origine italienne, resté privilégié parce qu’importé par les nombreux maltais de cette région de l’est algérien.

 

Carmelo et Joséphine.

Carmelo et Joséphine devant l'entrée de la ferme

 

La ferme familiale est tout ce qu'il y a de plus modeste à côté des immenses propriétés constituées par certains colons qui ont eu l'opportunité de s'enrichir parfois au dépend de ceux, découragés, qui revendaient leur terre, renonçant au rêve de conquête qui les avait motivés. La famille vivait de la culture du blé, du tabac, de légumes, de quelques arbres fruitiers, tout cela sur une superficie d'une dizaine d'hectares. D'autres exploitations dans la région contenaient infiniment plus de surface et une quantité conséquente d'arbres fruitiers.

 

Propriétés de la région de Randon.

Liste des propriétaires de Randon, village à l'est de Mondovi (voir la carte ci-dessous)

 Les revenus  de Carmelo lui suffisaient pour mener la vie dont il rêvait depuis son enfance. Il s'était fait une place dans la microsociété du village et beaucoup les propriétaires plus aisés qu'il côtoyait enviaient parfois so train de vie et sa décontraction.. Joséphine était dans son ombre, toujours soucieuse de lui donner satisfaction. Bien que ne participant pas aux travaux des champs, elle devait s'occuper de la vente quotidienne du lait. Chaque jour, en effet, les arabes venaient faire la queue devant la fenêtre de la cuisine pour acheter leur lait, tout juste tiré du pi de la vache. Les revenus de cette vente constituait son argent de poche.

 

Avant de s’installer à Mondovi, Carmelo avait acquit quelques terres dans la région de Morris. Des terres qui n'offraient pas les rendements de celles de la plaine mais qui permettaient de se faire une "place au soleil". Carmelo les avait acquises petit à petit à force d'économies avec une idée en tête qu'il mit à exécution le moment venu.

 

PORTRAIT - Joséphine de Duzerville.

 

Ses deux garçons arrivant à majorité, il décida de les aider à s’installer en leur partageant ces terres. Le plus jeune choisit des terres avec une bâtisse, l’autre n’eut que des terres avec, en compensation, une automobile. Certainement une des premières automobiles commercialisées entre 1930 et 1940. Un peu plus tard, le jeune homme se mariera et aura la chance d’avoir une fille dont il ne put pas, malheureusement, profiter puisqu’il mourut d’une leucémie en 1940. Ce fut un choc pour la famille et tout particulièrement pour Joséphine qui s’était pleinement occupée du garçon.

 

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