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Le paludisme, voici qu'on en reparle à propos d'un traitement que l'on veut remettre au goût du jour pour lutter contre l'épidémie du virus COVID 19. Cela "tombe" bien. Dans mes archives "traine" un petit article qui traite de ce sujet. Je l'ai conservé pour une raison toute simple. Il rappelle qu'un homme a œuvré sur la terre d'Algérie et a été récompensé pour avoir enrayé un fléau qui a fait des milliers de morts. Comme on peut le lire sur l'article ci-joint, cet homme c'est le professeur Laveran, prix Nobel de médecine. Sa découverte, il l'a faite, en partie à l'hôpital de Bône. Raison de plus pour s'attarder sur le sujet puisque Bône est la ville où je suis né. J’ai toujours été passionné par les récits des découvertes médicales. J'ai encore en mémoire ceux de notre instituteur du cours moyen de Mondovi (village à une vingtaine de kms de Bône), développant les étapes de la découverte du vaccin contre la variole ou les travaux de Pasteur dans sa lutte contre la rage. Sa façon d'exposer, telle une enquête policière, les hypothèses, les analyses, les investigations, les conclusions des chercheurs maintenait toute la classe en haleine. Ce sujet est intéressant parce que le paludisme n'a pas épargné les hommes et les femmes, colons de la première heure ou soldats leur prêtant main forte qui ont mis les pieds sur la terre d'Algérie lors de sa conquête. Pendant les premières années, les victimes ont été si nombreuses qu'on a parlé d'endémo-épidémie. La situation était particulièrement grave dans la vallée de la Seybouse . En 1833 on perdait à Bône 1526 hommes sur 5500 hommes de la garnison. Un nombre beaucoup plus élevé que celui des disparus par "faits de guerres".
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On peut douter, aujourd'hui de la supposée efficacité de tels mélanges. On était, par contre certains de l'efficacité du quinquina qu'utilisaient les indiens pour son action tonique. On réussit en 1820 à extraire la quinine de l'écorce de l'arbuste présent en quantité dans la Cordillère des Andes et l'Amérique centrale. Dans une situation alarmante, alors que les moyens de lutte en , hôpitaux et médicaments sont insuffisants c'est ce remède qu'on administra aux malades, militaires dont le nombre ne cessait de croître. Les médecins en place à Bône comme à Constantine faisaient tout ce qui est en leur pouvoir pour enrayer l'hécatombe mais leurs tâtonnements, leurs méconnaissances de la bonne posologie du médicament faisait que les doses administrées étaient insuffisantes pour combattre de façon efficace la maladie. Il fallut attendre février 1834 pour constater quelques améliorations. Celles-ci coïncidèrent avec la nomination du médecin-major François Maillot au poste de médecin-chef de l'hôpital de Bône. Le médecin augmenta de façon conséquente les doses de quinine . L'année suivante (1835) on n'enregistra qu'un seul décès pour 27 entrants à l’hôpital militaire de Bône >>>>> Il n'empêche que la lutte contre la maladie restait le souci constant des équipes médicales de tous les hôpitaux d'Algérie et plus particulièrement ceux de Bône et de Constantine, villes où la maladie sévissait encore sérieusement en 1878, année où le professeur Laveran était affecté dans un service de l'hôpital de Bône. C'était un jeune agrégé du Val-de-Grâce. Il s'occupa plus particulièrement du service, nommé "Service des fiévreux" dont le nombre de patients dépassait très largement celui des hospitalisés pour faits de guerre. Il écrit "J'étais à ce moment chargé du service qui comprend un grand nombre de malades atteints de fièvres palustres ». . |
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L'hôpital militaire de Constantine dans lequel le Professeur Laveran poursuivit ses travaux après les découvertes faites à Bône. |
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Le Professeur Laveran constate que le contact avec la terre contribue au déclenchement de la fièvre "L'immunité dont jouissent les marins à bord de leurs vaisseaux, même sur les côtes les plus insalubres en est une preuve. Les grands travaux de terrassements exécutés par nos troupes en Algérie ont toujours amené une recrudescence marquée de l'endémo-épidémie palustres." Il note par ailleurs que "depuis longtemps en Algérie dans les années pluvieuses, l'endémie palustre prenait une grande importance et qu'au contraire, dans les années de sècheresse elle était bénigne. Les irrigations, qui sont indispensables à la culture des pays chauds où les pluies sont rares, sont un danger au point de vue du paludisme, surtout lorsqu'il se forme des mares d'eau stagnantes." |
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L'étude au laboratoire
Dans son hôpital le professeur se bat contre la maladie en suivant au jour le jour ses malades qui sont pour la plupart de jeunes soldats qui souffrent de façon aléatoire de cettefièvre qui donne des frissons, une grosse sensation de chaleur ou des sueurs froides. "Je cherchai à poursuivre dans le sang des malades l'étude de la formation du pigment" Une partie de ses journées se passe nt l'œil rivé sur son microscope. Ses observations multiples font l'objet de notes prises au fur et à mesure. "A côté de leucocytes (globules blancs) mélanifères des corps sphériques, de volume variable, pigmentés, doués de mouvements et des corps en croissant pigmentés ttirèrent mon attention; je supposais dès lors qu'il s'agissait de parasites." Laveran se livre alors à une étude approfondie du microbe. " En 1880 à l'hôpital de Constantine, je découvris des éléments filiformes ressemblant à des flagelles qui s'agitaient avec une grande vivacité...Dès lors je n'eus plus de doute sur la nature des éléments que j'avais trouvés dans le sang lacustre". Ses observations lui permettent de noter que l'absorption de quinine fait rapidement disparaître ces flagelles. Il note : "Sous l'influence de la médication quinine, les hématozoaires (nom du microbe découvert) disparaissent en même temps que la fièvre guérit, preuve importante de la relation de cause à effet qu'existe entre ces parasites et les accidents du paludisme." |
Comparaison avec les études du monde entier
En 1882 le professeur Laveran fait le voyage en Italie. Il découvre dans le sang des malades du paludisme de la campagne romaine les mêmes microbes qu'il a décelés dans le sang de ses malades. Dans des préparations de sang envoyées de Calcutta, le même parasite se présente avec exactement les mêmes aspects et les mêmes formes qu'en Algérie. A Philippevile (province de Constantine) le sang des malades présente le même parasites que celui de Constantine. A Alger, il en est de même. Ce microbe est aussi trouvé dans le sang des malades du Sénégal, du Soudan, du Dahomey, de Madagascar, de l'île Maurice. Il écrit "Il ressort de tous ces travaux que mon hématozoaire a été retrouvé par un grand nombre d'observateurs sur la plupart des points du globe...ce qui est une des meilleures preuves de son rôle pathogène" Pour vérifier le caractère pathogène de l'hématozoaire, ii injecte du sang contaminé dans des corps sains. "On a réussi à transmettre le paludisme d'homme à homme, en injectant dans les veines d'un individu non entaché de paludisme une petite quantité de sang recueilli dans les veines d'un malade et contenant des hématozoaires". Continuant ses investigations chez ses malades il remarque que, lorsque le patient décède, "l'autopsie permet de faire l'examen de tous les organes. On constate que les hématozoaires se sont accumulés dans la rate, le foie, le cerveau ou, plus rarement dans le réseau capillaire d'autres organes". |
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La recherche de l'agent pathogène. Le professeur Laveran poursuit ses investigations persuadé que le parasite émane de la nature. "Après la découverte de ce parasite dans le sang des malades atteints de fièvre on pouvait espérer que sa recherche dans le milieu extérieur devenait plus facile. On trouve dans l'eau et dans le sol des localités palustres des amibes et des éléments munis de flagelles qui ont une grande analogie avec les parasites décrits mais comme on ne peut pas isoler ces organismes ni les cultiver, on n'a pas pu préciser jusqu'ici leurs rapports avec le paludisme". Laveran en déduit que "le microbe du paludisme existe probablement sous une forme qui diffère des formes sous lesquelles nous le connaissons et peut-être à l'état parasitaire." Les essais de culture du microbe dans l'eau, dans l'air ne donnent aucun résultat. Le paludisme paraît être une maladie particulière à l'espèce humaine, qui ne touche pas les animaux. " Les lapins inoculés n'ont jamais présenté de troubles Laveran applique une sangsue sur un malade atteint de fièvre. Il remarque "On peut encore, au bout de 48 heures trouver des hématozoaires dans le sang absorbé par la sangsue "Lorsque j'étais en Algérie, j'ai demandé souvent à des vétérinaires de m'envoyer des fragments du foie et de la rate des animaux qu'ils supposaient être morts du paludisme. Je n'ai jamais constaté la présence d'éléments parasites.. . ." L'étude de la maladie met en évidence que - l'homme est atteint plus souvent que la femme. - les professions plus directement en rapport avec le sol sont sujettes à l'infection (ouvriers à dessécher les marais, ports, fossés, terrasses, jardin, militaires en campagne obligés de coucher en plein air) " Actuellement le paludisme atteint plus particulièrement, dans les corps des troupes d'Algérie, les hommes des pénitenciers militaires et les ateliers de travaux publics. Les militaires détachés à la garde des forêts, ceux qui sont mis à la disposition des agriculteurs pour la moisson ou pour la destruction des sauterelles." Beaucoup d'auteurs de l'époque émettent l'idée que l'agent pathogène du paludisme peut-être transporté par l'air. Des constatations nombreuses prouvent que le transport par l'air est difficile. Il existe par contre dans le passé scientifique des faits qui tendent à montrer que les fièvres palustres peuvent être d'origine hydriques. |
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"Hippocrate et Rhasés admettaient que les eaux marécageuses employées pour la boisson pouvaient produire la tuméfaction de la rate. A Marnia (Algérie) l'eau de boisson arrive par une conduite qui traverse des marécages dans un bassin-filtre qui attire des nuées de moustiques; la mauvaise qualité de cette eau parait être une des causes de la fréquence des fièvres palustres dans cette localité". "L'insuccès constant des essais de culture de l'hématozoaire du paludisme dans l'eau, dans la terre humide et dans un grand nombre d'autres milieux semble prouver que ce microbe ne se trouve pas dans le milieu extérieur sous les mêmes formes que dans le sang et l'on devait se demander s'il n'existait pas, comme pour d'autres parasites, un hôte intermédiaire. J'ai été conduit ainsi à soupçonner les moustiques dont la propagation est aujourd'hui connue." Laveran avait en effet remarqué qu'à Constantine les moustiques pulullaient dans la vallée du Rhumel, insalubre où les malades étaient beaucoup plus nombreux que dans la partie haute de la ville. Il en était de même à Bône. Il sera plus tard confirmé par d'autres chercheurs, anglais, italiens que l'agent pathogène était bel et bien le moustique...pas tous les moustiques. Seul le genre anophèle est capable de transmettre le paludisme. Laveran œuvra pendant une quarantaine d'années, pour préserver les vies des troupes françaises conquérantes en Algérie, mais, indirectement pour l'humanité tout entière. L'essentiel de ses découvertes a été enregistré dans l'hôpital de Bône puis de Constantine durant l'année 1880. Mais ses travaux se sont poursuivis en France où il a formé de nombreux médecins militaires en mission dans les autres possessions françaises d'outre-mer. Intégrant l'institut Pasteur il a poursuivi ses recherches passionnées sur les maladies parasitaires.
En 1907 l'institut royal de Suède lui a décerné le prix Nobel de physiologie et de médecine pour l'ensemble de ses travaux. |
Précisions de l'Organisation Mondiale de la Santé.
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L'hôpital militaire de Constantine a été implanté en 1841, sur les hauteurs de la ville prise en octobre 1837. Les travaux durèrent douze années. En 1907, année du prix Nobel attribué à Alphonse Laveran, les médecins d'Algérie offrirent une plaque de marbre commémorative destinée à être apposée au mur du laboratoire où le professeur fit ses découvertes. Sur cette plaque étaient inscrits ces mots : " Dans ce local servant alors de laboratoire, Mr A. Laveran, médecin major de 1ère classe, a découvert l'hématozoaire du paludisme en 1880." Une deuxième plaque a été offerte par les médecins civils. En 1914 l'hôpital prit le nom de "Hôpital Laveran." Un village français en construction prit le nom du professeur (il s'agit de Sidi Mançar). Le 24 mai 1930 est inauguré un monument en sa mémoire. Plusieurs rues de grandes villes furent appelées rue du Dr Laveran.. Des cartes postales ont été tirées.. Le 13 octobre 1937 on inaugura un monument Laveran dans la cour de la casbah. Au début de l'année 1962 deux microscopes qui étaient conservés dans une vitrine et avaient été utilisés par le professeur Laveran ont été rapatriés au Musée du Val-de-Grâce. La passation de pouvoirs en 1962. Le 24 mars 1962, le drapeau algérien flotte dans la cour de l'hôpital. Les couleurs françaises sont descendues. A 12heures 45 est signé le procès-verbal de la prise en charge des matériels par le service de santé algérien. A 12 heures 55, les autorités françaises quittent l'hôpital alors qu'un détachement de l'Armée Nationale Populaire algérienne rend les honneurs. L'Hôpital militaire Laveran n'existe plus. Le village Laveran a repris son nom arabe d'origine. Seule la rue Laveran continue à exister à Constantine Plus que les reconnaissances matérielles, il est important de considérer les reconnaissances morales que l'on doit à ce grande chercheur quand on sait que "Sur quatre milliards d'habitants du monde, le paludisme en menace un milliard, en affecte cent millions et en tue chaque année un million".. |
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