Dans de nombreuses petites villes françaises la population a souffert de la disparition d'une activité  qui la

             faisait vivre. C'est le cas de la potasse en Alsace.

DE LA DECOUVERTE AU DECLIN DE LA POTASSE 

 Dossier transmis par Marinette, habitante de WITTELSHEIM

 

                   LA DECOUVERTE 

 

                 C'est en 1904, que Joseph Vogt, Amélie Zürcher et Jean- Baptiste Grisey, qui recherchent du pétrole, entreprennent des forages sur la commune de Wittelsheim.

La légende veut que, déçus de n'avoir remonté que des carottes sans valeur, ils s'étonnent quelques jours plus tard, de les voir suinter : c'est de la potasse ; on en exploite déjà de l'autre côté de la frontière, en Allemagne.

L'histoire des Mines de Potasse commence en 1904 ; on estime alors qu'elle durera au moins deux siècles mais c'est en 2004 qu'elle se termine, l'exploitation étant devenue trop onéreuse.

 

La main d'œuvre

A l'origine de l'exploitation de la potasse, la main d'oeuvre potentielle locale- essentiellement des paysans inoccupés pendant une saison froide encore assez longue-ne se presse pas pour répondre aux offres d'emploi.

Ne dit-on pas qu'il faut être «  grand, fort et bête »  pour travailler à la mine.

On fait alors appel à la main d'œuvre étrangère, italienne mais surtout polonaise; les Italiens seront plus nombreux en Lorraine et dans le nord.

 

Les cités

Le mineur est logé à vie dans des cités coquettes, pas de corons ni de pays noir ici.

Les maisons, avec jardin et grange, diffèrent d'une cité à l'autre et offrent un confort plus grand aux « employés »(plus qualifiés) et aux ingénieurs qui bénéficient de véritables maisons de maître à deux, voire trois niveaux .

Cet avantage non négligeable va pousser bon nombre d'Alsaciens à revoir leur jugement d'autant que la réussite de l'exploitation va permettre à J.Vogt, J.B.Grisey et A.Zürcher une gestion patriarcale où tout est prévu pour le bien- être ou... le bonheur des travailleurs que l'on désigne généralement par «  mineurs » alors que les qualifications sont très diverses « au jour » comme «  au fond  »: électriciens, ajusteurs, soudeurs, chauffeurs de bus ou d'engins etc, etc..) .Le « Statut du mineur » est plus intéressant financièrement. 

 

WITTELSHEIM - Le monde de la potasse 

 

Progressivement les cités se multiplient et s'étendent : Wittelsheim, centre du Bassin Potassique en compte sept dont les rues portent des noms par thème:

- inventeurs pour Graffenwald,

- célébrités polonaises pour Grasegert,

- fleurs pour Amélie I,

- villes d'Alsace pour Amélie II,

- oiseaux pour Langenzug,

- maréchaux d'Empire pour la cité de la gare

et personnages de contes pour Rossalmend: rue des fées, rue du Prince charmant!!....

          

                           LA VIE DANS LES CITES

        

Les « mines »y font construire des bains, des stades, des salles de gymnastique,des églises, des coopératives qui livrent à domicile, d'immenses écoles où les polonais apprennent aussi leur langue natale enseignée par des prêtres polonais que l'on a fait venir dans le but d'intégrer une population que l'on décrit comme ignare et fruste.

(J'ai du mal à croire aujourd'hui encore les anecdotes que m'ont rapportées certains vieux mineurs alsaciens en 1993 alors que je préparais un tournage avec FR 3 Ile-de-France: on ôte son chapeau et on tape sur l'ampoule pour éteindre la lumière; on fait un trou dans le mur, on y enfonce un robinet pensant que l'eau va en couler sans plus de travaux!)

Les maisons sont peintes de trois couleurs différentes pour le soubassement, les murs et les fenêtres afin que le mineur(ou son vélo !) reconnaisse sa maison quand il a trop bu!

 

Des camionnettes – boucher, boulanger, épicier....font des tournées dans les différentes cités.Il suffit parfois de laisser un panier à la clôture du jardin avec sa liste de courses...avant d'enfourcher son vélo- il y en a eu beaucoup et aujourd'hui encore quelques mémés ont le mollet efficace!-pour se rendre au centre de santé des ...mines, chez le docteur ou le dentiste...des mines, avec sa carte de mutuelle...des mines,etc...etc...

 

Un Collège Technique des Mines et une Ecole Ménagère accueillent les élèves à l'issu du primaire.En 1962 encore peu d'adolescents allaient au lycée: dans la « culture » locale on rentabilisait ses enfants en les envoyant en apprentissage le plus tôt possible avec pour objectif, bien sûr, un emploi à la mine où les salaires et diverses primes étaient plus motivants que ceux des très nombreuses autres entreprises de la région en particulier dans le textile (DMC) et la mécanique(S.A.C.M.).

 

Les loisirs ne sont pas oubliés avec un grand nombre d'associations:sport, gymnastique,chorales,musique, pêche,... mais aussi colonies de vacances, camping ou caravanes mises à disposition dans plusieurs sites en France....

 

Les mères de famille peuvent suivre des cours de tricot, de cuisine....une autre façon d'apprendre le français!

A l'origine des mines ont prévoit même des séances d'héliothérapie dans les écoles ! 

Avec l'extension du bassin potassique autour de Wittelsheim, on ajoutera le transport en bus gratuit pour les employés des mines comme pour les collégiens et lycéens. 

Voilà quelques raisons de dire à un fils: « Tu iras travailler à la mine! »et à une fille : » Tu épouseras un mineur! »

 

         LE TRAVAIL AU FOND

   

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                                                    Années 30 

Au début de l'exploitation de la potasse, on travaille au pic, à la barre à mine, à la dynamite. L'étayage est en bois, du sapin car il craque avant de casser alors que le chêne plus dur casse sans prévenir.

Les wagonnets sont tirés par des chevaux dont on dit, à tort, qu'ils devenaient aveugles. Le chlorure de sodium contenu dans le minerai leur rongeait les sabots!

 

Une jument baptisée Berthe est devenue une célébrité à la mine Amélie: à chaque fois qu'on ajoutait un wagonnet à son train, d'un coup de croupe elle en testait la charge .Quand le compte y était, 7 wagonnets, elle prenait le départ !

 

On surveille le grisou avec la lampe sur laquelle le mineur a toujours l'œil!

On travaille bien sûr à la lumière des lampes de casque produite par une batterie portée à la ceinture.

Le mineur ne porte qu'un short ou un slip car il fait chaud à une profondeur allant de 600 à 900 mètres.                                                                 

 

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                                     Des machines impressionnantes par leur taille et leur efficacité seront progressivement utilisées et la lampe de mineur sera remplacée par des grisoumètres automatiques qui plongent les mineurs dans l'obscurité le temps nécessaire à la disparition des poches de grisou et au renouvellement de l'air par de très puissants ventilateurs .

Ce que les mineurs redoutent c'est le «coup de mur », l'explosion par le sol.

 

 

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L'exploitation se fera par chambres dans lesquelles on conserve des piliers de roches.

Lorsque la chantier est terminé on procède au foudroyage qui fait s'effondrer le «toit »,le plafond , ce qui entraîne à la longue en surface des affaissements de terrain causant des dégâts aux constructions!

Ainsi l'église de Wittelsheim a-t-elle été redressée par des vérins glissés sous ses fondations, ce qui a demandé de nombreuses années de travail.

 

Seuls les ateliers au bas du puits et les chantiers de taille sont éclairés: les trains, les camions circulent dans de larges galeries obscures au fond desquelles apparaît parfois la lueur d'une lampe d'un mineur qui se déplace ou celles d'un groupe qui attend le ramassage en camion vers la sortie.

 

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                      LES TECHNIQUES D'EXPLOITATION MODERNES

 

Les techniques d'exploitation les plus modernes utilisent des  soutènements rampants  pour tenir la voûte. Ce sont des vérins déplacés au fur et à mesure que le chantier avance sous l'action de la haveuse intégrale constituée de tambours à dents qui creusent la roche sur une profondeur de 1 mètre.

Un tapis roulant ,  la raclette, entraîne le minerai vers le puits d'extraction où il sera remonté par le skip à la vitesse de 18 m/s.

A l'avancée des vérins, la voûte derrière eux s'effondre. 

Plus de dynamite, ni pour l'exploitation ni pour le foudroyage: pour ceux d'en-haut qui percevaient les explosions au début du poste de nuit, la mine est devenue muette!

 

 

                   LES PRODUITS CHIMIQUES

 

 

Au jour, la sylvinite ou potasse est traitée par différents procédés pour en extraire des produits chimiques qui servent , entre autres, à la fabrication d'engrais. 

Le chlorure de sodium :à l'ère secondaire( - 230 M d'années ) la mer envahit le fossé formé par l'affaissement du centre du massif montagneux qui forme aujourd'hui les Vosges et la Forêt Noire.

A l'ère tertiaire(-70 M d'années) la lagune qui subsiste s'évapore sous un climat aride: il y a dépôt de roches salines.

Le chlorure de sodium est stocké comme sel de déneigement pour toutes les routes de France.

 

Les schistes, inutilisables, constituent les terrils de couleur grise que l'on arrose en permanence depuis la fermeture des mines, pour dissoudre le sel qu'ils contiennent (rejeté dans le Rhin) mais surtout pour les faire disparaître du paysage et éventuellement les végétaliser.

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                                                                Salle des pendus

A la fin du poste de huit heures, les mineurs revêtent leur bleu de travail pour se protéger des déplacements d'air frais dans les galeries .Un camion, un scout les ramène vers la sortie où la cage les remonte sur le carreau à la vitesse de 11m/seconde.

Ils déposent casque et jeton de présence, récupèrent leurs vêtements dans la salle des pendus, se douchent et regagnent leur domicile à vélo, en auto ou en bus.

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LE DECLIN                                                  

       La mécanisation a entraîné la diminution de postes de mineurs, la haveuse intégrale fait le travail de dix-huit hommes, et la potasse achetée au Canada est moins onéreuse que celle d' Alsace.

Des emplois sont maintenus le plus longtemps possible pour éviter à beaucoup le chômage qui commence à sévir dans les autres industries aussi et en particulier dans l'automobile et surtout le textile quasiment disparu aujourd'hui.

 

Que faire quand on n'a pas de qualifications autres que celles de la mine?

Certains, rares, ont opté pour une aide à la reconversion; d'autres, les plus nombreux , pour une mise à la retraite sans autorisation de retravailler compensée par une prime non imposable de 700 000 francs!

La retraite à 45-47 ans, c'est le cas de beaucoup. Cela a eu une conséquence imprévue: de nombreux divorces, les jeunes retraités ayant du temps libre pour courir le guilledoux et les dames considérant que la moitié de la prime leur revenait!

 

 

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En surface, il ne doit subsister aucune trace des activités des Mines Domaniales des

Potasses d'Alsace.

Les bâtiments d'exploitation, dont l'immense usine de phosphates de Wittelsheim ,sont abattus.

Les terrils sont soumis à des jets d'eau puissants qui les érodent nuit et jour. Les eaux chargées des schistes et des restes de chlorure de sodium constituants d'un terril, sont déversées dans le Rhin .

Une fois végétalisés, ils ressembleront à des buttes verdoyantes.

Des chevalements, un seul est conservé, malheureusement pas celui d'Amélie 1 à Wittelsheim qui était le plus équilibré et à l'origine de l'histoire des Mines de potasse d'Alsace.

 

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       Au dernier plan, les Vosges et , à la base du chevalement, le Grand Ballon , 1424 mètres.    

     Moment d'émotion le 31 mars 2008 lorsque le plus connu, celui de la mine

       Amélie 1 de Wittelsheim, premier puits creusé au début du siècle dernier,

       s'effondre sur un tas de sable en 4 secondes.                               

 

                        

                           MALHEUREUSE   RECONVERSION

 

 

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PIC et LAMPE de mineur à l'entrée de la mine Joseph Else, cité de Graffenwald, à Wittelsheim.

 

Malheureuse reconversion de cette mine : on y a créé STOCAMINE: des déchets venus de tout l'hexagone y ont été stockés au-dessus de la nappe phréatique (700 m) avec assurance de non pollution jusqu'au jour où un incendie s'est déclaré au fond dans des sacs qui contenaient.....qui contenaient QUOI?

Nul ne sait .L'incendie éteint tout est resté en l'état: il serait peut-être plus dangereux d'extraire les déchets que de les laisser enfouis dans ce puits.

 

 

 

                                            

          

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