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Je suis à peu près sûr que vous n’avez pas échappé au regard du badaud si vous êtes allés à Sarlat et que vous avez traversé la Place de la République. Il est assis nonchalamment sur un muret surplombant la grande place. J’ai gravi les escaliers pour m’arrêter à ses côtés et vérifier que de son poste d’observation rien ne lui échappe. Au moment où j’allais le quitter il m’interpella :
LUI - D’où viens-tu passant ? MOI - Oh, je ne suis que de passage dans ta région. Je viens de traverser la place de la République. Je t’ai aperçu. J’ai voulu te voir de plus près. LUI – Je te remercie d’être monté jusqu’ici. Beaucoup ne font que me regarder en passant. MOI - Ils ont tord parce que c’est en m’approchant que j’ai pu constater que tu n’étais pas de pierre comme je le croyais.. LUI - En effet j’ai la peau couleur bronze la matière dans laquelle j’ai été fabriqué. MOI - Et tu n’en as pas assez de rester assis immobile ? LUI - Oh non ! Je suis ici depuis l’an 2002. Depuis mon installation, mon seul souci est de voir passer les gens et cela me fait passer le temps. J’ai tous les jours une petite pensée pour mon créateur, Gérard AULIAC, un enfant de la région avec lequel j’ai passé du bon temps lors de ma naissance. C’est grâce à lui que je me retrouve dans une ville d’art et d’histoire qui abrite de très nombreux monuments historiques classés. MOI - C’est vrai. Tu es entouré de bâtisses qui ont participé à l’histoire de la ville. LUI - Tu ne crois pas si bien dire. C’est une merveilleuse idée que d’avoir entrepris la restauration de ce patrimoine. Les gens pensent que je suis un peu niais vois-tu. Ils croient que je regarde l’agitation, à mes pieds, de façon passive. Il n’en est rien. Tout ce que je vois me donne à méditer. Autrefois les gens s’affairaient sur la place parce que cela faisait partie de leurs occupations, de leurs activités quotidiennes. Aujourd’hui tous ces gens que tu vois sont là pour se distraire, satisfaire leur curiosité, enrichir leur savoir mais pas pour travailler comme le faisaient ceux qui ont créé et occupé ces bâtisses au Moyen-Âge et plus tard. MOI - Ils badent en quelque sorte…comme toi... LUI - Oui, c’est vrai que le plus souvent je « suis bouche bée ». C’est d’ailleurs de là que vient le mot « badaud » en langue provençale. Je me demande pourquoi je t’ai interpellé. Je te remercie de t’intéresser à moi. MOI - Non, ne me remercie pas. Je suis simplement curieux et je veux te raconter dans notre petit journal qui s’appelle « Le Cami ». Si tu le pouvais je t’aurais bien demandé de me suivre pour me raconter des petites histoires sur ta ville. LUI - Ah non ! La seule chose que je connaisse vraiment c’est la place de la République. MOI - Ecoute ça tombe bien… Peux-tu me dire ce qu’était la bâtisse à laquelle tu donnes le dos ? LUI - Ah…derrière ces façades vivait la famille de Gisson. Elle a compté des personnages illustres, notaire, consul de la ville, capitaine de dragons. En entrant dans ce manoir tu pénètres dans l’univers de la bourgeoisie Salardaise. MOI - Sarlat était donc une ville prestigieuse et riche. LUI - Elle l’a été jusqu’à la Guerre de Cent ans contre les anglais. La ville est sortie ruinée du conflit. Elle a même été cédée aux anglais en 1360 mais a tenu à rester fidèle au roi de France qui lui a accordé de nouveaux crédits et l’exemption de certaines taxes. La cité a alors retrouvé son activité. Face au Manoir existait l’église Sainte Marie qui est devenue le marché couvert de la ville après avoir été salle d’entrepôt, de théâtre, de tri postal. MOI - Mais de l’autre côté de la place, là-bas, il y a une autre église. LUI - En effet, c’était l’église d’une abbaye qui a été cathédrale lorsque Sarlat est devenue un évêché. Elle a été restaurée au XVI et XVIIème siècle. C’est la cathédrale du Saint Sacerdoce . MOI - Sous ces parasols, là, à gauche, ce sont des gens à une terrasse. La belle maison c’est donc un bistrot ? LUI - Non, pas du tout. Il s’agit de l’Hôtel de ville. La bâtisse a été construite en 1623, 1625 à l’emplacement d’une maison consulaire qui avait été bâtie au XIIIème siècle. Elle a subi plusieurs modifications au cours des siècles. Elle est devenue Hôtel de ville en 1900. MOI - C’est incroyable le monde qu’il y a sur cette place. LUI - Et oui, des badauds comme moi mais qui peuvent bouger, eux. Des gens qui aiment bien manger parce que la ville de Sarlat est aussi célèbre pour sa gastronomie. MOI - Ah oui, ça je le sais. Nous venons de déguster un excellent foie gras et un confit de canard succulent. LUI - Quelle chance ! Il m’arrive parfois en sentant les relents de la cuisine du coin, d’avoir envie de sauter de mon piédestal pour aller m’asseoir à une terrasse. MOI - Je comprends qu’il te soit difficile de résister… J’ai vu, non loin d’ici trois magnifiques oies de bronze. Qu’est ce que cela signifie ? LUI - Il y a environ un siècle c’était à cet endroit qu’était organisé le marché aux volailles. C’est d’ailleurs pour cela que le lieu se nomme « Place du marché aux oies »… MOI - Badaud, tu es dans une bien belle ville. Merci de m’avoir appris toutes ces choses sur Sarlat. Crois bien que je ne manquerai pas de raconter tout ça dans mon petit journal. Je te promets qu’un jour je repasserai te voir. En échange, promets-moi de rester « bouche bée » jusqu’à mon retour. LUI - C’est promis. Quand tu reviendras, je te raconterai l’histoire de l’homme qui reste immobile, des heures au coin de la place. Il fait croire qu’il est descendant de Cro-Magnon. Les passants lui jettent des pièces. Il les ramasse à la fin de la journée et je ne le revois plus jusqu’au lendemain… |
Le Badaud assis sur son mur.
Place de la liberté
Manoir de GISSON
Cathédrale du Saint Sacerdoce
Hôtel de Ville
Place du marché aux oies |
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