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Des guirlandes scintillaient sur le grand arbre pour rendre la fête plus gaie.
Nous sommes au cœur de l’entreprise la plus importante du village, celle qui emploie le plus grand nombre d’ouvriers. La Tabacoop a été créée à l’initiative de la région pour mieux gérer la production et l’exploitation du tabac.
Chaque année, d’une façon ou d’une autre, les dirigeants de l’entreprise font la joie des enfants en organisant un évènement à l’occasion de Noël. En 1950 le père Noël avait parcouru le village pour passer dans chaque maison occupée par les employés et remettre un cadeau à chaque enfant. Je me rappelle que l'attente fut pénible …quelle angoisse lors de la confrontation ! Même s’il nous semble reconnaître la voix chevrotante du personnage barbu, le moment est impressionnant. Je ne sais plus ce que m’a demandé papa Noël. Sans doute si j’avais été sage. Ma réponse a certainement été positive. C’est comme si on demandait au boucher si sa viande est bonne. Si j’avais été effronté j’aurais pu livrer le fond de ma pensée en disant au père Noël que je l'avais reconnu mais ce n'était pas le moment. Je tenais à mon cadeau. Et puis, à cette époque on n’avait pas l’aplomb des jeunes de maintenant.
En 1951 Noël donna l’occasion d’un rassemblement de tous devant le sapin.
Les docks de l’entreprise qui nous avaient donné l’occasion de parties de cache-cache mémorables servaient souvent de lieu de manifestation. C’est d’ailleurs sur ces docks qu’avait été créée une véritable petite salle de cinéma.

Ci-dessus la salle des fêtes du village alors "désertée" à cause des risques d’attentats.
Nous avions donc droit à échéance régulière à une séance de cinéma. A cette époque la télévision n’existait pas...nous ne l'avons d'ailleurs jamais connue dans la région de Bône... Le moment récréatif était apprécié par les petits et les grands.
En 1951 tout était encore calme même si, ici ou là, des évènements laissaient pressentir une escalade d’un conflit latent. Un après-midi de décembre, toutes les familles des employés de la Tabacoop furent conviées à un goûter. Il y avait là tous les enfants qu’ils soient européens (on appelait ainsi les familles d’origine européenne : français, italiens, espagnols, maltais etc…) ou musulmans. Souvent au cours de ces manifestations les familles musulmanes étaient représentées par le chef de famille. Il était dans la tradition que les femmes ne se montrent pas (c’est pour cette raison que sur les photos que nous présentons, seule une femme assiste au goûter) .
Bien sûr, le père Noël était indispensable. Cette année là on « réquisitionna » René Bussutil qui n’était pas à son premier essai. Bon vivant il avait des dons naturels qui lui permettaient de s'adapter à toutes les situations.
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Le père Noël s’est déplacé pour l’occasion, toujours le même depuis que mon père travaille à la Tabacoop : un personnage capable de s’adapter à toutes les situations. Comique, facétieux et fin d’esprit, il a dans la peau ce qu’il faut pour être un farceur, acteur, affabulateur et, en même temps amoureux de football (il a été entraîneur de l’équipe de foot du village) et excellent joueur de boules lyonnaises. Il s’agit de mon voisin de palier (Mr Bussutil). Je me doute un peu que c’est lui qui se cache derrière cette barbe au naturel douteux. L’année précédente il était passé à la maison avec cette même tenue à la forte odeur de naphtaline pour nous livrer les jouets à domicile. La complicité que j’avais sentie avec mon père et les accents d’une voie mal dissimulée m’avait mis la puce à l’oreille. Je me suis bien gardé d’avouer que je connaissais le personnage.
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Ce soir-là nous avions donc reçu un cadeau des mains de ce père Noël à multiples facettes. Le « grand » patron avait fait un discours. Le photographe avait sorti son gros appareil pour fixer à jamais l’évènement. C'est grâce à lui que nous pouvons vous présenter ces photos.
Tous les employés indigènes ou pas sont installés à la même table. Voilà qui prouve que nous vivions plutôt côte à côte qu’ensemble…
Beaucoup d'indigènes Jeunes ou moins jeunes ont la tête couverte qui d’une chéchia, qui d’un foulard ou un turban.
Une petite fille musulmane montre fièrement sa poupée, la même que celle qu'a en mains une fille européenne derrière elle...
On ne distingue qu'une seule femme musulmane, non voilée, d’un certain âge. Les mères de familles des jeunes enfants présents sont restées à la maison.
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