Comment oublier un lieu où on a étudié, mais aussi mangé, dormi, pendant 6 ans. Le  Lycée St Augustin de Bône, était l'unique lycée classique dans la région de Mondovi. Le temps passé dans cet établissement a constitué une vie dans la vie avec tout ce qu'elle présente  de joies, de misères, de surprises, d'étonnements, d'impatience, d'incertitudes...tout particulièrement dans ce milieu  un peu spécial que constitue l'internat.

 

Après l’année de Cours Moyen 2ème année  une page était  tournée : s’en était fini de l’école communale. Le passage obligé de la communion solennelle n’étant  plus qu’un souvenir, les vacances d’été se passaient dans une espèce d’euphorie. Le simple fait de ne plus être obligé de se plier à la contrainte de la messe du dimanche créait  en chaque adolescent un semblant de liberté dont nous profitions en attendant octobre. Nous savions  qu’un nouveau rythme allait s’imposer à nous par le fait que dès la rentrée prochaine nous serions internes au lycée de Bône.

A cette époque les vacances commençaient le 14 juillet, jour de la fête nationale pour se terminer le 1er octobre. Inutile de vous dire que la quinzaine de juillet était difficile à supporter avec la chaleur qui régnait. Durant les deux dernières semaines de l’année il y avait un certain relâchement dans les activités scolaires. Nous aimions cette période où notre travail se résumait chaque jour à un peu de calcul et un peu de français. Nous passions beaucoup de temps dans la cour de récréation.

C’est le directeur de l'école communale  qui nous a conduit à Bône au mois de juin pour nous faire passer l’examen d’entrée en sixième qui était obligatoire. Il avait pris soin d’amener une boite de sucre et une bouteille d’eau. Entre chaque épreuve nous avions droit à notre dose énergétique.

En fonction des résultats à cet examen on décidait ou pas d’attribuer une bourse aux candidats.  Sans doute grâce au sucre ai-je eu  la chance de me voir attribuer une bourse qui a abaissé d’autant les frais de scolarité de mes parents qui ne roulaient pas sur l’or.

A Mondovi, l’école de garçons faisait suite au Presbytère dans la rue St Ambroise. Elle avait été construite entre les

MONDOVI : Le lycée de Bône, après la communale.

années 1850 et 1860 et avait fait l’objet de travaux durant les années 1926-27. Le Directeur était alors Monsieur Suzini, un directeur qui est resté dans les annales du village. Les anciens du village qui avaient été ses élèves avaient une grande considération pour cet homme d’une conscience professionnelle irréprochable. J’ai longtemps gardé dans ma bibliothèque des fascicules reliés de « L’école libératrice », le fameux journal des instituteurs qu’il avait remis à mon père en lui disant « Tiens, ça servira à ton fils ». Il ne croyait pas si bien dire. J’ai eu maintes fois l’occasion de faire des dictées dont les textes étaient tirés de ces reliures. Monsieur Suzini a aussi remplit les fonctions de conseiller municipal au village.

En 1954, le directeur se chargeait du CM2, donc  de l’entrée en sixième et du certificat d’études. Il y avait en cours moyen 1ère année, un instituteur d’une certaine nonchalance mais qui ne manquait pas de nous faire travailler. Il avait une manie qui consistait à mâchouiller du papier. Lorsqu’il arrachait la feuille d’un cahier, au lieu de la jeter à la poubelle, il en faisait une boule et la mettait à la bouche en guise de chewing-gum. Son « système » de punition était radical. Il y avait en haut de l’une des deux armoires du fond, un véritable nerf de bœuf. Lorsqu’un élève ne donnait vraiment pas satisfaction, il avait droit à une ronde. L’instituteur le tenant de la main gauche lui assénait une série de coups de nerfs de bœuf  sur le postérieur. Mieux valait porter une blouse à cette occasion pour amortir l’impact des coups. Notez bien que, souvent le « maître » était encouragé dans ses agissements par le père musulman dans sa manière de procéder. On l’entendait souvent dire « T’i as pas peur ti lui donnes ». A chaque visite de l’inspecteur le nerf de bœuf prenait, bien sûr, ses congés…Il existait un autre instrument de « torture » qui était la règle carrée d’écolier. Tous les matins les activités commençaient par la leçon de morale. De suite après, avait lieu la séance de calcul mental. L’ardoise bien propre était prête sur chaque pupitre. Il y avait tous les jours 5 questions sur la règle abordée la veille qui était à étudier à la maison. Toute la classe attendait le coude posé sur la table, la main droite en l’air tenant la craie. L’instituteur posait une question. Suivait un laps de temps de réflexion. Un coup de règle sur le bureau donnait le top pour « coucher » le résultat attendu sur l’ardoise. Si la réponse donnée était la bonne, tout allait bien. Si ce n’était pas le cas il fallait tracer un petit bâtonnet au dos de l’ardoise. A la fin de la séance il y avait donc autant de bâtonnet que de fautes. Le « maître » passait alors en revue toute la classe et donnait à chaque élève autant de coups de règle sur les bouts des doigts regroupés et tendus qu’il y avait de bâtonnets sur l’ardoise. Les mauvais en calcul mental avaient tout intérêt à se couper les ongles le moins souvent possible.

En cours élémentaire 2ème année nous avions un instituteur qui était  le roi de l’expérimentation. J’ai encore en mémoire sa séance sur le caoutchouc. Pour nous démontrer l’élasticité du matériau, il avait confectionné une balle en enveloppant un caillou de bandelettes de chambre à air de vélo. Il envoyait cette simili balle contre le mur du fond de la classe. La balle n’étant pas d’une rondeur régulière rebondissait comme bon lui semblait, pouvant à tout moment  atteindre le crâne d’un élève du fond de la classe. L’instit s’en amusait.

Le cours préparatoire se passait à l’école des filles qui se trouvait à l’angle des rues de la Pépinière et de l’Espérance.

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En 1955, il y avait, dans une classe de garçons de 33 élèves, 10 Européens et le reste de musulmans. En 1934, la proportion était de 15 Européens sur 32 élèves.

Chez les filles, en 1915 la classe de 24 élèves comptait 24 Européennes.  En 1955, il n’y avait plus que 7 Européennes sur 35 élèves. Cette évolution s’explique sans doute par la réticence des familles musulmanes à envoyer les filles à l’école. Réticence qui s’est estompée au fil du temps. Il faut noter que ce phénomène n’est pas spécifique à l’Algérie. En France, dans les campagnes lorsque l’école devint obligatoire on trouvait superflu d’envoyer les filles à l’école parce qu’on pensait que l’apprentissage des besognes de la maison suffisait pour mener la mission qu’on confiait aux femmes qui était de s’occuper du foyer.

En Algérie la religion a certainement agi à l’encontre de l’émancipation de la femme. Très tôt les filles étaient enfermées et promises à un mariage forcé.

Certains garçons musulmans du village suivaient l’école coranique. Il en existait une dans la rue Thouin. Il était facile de le deviner. Les chants monocordes et lancinants de la lecture du coran résonnaient au sein de la rue à longueur de journée.

Il faut bien reconnaître, avec le recul, que ces musulmans étaient dans un meilleur contexte que celui dans lequel on les plongeait en leur faisait apprendre en histoire que leurs ancêtres étaient des Gaulois… »

Durant les années 50, des classes de CM2 de Mondovi, quelques musulmans rejoignaient le lycée classique de Bône (Lycée St Augustin) qui était le passage obligé pour prétendre à des études longues.

En 1962, à l’internat du lycée il y avait autant de musulmans que d’Européens. C’est dire qu’en l’espace de 7 ans les choses avaient bien évolué.

Mais revenons à notre année 1955

Alors que les vacances étaient sur le point de s’achever, toutes les démarches avaient été faites pour l’inscription au Lycée. On nous avait attribué un numéro qui devait figurer sur tous les vêtements du trousseau à remettre à la rentrée. Dès lors j’étais le 130. Sans doute par soucis d’économies mon père m’avait fabriqué une boîte avec la minutie qui le caractérisait, dans laquelle on avait  rangé mes affaires de toilettes. Je la possède encore j’y ai casé des clous et des vis. Elle porte toujours le 130 écrit à l’encre de chine.

Tout était pratiquement fin prêt. Une seule chose préoccupait mes parents : le fait que Mondovi se trouvant à environ 25 kilomètres de Bône, il faudrait, chaque samedi et chaque lundi, prendre le risque de faire le trajet par la route. Mon père n’avait pas encore passé son permis. Nous n’avions pas de voiture. Il fallait donc prendre le car et, cela, ma mère le craignait. En novembre 1954 une vague d’attentats terroristes avait marqué le déclenchement de l’insurrection algérienne dans les Aurès et en Grande-Kabilie. Un couple d’instituteurs avait été victime d’un attentat. Le mari était tué, la femme blessée. En décembre de la même année il y eut 150 arrestations en Algérie. Le 8 janvier 1955 un poste militaire était attaqué en Grande-Kabilie. En juin 1955 il y eut des bombes à Philippeville. En Août de la même année, attaque de Guelma. Tous ces évènements ne faisaient que renforcer l’impression d’insécurité qui règnait un peu partout. Il faudrait pourtant vivre dans ce contexte.

Chaque lundi, ma mère me confia au chauffeur du car qui était indigène en lui disant, en arabe,

«-Fais bien attention à lui… »

Chaque lundi, il répondait

« -Oui, oui, n’aie pas peur madame Michel ! »

Et, un jour on apprit que le chauffeur avait été arrêté parce qu’il avait des responsabilités au sein d’un groupe de fellagas du village. Ce jour là mon père décida d’acheter une automobile avant même d’avoir le permis pour me faire conduire au lycée tous les lundis matins. Il choisit la fameuse 4CV Renault, le véhicule le plus économique qui existait à cette époque. C’est un petit cousin qui se chargea de me conduire au lycée tous les lundis matins jusqu’à ce que mon père  passe son permis. La mission n’était pas moins risquée pour autant…

 

 

 Comment est né le lycée classique de Bône ?

 

Le 1er novembre 1853, l’école primaire payante de la rue Saint Nicolas de Bône est transformée en Cours secondaire... Les élèves portent un uniforme composé d’une tenue bleue marine, d’un ceinturon en cuir noir verni avec une plaque de cuivre et un képi brisé en drap bleu avec galon et liseré d’or.

Décret impérial n°296 du 19 février 1859, signé par Napoléon III

Le Cours secondaire est transformé, , en Collège communal, institution secondaire privée. 

Depuis 1846 le local initial de la rue Saint Nicolas avait été considérablement modifié et agrandi, grâce en particulier à l’aide financière accordé généreusement en 1872 par Monsieur Salvator COLL, fondateur également de l’hospice pour vieillards, situé au pont blanc, au pied du massif de l’Edough. D’après Louis Arnaud ce bâtiment était disgracieux. Cependant cette disgrâce était largement compensée par l’accueil chaleureux et convivial prodigué par les Maîtres à leurs élèves ; cet établissement avait une âme et surtout un cœur immense.... À l’époque déjà, les résultats scolaires étaient là, éclatants avec un taux de réussite régulier au baccalauréat de 75 à 80 %, couronnant ainsi les efforts pédagogiques accomplis par les enseignants.

 

 

Ce local de la rue Saint Nicolas abrita l’ancien collège jusqu’à la fin de l’année 1904–1905. Cependant, au début du 20ième siècle, le vieux collège ne répondait plus aux besoins réels d’une population comprenant à l’époque 35 000 habitants. La municipalité avait largement anticipé en faisant l’acquisition, dés le 23 décembre 1901, de l’ancien séminaire Saint -Augustin.

En début d’année scolaire 1905–06, le vieux collège fut donc transféré dans ces nouveaux locaux vastes, spacieux, gais et en pleine verdure. Le local de la rue Saint Nicolas retourna alors à sa destination initiale d’école primaire.

En janvier 1923, le Collège communal de garçons devient Collège Colonial. Le 25 août 1937, ce dernier est devenu Lycée ; il est appelé Lycée Saint - Augustin par décision du 1er octobre 1941. Il était doté d’un stade dont le terrassement a été effectué par les élèves en 1942–1943 ; ce stade, qui existe toujours, comprend une piste en cendrée de 260 mètres avec une ligne droite de 120 mètres, entourant un terrain mixte de foot-ball – rugby, ainsi que des sautoirs en longueur, en hauteur et des aires de lancer. De plus, un grand gymnase permettant de pratiquer l’éducation physique par mauvais temps fut édifié ainsi qu’un terrain mixte de basket-ball, hand-ball et volley-ball. Ces installations ont permis au Lycée Saint- Augustin d’être en 1958 le premier établissement scolaire sportif français. Il accueillit dans les années 1958 environ 1 050 élèves.

  MONDOVI : Le lycée de Bône, après la communale.

A droite le stade municipal de la ville de Bône, un des très rares stades engazonnés en Algérie, à l'époque. A gauche le terrain de sports du lycée. Les bâtiments blancs sont ceux de l'internat 

 Le terrain de sport entouré de sa piste en Mâchefer . Notre Lycée pouvait à cette époque être fier de ses installations sportives puisqu'il a obtenu en 1958, le titre de 1er Lycée sportif de France (Oui, nous étions encore en France… ) .

Le grand bâtiment abritait au  rez-de-chaussée le bureau du surveillant général d'internat (M. Allouche) et le réfectoire. Au premier étage étaient aménagés quelques petits logement de fonction. Durant un temps un de ces appartements était occupé par une infirmière dont la plastique rendait malades  les internes qui étaient nombreux à s'inscrire à la visite de l'infirmerie organisée tous les matins après le petit déjeuner.!! 

 

MONDOVI : Le lycée de Bône, après la communale.

 

 

 

 

MONDOVI : Le lycée de Bône, après la communale.

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MONDOVI : Le lycée de Bône, après la communale.

 

 La cour moderne du lycée. Cette partie du lycée était surtout

réservée à l'enseignement des mathématiques.

 

Les internes n'avaient pas le droit d'y stationner pendant les

récréations d'internat sans doute pour faciliter la surveillance.

 L'entrée du lycée.

La grande porte était ouverte lors de l'entrée des élèves aux heures d'ouverture de l'établissement.

derrière la petite porte de trouvait la loge du concierge.

 

NB :La peinture des murs a été réalisée par l'état algérien après l'indépendance. 

 

MONDOVI : Le lycée de Bône, après la communale.

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Le boulevard Papier longeait le mur du lycée.  

 

 

 

 

 

 

 

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