Dans cet article nous voulons vous parler de l'hôtel de Mondovi qui a été de tous temps le plus important du village :

L'Hôtel du Roulage.

Début décembre 1948 

Un article de la Dépêche relate un évènement majeur qui s'est produit à Mondovi à la fin du mois de novembre. Il s'agit de la fête de la Sainte Cécile, patronne des musiciens.

 

 Lorsqu’à la fête de la Sainte Cécile , le Président de la société de musique de Mondovi, Monsieur Lopez, prend la parole pour louer l’excellence du repas servi à cette occasion c’est à Rosine Baëza qu’il s’adresse. C’est elle qui a composé les mets servis ce jour-là.

Le maire du village la félicite chaleureusement.

C'EST DANS LA SALLE DES FÊTES (à gauche sur la photo) QUE SE DEROULAIENT TOUTES LES FESTIVITES ORGANISEES DANS LE VILLAGE.

Monsieur Donatial, conseiller municipal et Vice-président de la société, quant à lui, demande à l’assistance de ratifier sa proposition de la nommer cantinière d’honneur de la musique…

De vifs applaudissements approuvent cette suggestion.

 

ROSINE PHOTOGRAPHIEE DEVANT L'EGLISE DU VILLAGE

En 1948 Rosine Baëza est connue pour être cuisinière à l’hôtel du Roulage, certainement le plus vieil hôtel du village, l’unique digne de cette appellation.

L’établissement date des premiers jours de la vie de la « colonie ».

Sa façade donne sur ce qu’on a appelé d’emblée la rue nationale parce qu’elle correspond à la route qui traverse le village du Nord au Sud.

 

Cette rue sera pavée bien après la fin de la construction de l’hôtel.

Cette carte postale date des années 1910. Elle montre l'entrée nord du village de Mondovi et non l'entrée de la gare comme indiqué.

L'Hôtel se trouve à droite (partie en rouge). On peut constater que la rue (rue principale) qui traverse le village du nord au sud n'est pas encore pavée. Un simple fossé n'inspirant pas l'hygiène récolte les eaux de toutes origines. L'installation d'un photographe avec ses appareils encombrants est un évènement tellement marquant pour les musulmans, curieux qu'ils ont pris le temps de s'installer au milieu de la chaussée pour observer la scène.

A droite dans le prolongement de l'hôtel était installé le bourrelier (M. Greloz) puis il y avait un petit bazar, la salle des pompiers et la salle des fêtes.

A gauche, le local des "Pépinières américaines" (couleur jaune) abritait une entreprise spécialisée dans l'importation des boutures de vignes américaines.

Le phylloxéra avait détruit les vignobles des deux côtés de la Méditerranée. Cette période  permettra à la famille Pavet d'employer, à la greffe et à la taille de la vigne et des orangers, beaucoup de main d'œuvre (arabe) formée par des spécialistes venus du Vaucluse.

Ce local fut par la suite un bistot tenu par le couple "Stéibel".

Toujours sur la gauche, dans le prolongement étaient installés la boulangerie (Zammit René) et une épicerie, bazar (Zammit Fernand)

 

La famille à l’origine de la construction de l'hôtel du Roulage avait pour patronyme « Roulleau ». Elle faisait partie des premiers habitants du village.

Mondovi - L'hôtel du roulage

Roulleau père participa à la traque d’un lion rodant près des remparts nord du village. Les bêtes s’approchaient, la nuit tombante et profitaient de l’obscurité pour escalader les remparts et s’introduire dans les parcs à bestiaux pour « se servir ».

L’Hôtel du Roulage était édifié tout près de l’entrée nord, celle qui permettait le passage vers la route de Bône. 

 

CETTE PHOTO DATE DE 1930. CETTE RUE COORSPONDAIT A L'EMPLACEMENT DU MUR DES FORTIFICATIONS ELEVEES A LA CREATION DU VILLAGE. CES EMPLACEMENTS DONNERENT NAISSANCE PLUS TARD A DES BOULEVARDS PERPHERIQUES. LES VILLAS SONT CELLES DES EXPERTS DES TABACS QUI TRAVAILLAIENT A LA COOPERATVE APPELEE "TABACOOP".S

 

Presque en face de l'hôtel, une rue donnant sur  la rue nationale avait été baptisée « rue du lion » parce qu'elle correspondait au chemin qu'empruntaient les fauves pour rejoindre les fourrés et les hautes herbes de la « Seybouse », rivière qui coulait tout près.

Monsieur Roulleau n’a jamais eu l’occasion d’utiliser son arme. Le « Seigneur à la grosse tête » comme disaient les musulmans lui a toujours échappé. Le fauve sera tué lors d’une traque un peu plus tard.

Il n’y avait pas grande distance entre l’entrée de l’établissement et le rempart Nord.

 

 

Si la famille « Roulleau » avait choisi cet emplacement c’est qu’elle avait l’idée d’adjoindre un service de transport à l’hôtellerie. D’où peut-être le nom donné à l’établissement, « Hôtel du Roulage ». Le roulage étant le transport de marchandises en tous genres et de passagers. Près de la sortie du village, le lieu était commode il permettait un accès facile.

Monsieur Roulleau possédait des chevaux et toutes sortes de charrettes. Son service le plus régulier consistait en une navette entre le village et Bône. La gare routière de Bône était située à l'entrée de la ville.

La gare routière à l'entrée de la ville de Bône composée essentiellement de charrettes .

A l'hôtel du roulage, l’architecture de l’édifice avait prévu sur un des côtés, un passage permettant d’atteindre les écuries, implantées au fond d’une cour qui servait de point de départ et d’arrivée des convois.

 

 

VUE SATELLITE DU QUARTIER DE L'HÔTEL DU ROULAGE. SONT METARERIALISES EN ROUGE, L'ETABLISSEMENT, L'ACCES ET L'ECURIE.

VUE SATELLITE DU QUARTIER DE L'HÔTEL DU ROULAGE. SONT METARERIALISES EN ROUGE, L'ETABLISSEMENT, L'ACCES ET L'ECURIE.

Monsieur Rouleau se faisait aider par deux de ses fils. Le troisième avait préféré s’engager comme matelot.

Ses gars vaillants et solides, travaillaient avec lui.

Un matin, un des fils constata qu’on avait percé un trou dans un mur de l’écurie. Sans doute des bandits qui avaient l’intention de voler des chevaux. Il n’était pas rare que de telles tentatives soient opérées durant les premières années de la création du village.

Le jeune homme décida de passer la nuit suivante dans la paille de la remise pour tenter de surprendre les malfaiteurs. Il s’y est malheureusement, assoupi alors que les brigands pénétraient dans l’écurie. Averti de sa présence par ses mouvements dans la paille, un des bandits s'approcha du dormeur et le tua à bout portant d'un coup de feu.

 

Ce crime plongea la population toute entière dans la consternation. Ainsi, les bandits se risquaient à traverser le village pour voler ou assassiner.

Après les fauves à quatre pattes les nouveaux colons avaient à combattre "ceux à deux pattes", comme ils disaient.

Malgré la peine occasionnée par cette disparition, la famille « Roulleau » continua à exercer son activité pendant de nombreuses années.

 

 

 Cette carte date de 1907. Face à l'hôtel du Roulage le local des "Pépinières américaines est devenu par la suite un bistrot. La maison ensuite est celle du Boulanger. Celle avec la tonnelle était le bazar le plus important du village. Boulangerie et Bazar étaient tenus par les frères Zammit.

"Le Roulage" était un lieu convivial. Une certaine animation régnait dans le bistrot où attendaient les voyageurs. Visiteurs et villageois qui les accompagnaient s’y retrouvaient. Les consommations permettaient au voiturier d’arrondir les fins de mois.

Les années passant, la famille Roulleau quitta le village. Le « roulage » passa aux mains d’autres sociétés de transport jusqu'à ce que le cheval soit désuet. 

1940 - L'année 1940 s'acheva de triste manière pour Rosine. Outre la guerre, son mari, Michel, était au lit s'affaiblissant de jour en jour. Il mourut fin 1941 alors que les deux fils aînés, Michel et François étaient à la guerre. Il ne restait plus, à Rosine, qu'à chercher du travail pour subvenir à ses besoins et ceux de son dernier fils, Armand qui n'avait alors que quatre ans.

 Elle chercha du travail dans le domaine qui lui convenait le mieux : la cuisine.

A ce moment-là, l’Hôtel du Roulage était géré par un dénommé Zerbib qui recherchait quelqu’un pour le seconder.

 

Aimant bien préparer des petits plats au sein de la famille, Rosine ne pensait pas cependant, qu’elle travaillerait un jour à la cuisine d’un restaurant.

Sans trop se poser de questions, elle entra au service de l’hôtelier.

Ses journées étaient surchargées. Infatigable, elle les finissait à des heures impossibles. Le soir, prise par son travail, elle couchait son garçon dans une petite couche en osier, sous une table pour pouvoir continuer à le surveiller en attendant la fin de son service à la fermeture du restaurant.

Quand l’heure d’aller se coucher arrivait c’est souvent le dernier pensionnaire de l’hôtel qui réveillait le garçon. Rosine le plaçait dans une vieille poussette pour lui épargner la marche jusqu'à la petite maison qu'ils occupaient à la limite du quartier arabe du village.

La guerre achevée, Michel revint au village retrouver sa femme et son fils né en 1944. Puis ce fut au tour de François.

1946 - Il se produit comme un conte de fée.

Le propriétaire de l’hôtel du Roulage quittant l’Algérie, François à l'idée d'acheter l’établissement. Il se fera sans doute aidé par ses beaux parents fortunés. Il propose à sa mère, Rosine de conserver sa place.

 Mise à part la fierté d’avoir son fils comme patron, pas grand-chose ne changera dans ses habitudes. Elle continuera à s’occuper vaillamment de la cuisine des pensionnaires.

François, sa femme Denise, Rosine et Armand s’installèrent à l’hôtel.

Après la guerre atroce, les Mondoviens appréciaient le retour à une vie plus sereine. François veut faire de l’hôtel un établissement moderne

Côté rue principale, le trottoir étroit est élargi pour donner naissance à une nouvelle terrasse avenante.

Sur le côté, là où du temps des « Roulleau » les calèches passaient pour atteindre la cour, un marchand de brochettes arabe s’installe régulièrement. L'odeur alléchante de la viande qui cuit sur la braise incandescente suffit à attirer les clients qui s'attablent pour boire une anisette. Le breuvage avait une autre saveur lorsqu'il était pris après la dégustation de ces petits morceaux de viande qui avait cuit sur la braise.

La brochette était à un prix dérisoire. Elle était simplement composée des morceaux d'abats dont l'ensemble constituait ce qu'on appelait une fressure. Il y avait du foie, du cœur, du mou (les poumons) et de la voilette. Les abats étaient coupés en morceaux et enfilés sur des broches qui étaient souvent de fabrication maison (rayons d’une roue de bicyclette, parfois).

C’est au début des années cinquante que l’anisette a détrôné peu à peu l’apéritif Picon. Le breuvage bien frais, à base de graines d’anis était apprécié au moment de l’apéritif ou au cours d’une partie de belotte, jeu de cartes le plus pratiqué.

À défaut de brochettes, la Rosine avait une spécialité.

Elle était en combine avec des petits arabes qui ne demandaient pas mieux que de la fournir en escargots blancs   ces petits gastéropodes grimpeurs qui ont l'habitude de prendre d'assaut tout ce qui permet de les éloigner du sol chauffé par le soleil estival. Il était facile de les ramasser parce qu’on les trouvait agglutinés par dizaines au sommet des hautes herbes sèches de la région sur une seule plante.

Rosine les faisait jeûner une semaine. Après les avoir soigneusement lavés, faits dégorger au sel, relavés avec de l'eau vinaigrée et ébouillantés elle les préparait en sauce tomate. Le secret résidait dans la sauce qui, bien relevée faisait davantage apprécier les anisettes qui défilaient sur le plateau du serveur. Les petites bêtes étaient servies à volonté dans de petites coupelles. Pour extraire la bête de la coquille, les consommateurs se munissaient de longues épines blanches tirées d’un épineux que procuraient les ramasseurs d’escargots. C’était l’occasion de recevoir une pièce supplémentaire.

La « kémia » de Rosine ne revenait pas cher mais elle rapportait pas mal.

Ces années d’après-guerre où la vie reprenait faisait revivre les coutumes et l’esprit de fête que le conflit avait rompus.

L’année 1948 fut une année de fête pour les mondoviens.

Nous sommes dans la cuisine de l’hôtel.

Dans la cuisine du « Roulage » un sous-verre  protégeait la photo d'un groupe de musiciens.

 

AU CENTRE en noir, MICHEL PERE. DERRIERE LUI à sa droite, MICHEL FILS.

 

En tenue d'artistes, ils portaient tous au cou un beau foulard à pois. Un seul, assis devant une grosse caisse était habillé différemment. C’était Michel, l’époux que Rosine avait perdu trop tôt. C’était un passionné de musique. Tout naturellement, Michel puis François avait appris à jouer d’un instrument.

La photo, c'est Rosine qui avait pris l'initiative de la faire agrandir.

A MONDOVI, jusqu'au déclenchement de la seconde guerre mondiale, la musique a toujours fait partie des festivités du village.

La première société de musique,  la "Philharmonique" est née en 1893.

Au retour de la guerre la volonté de prendre une revanche sur le destin, la nostalgie des temps heureux de l'avant-guerre a fait germer  l'dée de faire renaître la "Phiharmonique". Mais une échéance, a aussi influé sur cette envie : le célébration du centenaire du village. Il y aura, en effet 100 ans en décembre 1948 que les premiers colons partis de Paris, sont arrivés à Mondovi. Bien que les descendants de ces familles soient peu nombreux, c'est grâce à eux si le village est né. Pour "marquer" cet évènement, il faut absolument que la "Phiharmonique" renaisse de ses cendres.

Il y a déjà douze ans que les locaux de la vieille société musicale sont fermés faute d'instrumentistes en quantité suffisante. Depuis un an dans ce local des pompiers où se déroulaient les répétitions résonnent à nouveau  les cuivres et les cymbales de la grosse caisse de la fanfare à chaque rassemblement

A son retour d'Italie où il a fini la guerre, François est nanti du rôle de "Chef de musique". Sa ferme intention est d'améliorer la qualité de l'ensemble musical. Il saisit le comité des fêtes de sa volonté de faire de la Sainte Cécile 1948, un évènement. Ce sera une répétition grandeur nature du centenaire du village.

Durant les années cinquante les deux frères, Michel (2ème à partir de la droite) et François (quatrième) faisaient partie d'un orchestre qui animait les bals de la région.

 

La responsable de la partie culinaire sera Rosine, qui sera comblée d’éloges par les administrateurs conviés à l’évènement.

1948 fut une année festive pour Mondovi. Le village devint un point de d’attraction des habitants de tous les villages alentour et des bônois.

L’hôtel du Roulage ne pouvait que profiter de cette aubaine. François transforma les écuries et la remise derrière l’hôtel pour en faire une belle salle de bal. Les jeunes du village s’y retrouvaient chaque dimanche pour danser et boire un coup à la buvette. Quand le temps s’y prêtait la cour agréablement aménagée et agrémentée de plantes vertes servait de piste de danse. 

Outre les danses ancestrales telles que la valse, le tango, la marche, le paso-doble ou la java on s’essayait au swing, au madison et même au Rock pour les plus délurés.

Cette période florissante et joyeuse des années cinquante a été malheureusement entachée pour Denise et François d’un évènement dont ils se seraient bien passé : la naissance d’une fille handicapée pour laquelle toutes les investigations, toutes les tentatives de soin ont été vaines. Le couple a même organisé un voyage à Lourdes pour implorer les saints de soigner leur fille. Rien n’y a fait. Condamné à vivre dans son landau puis dans une poussette, sans grande capacité de réflexion l’enfant n’a pu dépasser l’âge de l’adolescence.

Dure épreuve que le couple essaya de compenser par la naissance d’un deuxième enfant. C’était un garçon qui prit le prénom de Christian  et permit d’amoindrir la peine du couple.

 

En 1953, à l’hôtel du Roulage c’est la routine. Christian a grandi. Il s’amuse souvent avec Salah, garçon d’une douzaine d’années dont la famille occupait une vieille maison dans la même rue que Rosine avant-guerre. Salah n’est pas à l’hôtel pour s’amuser. Il est au service de Rosine pour exécuter les menus travaux. Habillé et nourri, il touche quelques pièces chaque semaine et échappe ainsi à la condition miséreuse de certains jeunes sans travail. 

Nous sommes en octobre. Les jours commencent sérieusement à raccourcir. Les grosses chaleurs de l’été ont laissé place à un petit air frais qui nous fait enfiler un petit chandail lorsque le soleil se cache.

Passionné de pêche, François s’est créé une nouvelle occupation depuis qu’il a fait l’acquisition d’un bateau d’occasion. Il faut, petit à petit, le remettre en état. Il est en cale sèche en bordure de mer près d’une petite plage que beaucoup de bônois fréquentaient en raison de la réputation des frites et merguez d’un certain « Rezzin ». Le propriétaire de l’établissement installé sur la plage était connu de tous. Nous ne savions pas avec quoi il fabriquait ses merguez mais elles étaient succulentes.  Sur le sable était implanté un" boui-boui", une "gargote", une "paillote"… appelez ça comme vous le voulez. Pour nous c’était « La Grenouillère » une plage devant laquelle nous ne pouvions pas passer sans que « l’eau nous monte à la bouche ».

Il fallait faire, à chaque fois le trajet Mondovi, Bône, aller et retour. François profitait de son déplacement pour acheter des fournitures pour l’hôtel et en particulier les glaces. C’est lui qui conduisait le véhicule. On aurait eu du mal à trouver un autre conducteur ; c’était le seul possédant le permis de conduire.

Rendez-vous avait été pris pour le départ le matin de bonne heure dans la cour de l’hôtel.

Il avait été convenu que les enfants participeraient au voyage. Il y avait Marie-Thérèse, Armand, Christian et Michel.

 

Comme à l’habitude Michel avait pris place à l’avant avec François. Pendant que les deux adultes bricolaient au bateau, les enfants profitaient de la baignade et des jeux de plage.

Un soleil resplendissant avait marqué cette journée d’automne passée trop rapidement au goût des enfants. Au retour, les enfants se disputèrent les places, chacun désirant se trouver près de la vitre. Armand, le plus âgé prit la place de gauche. Christian, le plus « petit » était fier d’avoir « chipé » à sa cousine Marie-Thérèse l'autre place près de la vitre de droite. Le véhicule repris la route de la corniche vers la ville. A Bône, François  prit livraison des glaces qu’il avait commandées et entama la route vers la plaine de Mondovi.

Pendant ce temps, alors que la journée tirait à sa fin, Désirée, l’épouse de Michel s’inquiétait de voir l’heure de retour habituelle passer. Soudain, elle vit le garde champêtre arriver à vélo. Il lui apportait la nouvelle qu’elle redoutait : François avait été victime d’un accident en quittant Bône.

Un véhicule dépourvu de freins, arrivant d’une route  secondaire en forte déclivité coupa la route nationale au moment où le véhicule de François passait. Christian se trouvait assis exactement du côté de l’impact. Le choc a été si fort que le chauffeur, Marie-Thérèse et Armand ont été éjectés avec les réserves de glace. Sous le choc, inconsciemment, François se mit à rassembler les glaces éparpillées sur la chaussée. Michel le rappela à l'ordre l'incitant à rechercher le petit Christian. Ils le découvrirent sans vie bloqué entre les sièges du véhicule.

 

Le mauvais sort s’abattait, une fois de plus sur le couple propriétaire de l’hôtel du Roulage.

François, le moins touché, perdait dans cet accident, son deuxième enfant. Marie-Thérèse, fille de Michel aura la clavicule cassée et devra rester pendant un mois avec un bras attaché dans le dos. Quant à Michel, il aura tout le côté droit abîmé. Le plus amoché sera Armand qui souffrira, en particulier, d’une double fracture d’un bras qui le gênera par la suite dans ses études.

La nouvelle de cet accident fut un choc pour tout le village. Une des conséquences fut la démission de François au poste de « Chef de musique ». C’est son frère Michel qui prit sa place pendant un temps.

L'année suivante on commença à parler des premiers "évènements" d'Algérie

Malgré les rudes coups de la destinée, la vie à l’hôtel reprit le dessus tant bien que mal.

Dans les années cinquante, le village ne comptait pas moins de quatre cafés. Pour lutter contre la concurrence qui était rude, François usa d’un stratagème qui fit ses preuves pendant un temps. Il embaucha une serveuse issue de la population bônoise. Tant qu’à faire, il fallait qu’elle ait suffisamment d’atouts pour attirer les clients. C’est ainsi qu’à la fin de la décennie des années cinquante la poitrine opulente et le large décolleté de la serveuse du « Roulage » permirent aux recettes de l’hôtel de conforter leur équilibre.

Mais avec les évènements, le couvre-feu, le manque de visiteurs la gestion de l’établissement devenant de plus en plus difficile, François décida d’abandonner le métier d’hôtelier.

2024 - Les beaux murs de l’hôtel du Roulage sont aujourd’hui cachés…gâchés ? … par un décor au style anarchique qui flatte autant le café grand-mère que le club de foot du PSG sous couvert de « liberté ».

2024 - Mieux vaut emprunter les mots écrits par un journaliste algérien que d’en inventer d'autres moins objectifs.

Journal  « L’Expression »,  d’Algérie.

 

Chez nous, en Algérie, à l'aube de l'indépendance, nous avons hérité de la France coloniale un butin de guerre inestimable en matière de cafés. Des établissements flamboyants construits dans des multiples architectures, Andalouse, mauresque, ottomane, haussmannienne et moderne, dans toutes les villes et les villages. Des établissements qui faisaient la beauté des cités et le livre d'or de leurs Mémoires. Mais au bout d'une décennie nous les avons massacrés, démolis, métamorphosés.
Dans quelques-uns de ces cafés sont nés quelques partis du Mouvement national, lieux où la révolution algérienne a marqué des coups durs au colonisateur.
Aujourd'hui nos cafés maures sont morts ! Ils sont sans vie, sans arts et sans politique.

Amin Zaoui

Journaliste algérien

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