Je me suis toujours posé la question de savoir quelle était la véritable origine du mot "pataouette".   

 Vous savez sans doute que le "pataouette" était  ce langage  pratiqué par                                                                                                                                 les « pieds-noirs » d’Algérie. 

Le dictionnaire précise

 

pataouète \pa.ta.wɛt\ masculin

Langage populaire des Français d’Algérie, comprenant des mots français, catalans, espagnols, italiens et arabes ainsi que kabyles

 

 

 

 

   Selon certaines sources, il serait la déformation de Bab-El-Oued, le nom du fameux quartier populaire d’Alger, que l’on prononçait   familièrement Bablouette.

  On appelait papalouette ou paplouette un habitant de ce quartier

   Avec le temps, les déformations successives auraient donné  "pataouette".

 

 

 

 

 

D'autres sources donnent une origine différente.

Il serait indirectement lié au parler Catalan véhiculé par une communauté d'Européens originaires de Minorque (île des Baléares) et du Roussillon.

  

  En 1830, année où l’armée française fait la conquête de l’Algérie, l’île de Minorque subit une crise économique après le départ des Britanniques.

De nombreux Minorquins sont poussés à l’émigration. Ils seront parmi les premiers Européens à faire partie de l’Algérie française. Un tiers de la population de l’île (9500 minorquins) a émigré en Algérie.

A partir de 1840, ce flux migratoire est conduit par un marchand provençal nommé Jacques-Augustin de Vialar.

 

MONDOVI -  L'ORIGINE DU "PATAOUETTE" ?

Qui était  Augustin de Vialar ?

Frère cadet d'Emilie de Vialar ..., Augustin est né le 30 septembre 1799 à Gaillac dans le Tarn. Il a pour grand-père paternelle baron Portal, premier médecin ordinaire des rois Louis XVIII et Charles X fondateur en 1820 de l'Académie de Médecine.

Auditeur du Conseil d'Etat, Augustin est procureur du Roi à Epernay lorsqu'éclate la révolution en 1830. Légitimiste comme son père, il donne sa démission et retourne à Gaillac.

En 1832, il s'embarque en compagnie d'un ami anglais pour l'Égypte, mais le hasard du voyage le mène à Alger. Il est aussitôt conquis, il écrit " ce qui m'a surtout décidé, c'est la pensée que l'Afrique était appelée à une nouvelle et prochaine destinée, que le moment était venu où cette contrée cernée par la civilisation européenne allait s'ouvrir enfin à notre industrie, à nos arts, à nos lois, à notre population ".

Il s'installe d'abord dans une modeste maison arabe pour un loyer mensuel de 90 Fr. Il parcourt les environs et sent que le véritable avenir du pays est dans l'agriculture.

Il repart pour Gaillac et en revient avec un groupe d'ouvriers avec lesquels il entreprend la mise en valeur du Sahel et l'assainissement de la Mitidja, alors " immense cloaque " insalubre, infesté de maladies. Avec habileté et sagesse, il surmonte peu à peu les méfiances des indigènes et finit par gagner leur confiance en suscitant des coopérations fécondes.

En 1834, il a dépensé un million de francs pour installer des familles françaises, acheter et aménager des terrains aux environs d'Alger Bouzaréa, Birmandreis, Kouba et plus tard dans la Mitidja.

Il s'est marié à Gaillac le 5 décembre 1837 avec Athénaïs Sophie, fille du général Fleury. Ils auront quatre fils.

 

Le 30 juin 1834 le baron de Vialar, accompagné de son ami Max de Tonnac, gaillacois comme lui, du capitaine Pellissier de Reynaud et de huit spahis, ose se rendre au marché de Boufarik, où aucun Européen ne s'est encore aventuré, au milieu de 3000 Arabes hostiles.

Quinze jours plus tard, seul avec Tonnac, il reçoit un meilleur accueil.

Après cet exploit, il institue, en tant que président de la société coloniale, deux primes pour les civils européens qui iraient les premiers à Boufarik, l'un avec une voiture de marchandises, l'autre trois fois de suite avec un cheval ou un mulet chargé ; elles ne seront attribuées que l'année suivante, lorsque fut décidé l'envoi d'un détachement militaire les jours de marché et que fut établi le camp d'Erlon.


En 1835, il fonde à Boufarik le premier hôpital destiné aux musulmans d'alentour et fait appel aux souscripteurs.

Le roi Louis-Philippe et la reine envoient 1.500 francs.

Sur la proposition du conseil général d'Alger, il fait venir sa sœur Emilie, fondatrice de l'ordre de Saint Joseph de l'Apparition, accompagnée de trois religieuses. 
Augustin s'occupe du domaine de Khadra dans la plaine de la Mitidja en compagnie de Max de Tonnac. Ils font généralement précéder leur correspondance de France d'Afrique, domaine d'Haouch-el-Khdra.

Le baron est devenu président du Comité d'Agriculture qui a pris en main les intérêts de la nouvelle colonisation.

Face à l'irrésolution politique de la France devant le problème algérien, Augustin se rend à Paris en 1835 pour tenter de convaincre les adversaires de la colonisation.

Une commission parlementaire est envoyée en Algérie pour enquêter et décider du sort de ce pays.

C'est par 17 voix contre 2 qu'elle conclura au maintien de la France en déclarant : " l'honneur et l'intérêt de la France commandent de conserver les possessions de la France sur la côte septentrionale de l'Afrique ".

Augustin ne vivra plus que pour faire triompher la cause de l'intégration.
Il ne cessera de faire entendre sa voix dans tous les cercles et les milieux où s'impose son autorité morale comme dans les assemblées locales d'élus auxquelles il appartient.
Premier maire de Birmandreis, il devient président du conseil général d'Alger, puis adjoint au maire de la ville et président de la chambre d'agriculture.

Jusqu'à la fin de sa vie, il se fit le défenseur des colons ainsi que des autochtones musulmans et juifs.

Il s'éteint à Alger le 18 août 1868. Il a laissé en Algérie en tous domaines l'empreinte d'une puissante personnalité.

 

 

 

Vialar crée deux nouveaux villages avec des Minorquins ( 45 familles): Fort de l’Eau (1850 – aujourd’hui sous le nom arabisé de Bordj El Kiffan) et Ain Taya (1855 - 967 Minorquins ).

MONDOVI -  L'ORIGINE DU "PATAOUETTE" ?

 

 La population d’origine minorquine de Fort de l’Eau et d’Ain Taya parlait essentiellement catalan.

 

En 1883, on note qu’à Alger la jeune population de Roussillon, d’origine minorquine et d’Alicante (deuxième et troisième génération d’émigration) utilise le catalan comme langue courante.

En 1885, le consul espagnol à Alger, dénombre environ 20.000 à 30.000 personnes parlant catalan.

Le langage et, par la suite ceux qui le pratiquent, avaient le nom de  "patuet".

 

Que signifie "PATUET"

Pour certains ce terme « patuet » du mot catalan patuès (« patois ») ou encore de son diminutif patuet (petit patois), aurait donc pu donner naissance au mot « pataouette ».

Ce « patuet » était un mélange de catalan, français, arabe et amazigh (langue berbère). 

 

 

 Albert Camus parlait "patuet" même s'il n’a jamais écrit en catalan. Il le parlait parfaitement car il a été élevé par ses grands-parents maternels d'origine catalane. L’auteur et philosophe français maîtrisait donc le « patuet » 

Camélia Balistrou  

https://www.equinoxmagazine.fr/2021/05/30/quand-le-catalan-etait-parle-en-algerie/ 

MONDOVI -  L'ORIGINE DU "PATAOUETTE" ?

 

Après le "nettoyage ethnique" qui a suivi l'indépendance de l’Algérie, en 1962, la population s'est dispersée dans toute la France, principalement, dans le Roussillon et en minorité dans la province d’Alicante, en Espagne. Le "pataouette" a disparu en même temps . Nous en gardons tout de même le souvenir nostalgique. 

 

MONDOVI -  L'ORIGINE DU "PATAOUETTE" ?

 

 

 

 

 

 

 

 

MONDOVI -  L'ORIGINE DU "PATAOUETTE" ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’Association de Quartier Fort-de-l'Eau organise chaque année une réunion des Algériens d'origine minoritaire dans la commune provençale de L'Isle-sur-la-Sorgue.

 

Certains participants à l'événement continuent à parler "Patuet".

 

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