Premières bises ariégeoises.

 

La haute Ariège, l’hiver, c’est souvent la pluie, parfois la neige, régulièrement le froid vif qui vous fait supporter le bonnet et les chaussettes de laine. Ici les années ont passé et les traditions sont restées bien ancrées au sein de la famille. Pas question qu’on envisage un autre moyen de se chauffer quand la propriété offre le combustible le plus économique que l’on puisse espérer : le bois.

 

Chaque année la réserve de bois s’impose avant l’hiver. D’un bout à l’autre de la mauvaise saison la cheminée est le centre d’intérêt du foyer. C’est donc tout naturellement les pieds tournés vers l’âtre que toute la famille se retrouve. 

La haut, dans les chambres, les draps des lits qui nous attendent sont gelés. Il va falloir les chauffer avant d'entamer la nuit.

 

Pour cela le moine est notre ustensile salvateur.

Pourquoi l’appelle t-on «  moine », je ne sais pas trop.

 Un récipient rempli de braises incandescentes pendu au cœur d’une armature en bois est glissé entre les draps. Il n’y a qu’un moine pour une demi douzaine de lits. Cela entraine donc tout un cérémonial qui suppose une organisation stricte. Il faut prendre rang en fonction de sa plus moins grande envie d’aller au lit où, pour les adultes, l’envie de prolonger la soirée devant un riquiqui. Le riquiqui c’est l’eau de vie, résultat de la macération et de la distillation des fruits de la ferme par le bouilleur de cru installé pendant un temps, à l’automne à l’entrée du village.

L’introduction dans le lit est d’autan plus appréciée que le déshabillage rapide se fait dans une atmosphère plutôt fraîche. Le peu de chauffage consenti dans la chambre rend, l’entrée dans le lit, délicieuse.

Ensuite, pas question de bouger pendant un temps. Cela dure jusqu’au moment où la chaleur des draps vous monte à la tête. Vous esquissez alors une rotation lente des bras vers l’extérieur pour leur faire prendre l’air. Mais, très vite un courant d’air qui semble glacial, vous incite à retrouver la position initiale. Sans doute ce sacré courant d’air qui passe sous la porte…

Vous vous endormez alors, avec en tête, l’idée que vous êtes bien au chaud et qu’il y fait certainement meilleur que sur le plagnol (près plat qui jouxte la maison).

Cette vie rude, presque aussi rude que celle que l’on relate dans les livres du siècle dernier, nous convient parce qu’elle relève du folklore.

Aurions-nous pu vivre ainsi à longueur de temps ? J’en doute. C’est pourtant ce qu’on fait les ancêtres dans ce dur pays qu’était la Haute Ariège.

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