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- Yvonne : Je me rappelle être allée au lin une seule fois. Les ancêtres cultivaient le lin pour faire les vêtements. On faisait les réserves de fils. C’est avec le lin en réserve qu’on a fait mon trousseau de mariage.
- On produisait aussi notre blé pour le pain de l’année. On faisait du pain blanc pour la soupe . Autrement, le pain que l’on mangeait le plus souvent était fait avec du blé « noir ».
- Marcel : En tous cas il y a eu un grand changement depuis cette époque. Pour l’eau en particulier …Pendant 3 générations c’était la discorde. Il fallait se partager l’eau qui arrivait par les rigoles. Elle était captée au ruisseau un peu plus haut que la ferme. L’eau servait à irriguer les prés. Avec le voisin on s’étaient arrangés. Chacun y avait droit pendant 3 jours dans la semaine et il fallait respecter le calendrier. Sinon ça bardait. On entretenait les rigoles à tour de rôle. Elles devaient avoir 50 centimètres de large. Il fallait absolument qu’elles conservent cette largeur. Je me rappelle que du temps où j’étais enfant, il n’était pas question de s’amuser dans la rigole et il ne fallait surtout pas arrêter l’eau. Tu pouvais t’en servir sans bloquer le courant et laisser couler ce que tu n’utilisais pas.
- Le problème c’était l’été. Quand il faisait chaud, la terre absorbait l’eau. Au bout de quelques mètres il n’y avait plus d’eau dans la rigole.
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Ariège, au début du siècle dernier, deux vallées produisaient énormément de lin et de chanvre: celles de Saint-Girons et de Massat,
Destinés au linge de maison ou aux chemises, les tissus de lin sont omniprésents dans les sociétés rurales occidentales. Et quel travail pour fabriquer ces toiles!

Photo saisie à Massat au siècle dernier.
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Le Broyage du lin à l'aide des "Bargos" (broies).
Ce sont des lames de hêtre non tranchantes: deux sont mobiles et trois fixées sur un chevalet. Elles viennent s'encastrer les unes dans les autres horizontalement, de façon à écraser les bottes de tiges posées en travers.
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La fête au village.
- Marcel : A chaque fête il y avait des bals. Mon père adorait danser. A la dernière fête de Massat avant qu’il ne nous quitte, il était bien bien malade. Il entendait la musique depuis sa chambre. Il a voulu qu’on l’installe sur le balcon pour mieux en profiter. Il aimait danser. Ma mère moins. Je les ai vus une seule fois danser ensemble. Je ne sais plus si c’était une polka ou une mazurka. Moi je me suis facilement passé de la danse. Je trouvais ça un peu ridicule.
- Yvonne : Moi, on avait voulu m’apprendre à danser la bourrée. Jean Pons, un bon danseur
- avait essayé mais je n’ai pas su bien la faire.
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- Marcel : C’était difficile.
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- Yvonne : C’est comme la massadelle. Je la danse maintenant mais c’est pas la vraie.
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- Marcel :Il y avait du monde à la fête de Massat.
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- Yvonne : Je me rappelle d’une année où on avait bu du vin chaud en plein mois d’août tellement il faisait froid.
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- Marcel : Il avait neigé au Pic des Trois Seigneurs. Le lendemain, les gens qui étaient venus pour la fête ont bouclé les valises et ont fichu le camp.
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- Yvonne : Du temps des vieux, la fête c’était en septembre. Ils la faisaient quand les vendanges étaient terminées.
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La première tenue d’Yvonne.
- Marcel : Je me rappelle toujours de la première tenue que tu avais quand je t’ai connue. Je ne croyais pas que tu deviennes ma femme à cette époque. Tu avais une robe bleu-marine et une pèlerine. Je me rappelle aussi de la robe grenat.Tu m’en a refusé des baisers avant le premier. A chaque fois tu me disais « cette fois je n’accepte pas …ce sera la prochaine ». Et à chaque fois tu remettais ça.
- Je m’étais dit « il faut que je trouve l’occasion de l’accoster ».
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- Marcel :On s’est mariés en 1938 et puis sept mois après c’était la guerre. Tu étais enceinte de Jeannot lorsque je suis parti au front. C’était le premier jour de la mobilisation, le 27 août 1939. Je suis revenu trois jours pour voir Jeannot et je suis reparti.
On voyait les allemands de l’autre côté du Rhin, qui montaient des fortifications et nous on était de ce côté-ci. Je voyais passer Gasparou (maire de Massat, officier de l’armée française à cette époque) qui allait voir sa compagnie. On attendait les allemands avec nos canons de 70 de la guerre de quatorze. En tant que pointeur d’un canon, j’avais un révolver qui pesait plus que moi et seulement trois balles.
On était à la garde d’un pont. On relevait une compagnie qui avait creusé des tranchées. Il y avait des blockhaus en béton en pagaille.
Je suis revenu à Massat en février. Je suis passé devant une commission de réforme parce que j’avais une grosse otite. Je me rappelle avoir rencontré le major de la commission qui m’a dit « Vous êtes veinard, pour vous la guerre est finie. Pour nous elle n’a pas encore commencé ». C’est vrai que beaucoup ne sont pas revenus du front.
- Yvonne : Maury par exemple a été tué.
- Marcel : Non ! il n’a pas été tué. Il a voulu s’évader en traversant le Rhin et s’est noyé. D’autres ont échappé à la mort, comme Chirouse en se cachant dans des fûts d’ordures. Les fûts ont été jetés à la décharge et ils ont pu se sauver. Coutenseau s’est sauvé d’Allemangne en civil pour se faire reprendre en France et renvoyé en Allemagne…..
- … j’en ai raconté ce soir…hein !
- Yvonne : Tu parles plus que lorsque tu avais vingt ans.
- Marcel : Oui ! Si on pouvait faire marche arrière je parlerais un peu plus.
- Yvonne : en patois « oui ! il serait temps que l’on fasse marche arrière….
- Marcel : Ah oui…nous sommes « taouris » (fichus en patois).
- Yvonne : Oh mon Dieu que j’ai mal à l’épaule.
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- Marcel : Tu as une crampe ?
- Yvonne : Non j’ai mal à l’épaule… c’est la jeunesse…
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- Marcel : Je me rappelle du curé Pastel. Lui avait fait le service au Maroc. Quand il est rentré, il a recommandé un gars qui est parti au Maroc. A moi il m’avait dit « si tu vas au Maroc je te recommanderai. En fait j’ai été affecté à Narbonne. Il m’a recommandé au lieutenant-major qui était de Saurat. Ils avaient fait les études ensemble au séminaire. Celui de Saurat s’est engagé dans la marine. C’est Pastel qui me l’a raconté. Un dimanche, avec son neveu il nous a payé le repas à l’hôtel. Il nous a raconté qu’il avait eu une femme qu’il avait mise enceinte. Il ne faut pas me parler de ces curés… Celui qu’on a préféré c’est Bonance. Il était immense. Il me faisait peur quand j’étais petit. Pastel c’était le brave homme.
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- Yvonne : A Biert, le curé était à cheval sur le règlement. Un jour il me dit « A l’école à côté de qui tu es ? » Je lui ai dit « A côté de deux garçons ». Il m’a répondu « Quel malheur !!
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- Marcel : Pastel il avait sa sœur comme bonne. Il parait qu’elle avait trouvé un bon parti et qu’elle voulait se marier. Il l’avait empêché de le faire pour la garder comme bonne. Lui c’était un grand croyant.
- Bonnance c’était une « crème «. Il aimait les femmes. Il y avait Céleste. Elle habitait en face du cimetière. C’était sa poule. Il y avait aussi la mère de Gigi. Ils allaient aux champignons ensemble. Il y avait aussi la modiste. Elle était en concurrence avec les sœurs P…… Il y avait des jalousies.
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Je veux vous raconter une anecdote. Mon grand-père était entrepreneur . Il avait parfois à traiter des affaires avec des gens qui avaient des sous. Il lui arrivait de payer un repas à ses clients et même parfois une soirée au cabaret où il y avait des femmes.
- Qui il rencontre un soir ? Le curé Bonance, pas en soutane mais en costume, bien mis…En passant à côté de mon grand-père, il le reconnait et lui dit :
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« Marcellin, tu n’as rien vu…tu ne dis rien «
- Mon grand-père et Bonance se connaissaient bien parce qu’ils avaient eu à s’entretenir à propos de la Chapelle St Martin qui se trouve à la sortie de Massat en allant vers l’étang de l’Ers. C’est lui qui l’avait construite.
- Le curé Ferrant c’était vraiment un saint homme. Il venait souvent à la maison. Yvette lui faisait baptiser ses poupées. Il était à Auzat avant de venir à Massat. Il avait fait rentrer beaucoup de monde à l’usine d’aluminium.
- « Marcellin, tu n’as rien vu…tu ne dis rien «
- Je veux vous raconter une anecdote. Mon grand-père était entrepreneur . Il avait parfois à traiter des affaires avec des gens qui avaient des sous. Il lui arrivait de payer un repas à ses clients et même parfois une soirée au cabaret où il y avait des femmes.
- Yvonne : Tu as une sacrée mémoire. Moi j’oublie tout.
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- Marcel : Pour ces choses-là, oui, mais pas trop pour ce que j’ai appris à l’école. J’aurais mieux fait de retenir le reste.
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- Yvonne : Moi il y a une chose qui m’est rentrée dans la tête à jamais : c’est la campagne de Russie (Yvonne récite alors sa leçon d’histoire apprise par cœur quand elle était à l’école. )
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- Marcel : L’autre jour chez le docteur , Madame Auriac attendait son tour comme moi. Je me suis souvenu de l’époque où il y avait bal à Massat. Cela se passait dans la salle de la mairie. Maman m’avait demandé d’accompagner ma sœur qui aimait danser. Il y avait quatre ou cinq filles dont Mme Auriac. C’étaient des poupées. Elles avaient 18 ou 19 ans……Et bien elle s’est maintenue. Elle n’est pas jeune, bien entendu…mais c’est encore une belle femme.« La vie est bête. Certaines personnes vieillissent et d’autres s’en vont jeunes »
- Sur 42 communions que nous étions je suis le dernier encore en vie. Je suis le dernier de ma génération à Massat.
- On a parlé de première communion. Je ne sais pas comment c’est venu…On est venu à parler de ceux qui sont morts. Je lui ai dit
- Yvonne : Tu es une vieille figure de Massat.
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- Marcel : J’ai regardé la messe de Noël à la télé. Il y avait beaucoup de monde, des curés et de sœurs. Les sœurs qu’ils nous montrent sont toutes vieilles. Les jeunes, ils les laissent à la maison.
- Yvonne : Les sœurs, bientôt elles n’existeront plus, et il n’y aura plus de messe. Quand j’étais petite j’allais à la messe tous les dimanches. . Pour communier il ne fallait pas manger trois heures avant. Comme le curé savait que je venais de loin, il me donnait toujours quelque chose à manger après la messe…du pain ou autre chose. Je déjeunais à Biert dans une espèce de gargote. L’hiver avec la neige on ne pouvait pas descendre. A l’époque il y avait un curé à Biert, un à Massat, un au Port…il y avait des curés partout.
- Pour la St Pierre tout le canton se réunissait à Massat. On faisait la communion ce jour-là. On faisait le tour de Massat en procession. Il y avait tellement de monde que les premiers partis finissaient la procession alors que les derniers n’avaient pas encore démarré. Ça me choque de voir ce qu’est devenu Massat.
- Marcel : Quand j’ai fait la première communion il y avait 42 garçons. Il devait y avoir 15 ou 18 filles. C’était la génération d’avant la guerre de 14 .Les jours de foire on se perdait à Massat, tellement il y avait de monde.
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- Yvonne : On faisait la fête pour la communion. Je me rappelle, on avait fait le repas chez Rap. C’était un restaurant près du boulanger.
- Marcel : Chez nous on allait pas au resto… on l’a faite à la maison. A l’époque la salle à manger était en haut. On n’avait pas encore agrandi la maison. On ne l’a agrandie qu’en 1936 quand je suis rentré du service militaire. Tu te rappelles ? Avant de nous marier on a ajouté la salle à manger. C’était prévu depuis longtemps. Mon grand-père avait laissé dépasser certains cailloux des angles pour les relier à la nouvelle construction.
- Yvonne : Ici tout le pays était croyant. Nous là-haut au Clôt on faisait le mois de Marie (voir ci-contre). On faisait un petit autel dans la chambre où dormait mon arrière-grand-mère. La chambre était petite. On faisait des bouquets de lilas. Je me demande comment elle ne s’est pas intoxiquée avec le parfum fort des fleurs. Elle dormait là. Il n’y avait que l’emplacement du lit de l’armoire et de ce petit autel qui était placé sous la fenêtre. On allait y prier tous…sauf Batistou…(Batistou était le père d’Yvonne)… bien sûr. Il y avait ma mère, ma grand-mère, mon arrière-grand-mère et moi. On lisait le chapelet. Dans l'autel, il y avait une vierge.
- Ici on respectait la tradition. Tous les soirs on allait à la chapelle de l’Aisle à l’entrée du village. J’emmenais Yvette.
- Marcel : Pendant le mois de mai à massat beaucoup de monde allait à la messe le soir après avoir mangé.
- Yvonne : Ce n’était pas une messe c’était « le chemin de croix ».
- Marcel : Je me rappelle que du temps de mon père quand l’Angélus des morts sonnait, ils arrêtaient d’arracher les pommes de terre. Mon père disait « Ah l’Angélus sonne …on s’arrête de travailler.
- Yvonne : Ton père était croyant…Une année il pleuvait…il avait plu sans arrêt. On disait une messe à la maison pour que le temps se rétablisse. Marie de Poumat (une voisine) avait un frère qui était curé. Il était venu prier avec nous.
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Le mois de Marie se faisait dans la chapelle de l'Aisle.
Yvonne : Ici on respectait la tradition. Tous les soirs on allait à la chapelle de l’Aisle à l’entrée du village. J’emmenais Yvette.
Dans l’Antiquité, mai est considéré comme défavorable au mariage et c’est pour cette raison qu’il aurait été choisi comme période pour célébrer la Sainte Vierge. Le « mois de Marie » voit le jour à Rome avant de se diffuser dans les États pontificaux, de convertir l’Italie tout entière et enfin l’ensemble de l’Église catholique.
Le « mois de Marie » atteint la France à la veille de la Révolution. La vénérable Louise de France, fille de Louis XV et prieure du carmel de Saint-Denis, fait traduire certains ouvrages jésuites et devient une zélée propagatrice de cette dévotion mariale. Cet usage prend un caractère général après son approbation officielle par Pie VII et son enrichissement d’indulgences par le Saint-Siège le 21 novembre 1815. Le clergé constitutionnel français s’oppose alors farouchement à cette dévotion et certains évêques en sont même des adversaires résolus.
Pour certains, les Jésuites n’ont fait que codifier des pratiques plus anciennes en recommandant que, la veille du 1er mai, dans chaque maison, on dresse un autel à Marie, orné de fleurs et de lumières, devant lequel, chaque jour du mois, la famille se réunirait pour prier en l’honneur de la Sainte Vierge avant de tirer au sort un billet qui indiquerait la vertu à mettre en application le lendemain.
Cette pratique est aujourd’hui tombée en désuétude.
Un chapelet

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