Nous sommes à Cargèse, sur la façade littorale occidentale de la Corse, à près de 35 km « à vol d'oiseau » au nord d'Ajaccio.

CARGESES : Une migration qui finit bien.

CARGESES : Une migration qui finit bien.

Au cœur de la ville, deux églises se font face à peu de distance.

A bien regarder on peut rapidement remarquer qu'elles n'appartiennent pas, à la même communauté.

CARGESES : Une migration qui finit bien.

A droite l'église latine  Elle a été construite entre 1825 et 1828. A gauche l'église grecque orthodoxe.

L’église Saint-Spiridon, classée Monument historique, est une église catholique grecque dédiée à l’évêque chypriote du même nom, connu pour être le patron des marins.

 

CARGESES : Une migration qui finit bien.

CARGESES : Une migration qui finit bien.

Comment  expliquer la présence de ces deux églises ?
  • Pour fuir le joug Ottoman c’est-à-dire la domination  de la puissance turque sur la Grèce, 800 grecs décident de s'expatrier.

CARGESE : Une migration qui finit bien.

En marron sur cette carte l'Empire Ottoman qui faisait la puissance turque.

EMPIRE OTTOMAN

Aux XVe et XVIe siècles, à son apogée, sous le règne de Soliman Ier le Magnifique, l'Empire ottoman était un empire multinational et multilingue contrôlant une grande partie de l'Europe du Sud-Est, des parties de l'Europe centrale, de l'Asie occidentale, du Caucase, de l'Afrique du Nord, sauf le royaume du Maroc et le Sahara.

Au début du XVIIe siècle, l'Empire comprenait trente-deux provinces et de nombreux États vassaux. Certains d'entre eux ont ensuite été absorbés par l'Empire ottoman, tandis que d'autres bénéficièrent de divers types d'autonomie au cours des siècles.

  • Nous sommes en 1675 et à  cette époque  le gouvernement de Gênes a la main mise sur la Corse

    CARGESE : Une migration qui finit bien.

 

 Après des années de pourparlers, un contrat de concession de terres est signé entre l’évêque de la cité grecque de Vitylo et Gênes.

  • Il est convenu que des terres soient concédées aux émigrants avec, en contrepartie l’obligation de reconnaître  la suprématie du pape.

 

CARGESE : Une migration qui finit bien.

  • Le 25 septembre 1675, les migrants embarquent sur le vaisseau « Le Sauveur ».

Selon le contrat de transport pour Gênes que les Grecs ont conclu à Porto Vitylo avec le capitaine du navire, le voyage devait durer dix jours. Il en met en fait 97 pour arriver à bon port. Le bateau fait voile vers Gênes ou Livourne, selon que le vent le dirigera vers l’une ou l’autre desdites villes. Au cours de ce long et pénible voyage, 120 Grecs périssent pour des causes diverses : mauvaises conditions de vie et d'hygiène à bord du bateau, tempêtes et chutes à la mer, attaques des pirates barbaresques. Il y aura aussi quelques naissances à bord.

Les Grecs arrivèrent à Gênes dans les premiers jours de janvier 1676. Une autre émigration, composée de 400 personnes, partira quelques jours après, pour rejoindre la première, mais elle est prise par la flotte turque et massacrée impitoyablement.          WIKIPEDIA

  •  On impose aux survivants l’italianisation de leurs noms.
  •  Le 14 mars 1676, ils débarquent dans la baie dite des Moines (Porto Monachi).

 

  • En  1678, ils sont installés dans  5 hameaux. Une église est construite. Pendant 50 ans les récoltes florissantes
  • permettent aux migrants de bien vivre.

CARGESE : Une migration qui finit bien.

En 1729, survient la révolte des Corses revendiquant l’indépendance contre les Génois.

Les grecs prennent alors  parti pour les Génois, refusant de combattre contre ceux qui leur avaient permis de se libérer du joug Ottoman. 

CARGESE : Une migration qui finit bien.

  • Les terres des migrants sont pillées et saccagées par les corses indépendantistes.. La totalité de la colonie  attaquée  doit rejoindre Ajaccio en 1731 pour s’y réfugier.,
  • En 1768, la Corse est cédée par Gênes à la France.
  • Les Grecs s'incorporent alors au Régiment français du Comte de Marbeuf (chargé du gouvernement de la Corse par Louis XV) .

Louis Charles René, comte de Marbeuf, né le 4 novembre 1712 à Rennes et mort le 20 septembre 1786 à Bastia, est un lieutenant-général breton, que le roi Louis XV a fait marquis de Cargèse lors de son gouvernement de la Corse.

  • Les combats terminés, les migrants grecs  obtiennent, en compensation de la perte de leurs terres, le territoire de Cargèse.
  • Cent vingt maisons du même type leur sont attribuées par le génie militaire français. Le Comte de Marbeuf a droit à un château et devient Marquis de Cargèse.
  • En 1793, avec la Révolution, les habitants du village de Vico, se soulevant, rasent le château, les grecs repartent se réfugier à Ajaccio.
  • Quelque quatre ans plus tard, le contexte politique permet  aux grecs de s’installer dans la baie de Cargèse.
  • Avec le temps, une entente cordiale s'installe entre les Corses et les Grecs. La célébration de nombreux mariages entre les deux communautés favorise la renaissance des traditions de part et d’autre.CARGESE : Une migration qui finit bien.
  • Cette entente permet la construction d'une église dite latine en 1828 et, un peu plus tard en 1872 d'une église dite grecque. Les deux églises se font face pour le plus grand plaisir des touristes surpris de cette particularité.
  • L'intelligence et la tolérance sont les conditions sine qua non pour surmonter les obstacles ou les évènements douloureux et favoriser le rapprochement de deux communautés en allant parfois, jusqu'à une intégration ...

 

 

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