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Armand et Zézé ont fait partie de l'équipe de foot de MONDOVI.
Pour situer Blida
Le kiosque à musique de Blida existe toujours.
1957- Place du marché arabe de Blida (Cliquer !)
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Le contexte A 2 ans, en l’absence de mes frères, mobilisés, je vivais avec ma mère, cuisinière à l’Hôtel du Roulage de Mondovi. Cette situation a duré jusqu’à la libération (1945). Au retour de l’armée, mon frère François achète le « Café du Centre » au village. Quelques années plus tard, il devient propriétaire de l’ « Hôtel du Roulage », le plus vieil hôtel du village. Toute la famille s’installe là. Mon frère s’est marié avec une fille Cardenti, Denise. Ils ont une fille qui est née avec un gros handicap qui la fait vivre à l’état végétatif. Naîtra ensuite Christian, qui décèdera au cours d’un accident au cours duquel je suis sérieusement blessé (voir feuillet 1953 Un terrible accident). Heureusement, la destinée permettra à François et Denise d’avoir deux autres enfants, Geneviève et Pierre-Yves. Ma mère se charge de la cuisine du restaurant. Nous voila en 1953, j’ai 16 ans. Je ne sais trop quoi faire de ma vie si ce n’est me faire inviter ici ou là par les copains qui prennent une grande part de mon temps libre. Mon carnet scolaire est mauvais. Mon frère, ma mère étant pris par leur travail, je bâcle mes devoirs. La blessure que j’ai eue à un bras m’empêche de poursuivre les études que j’ai entreprises au collège technique de Bône. Que faire ?
Un matin, en ouvrant le journal, mon frère découvre une offre d’emploi. La Base d’aviation B108 de Blida recrute des jeunes. L’embauche suppose le passage d’un petit examen. Aussitôt mon frère postule en mon nom. Je propose alors l’inscription à mon copain intime d’alors, qui répondait au nom de Zézé. Il travaillait dans un garage à Duzerville. Son salaire bien que très bas lui permettait d’aider sa mère et son frère, plus jeune, à vivre. Zézé hésite mais sa mère qui le voit déjà avec sa belle tenue d’aviateur sur l’aérodrome de Bône insiste pour qu’il s’inscrive.
Un mois après, nous voila sur la Base 108 à Blida où une chambre nous a été affectée. Nous devons passer l’examen l’après midi. Nous avons donc le temps de nous préparer au moins psychologiquement si ce n’est en révisant nos règles d’orthographe. Pour repérer les lieux nous nous rendons dans la salle où doit se passer l’épreuve de dictée. Les tables sont parfaitement alignées et à chaque place est inscrit, à la craie, le nom d’un candidat. Je me rends compte que le nom de Zézé est situé deux tables derrière la mienne. Très vite, je me saisis de la craie et du chiffon déposé au pied du tableau. J’efface le nom du candidat situé derrière moi. J’écris le nom de Zézé à sa place et inversement. A l’épreuve de dictée, Zézé sera donc situé derrière moi. Je lui ai promis de laisser ma feuille suffisamment visible durant l’épreuve, pour qu’il puisse copier. Il faut que je vous dise que la situation familiale de Zézé a fait que très tôt il a dû quitter l’école. Son niveau en orthographe s’en ressent. Mais revenons à notre épreuve. La dictée commence. L’instructeur va et vient entre les tables. A chaque fois que c’est possible je déplace ma feuille pour que Zézé puisse copier. Voila à peu près un quart d’heure que l’épreuve a commencé. Prenant l’air de quelqu’un qui regarde une mouche voler je me retourne nonchalamment pour jeter un œil furtif sur la copie de Zézé. Quelle n’est pas ma surprise de constater qu’il a écrit en tout et pour toute une ligne. Deuxième coup d’œil furtif, Zézé me dit « je n’arrive pas à suivre ». Ma motivation première de me trouver sur la Base 108 avec Zézé disparaît aussitôt. A quoi bon continuer l’épreuve. Je décide de poser le stylo et de ne plus écrire. Lorsque l’instructeur s’en aperçoit il nous demande ce qui se passe. La feuille de Zézé est l’illustration de son abandon mais il ne dit rien. Sans autre explication nous lui disons que nous abandonnons. Cela nous vaut de nous retrouver aussitôt dans le bureau du Capitaine de la base. Il nous fait signer un document justifiant notre abandon. Nous quittons la caserne. Nous voila libre comme le vent à 2 km de Blida.
Pour nous rendre en ville, nous avons fait appel à un taxi. Mon frère aurait trouvé bizarre que nous rentrions aussi rapidement au village. Nous avons donc décidé de passer au moins une nuit à Blida. Nous avons loué une chambre en plein centre de la ville. De la fenêtre de la chambre on avait une vue magnifique sur la place et le kiosque à musique. Après avoir fait le constat des lieux nous nous asseyons sur le lit pour prendre le temps de nous concerter. Que faire maintenant ? Nous avons un peu d’argent en poche. Puisque nous sommes à Blida autant en profiter. Nous décidons de passer quelques jours de vacances dans la ville. La vie est belle mais très vite nous nous rendons compte que les finances ne suivent pas. Il faut commencer par restreindre les repas au restaurant. Il est plus économique de manger dans la chambre : c’est ce que nous décidons de faire. Nous avions repéré un indigène qui fabriquait d’excellents beignets. A peu de frais nous pouvions nous caler l’estomac. Malgré tout, l’argent filait. Constatant qu’à ce rythme nous risquions de ne pas avoir assez de « sous » pour nous payer le train de retour, Zézé me dit « On va acheter le billet, comme ça on sera sûr de pouvoir rentrer à Mondovi ». Au retour de la gare, une fois les billets achetés, la monnaie n’encombrait pas nos poches. Nous aurions bien aimé profiter encore un peu de cette ville où nous avions pris goût à vivre. Le lendemain en nous levant, Zézé me dit « J’ai une idée. Aujourd’hui c’est le marché arabe. Nous allons vendre les vêtements qu’on a emportés pour notre séjour. Ainsi nous pourrons rester au moins un jour de plus… » Quel génie ce Zézé… ! Nous voila vidant nos valises sur le lit. Il y a des chaussettes, des chemises, deux pantalons. Sans attendre nous nous rendons au marché. En un rien de temps tout est vendu. Il faut dire que nos prix battaient toute concurrence et que la qualité des vêtements était sans reproche puisque nous n’avions emporté que de beaux habits pour voyager. La recette était si intéressante que nous avons pu nous payer deux jours de plus à l’hôtel…tout en continuant à manger des beignets…bien sûr. Au bout de ces deux jours nous nous sommes trouvés dans une situation doublement délicate. Nous n’avions plus d’argent et Zézé n’avait plus d’idée pour s’en procurer. De toute façon toutes les bonnes choses ont une fin. Il fallait bien qu’à un moment on utilise les billets de train…c’était le moment. Le voyage jusqu’à Bône se passe sans embûche. A Bône, cependant, il faut prendre le car pour rejoindre Mondovi. Un fois de plus, Zézé nous sauve la mise. Prenant le car tous les jours pour aller travailler à Duzerville, il connaît très bien le chauffeur. qui nous laisse monter gratuitement. A notre arrivée la mère de Zézé est soulagée de le voir revenir à la maison. Quant à son patron, il sera heureux de pouvoir le récupérer dès le lendemain. Il est vrai que c’était un apprenti consciencieux. Et moi, me direz-vous ? Pas le soir même mais le lendemain matin mon frère me posa la question de savoir comment cela s’était passé. Je lui dis que je n’étais pas mécontent de moi, qu’on avait fait une dictée, deux problèmes, une rédaction et que c’était assez facile. Mes paroles assez convaincantes lui permirent d’imaginer pendant un temps que j’avais trouvé une porte me permettant d’envisager une carrière dans l’armée….
Une semaine après notre retour à Mondovi, je vois un oiseau de mauvaise augure arriver à la maison : le facteur. Il remet une grande enveloppe grise à mon frère qui ne tarde pas à l’ouvrir. Le Capitaine de la base de Blida avait eu la riche idée d’envoyer la feuille qu’il nous avait fait signer après notre abandon de l’épreuve de dictée. En outre, il avait pris la précaution d’envoyer ma feuille d’épreuve de dictée telle que l’instructeur l’avait récupérée. Mon frère, devenu furieux, a fermé la salle de réunion et m’a littéralement roué de coups. Ma belle sœur a tenté de s’interposer, elle a pris une gifle. Seule ma mère a réussi à calmer François. A partir de ce jour j’ai été puni à perpétuité. Enfermé dans ma chambre, ma mère me portait à manger. Je me sentais oublié... Heureusement la petite fenêtre de ma chambre donnait dans la rue. Un jour j’entendis un coup de sifflet que je connaissais. C’était Zézé qui avait appris ce qui s’était passé et qui venait me réconforter. A partir de ce jour j’attendais sa visite qui me réconfortait et qui m’approvisionnait en cigarettes…et oui j’étais déjà plongé dans cette drogue douce...mais j'en suis sorti...rassurez-vous. On me donna un jour l’autorisation de quitter enfin ma chambre. Mon activité principale consista alors à essuyer des verres. Tous les jours j’essuyais des montagnes de verres. Quand il n'y avait plus de verres, il y avait autre chose à faire...rien de bien passionnant .. Mon frère ne pouvait plus me voir sans rien faire. J'en était arrivé à ne plus supporter cette ambiance... Quand mes 18 ans sont arrivés, j'ai pris la décision de m’engager dans l’armée. L’ annonçant à mon frère, celui-ci prit presque immédiatement la décision de me conduire dans un centre de recrutement avec la ferme intention de me faire enrôler dans la Légion ou les parachutistes. J'ai échappé à un corps de têtes brulées grâce à un adjudant parachutiste, bon père de famille qui réussit à convaincre mon frère qu'une affectation dans un corps "normal" était plus raisonnable. Après trois ans d'armée la gendarmerie m'ouvrit les bras. Pendant ce temps, Zézé continua son apprentissage dans la mécanique pour obtenir, plus tard, un poste de responsable au sein d'un garage à l'enseigne prestigieuse. |
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