SOMMAIRE

L’ ECOLE EN ARIEGE

Les premières écoles municipales ont été créées en 1834. Elles sont réservées aux  garçons , considérés comme les seuls dignes d’intérêt. Les écoles sont des maisons de particuliers  qui sont louées.

Il n’y a pas de distinction d’âge. Les classes sont uniques. On peut voir les tout petits cohabiter avec les plus grands qui ont alors une douzaine d’années.

L’instituteur qui n’a aucune formation particulière s’attache surtout à l’apprentissage de la lecture avec une difficulté majeure : beaucoup d’enfants ne parlent que le patois local.

Un autre obstacle réside dans le fait que l’école n’est pas obligatoire. Elle n’est même pas gratuite.

Dès 1863 les écoles normales d’Instituteurs et d’institutrices voient le jour. Elles permettent une formation des instituteurs et imposent aux enseignants l’obtention du « Brevet de capacité » pour prétendre distribuer le savoir.

LES ECOLES NORMALES

Au début de la 3ème république les écoles normales ouvrent à FOIX..

A partir  du ministère Jules Ferry, l’école devient obligatoire et gratuite. L’apprentissage du Français est inscrit dans les programmes.

Cela perturbe les parents qui ne parlent que patois et qui ont besoin de leurs enfants au moment des travaux des champs.

L’instituteur, fonctionnaire est alors considéré comme un agent à la botte de l’état qui ne fait qu’exécuter ce qui lui est dicté en haut lieu. Quant à l’institutrice elle est tout simplement déconsidérée parce que jugées incompétente et pas assez sévère, à la différence des mères de familles.

L’absentéisme  est de règle au moment des foins ou des labours pour les garçons. Quant aux filles on ne comprend pas pourquoi l’école leur est obligatoire. L’instruction n’est pas indispensable pour faire le ménage ou garder les troupeaux ou les oies.

La fréquentation n’est régulière que pendant les mois de mauvais temps (Décembre, Janvier, Février).

 

LES CHOSES EVOLUENT

Au 19ème siècle l’école gagne un certain prestige. Les parents prennent conscience que l’instruction peut être utile. Même si eux ne parlent pas toujours le français ou le parle mal, ils trouvent normal que l’apprentissage du français soit obligatoire. Certains parents assistent même à des cours prévus pour adultes.

C’est au 20ème siècle que tous les enfants vont à l’école poussés par les parents. Cela peut s’explique r par le fait que l’exode commence dans la région et que l’on s’inquiète de savoir ce que deviendra l’enfant s’il n’y a plus de travail au pays. Avoir un « Certificat d’Etudes devient alors un gage de réussite si l’on quitte la vallée. Ce bagage intellectuel accentuant les capacités d’adaptation en vient  à favoriser  l’exode avec la bénédiction des parents qui sont restés dans la vallée, faute de pouvoir faire autre chose ailleurs.

 

DES  REDACTIONS, REFLETS DE LA VIE DE L’ECOLIER

9 novembre 1915

Dites ce que vous faites à la maison après la classe du soir.

À quatre heures tous les soirs nous sortons de la classe. Le maître nous accompagne jusque sur la route. Alors nous nous divisons en deux groupes : l'un se dirige vers Buleix, l'autre vers Le Castet. Je fais partie de ce dernier groupe.

 En route, nous causons, nous rions, nous jouons quelquefois aux billes.

 J'arrive à la maison. Je me débarrasse de mon sac d'écolier que je pends à un clou contre le mur. Puis je vais embrasser maman qui est à côté de la fenêtre, l'aiguille aux doigts.

 Ensuite elle me charge de quelques commissions, je vais au bûcher faire la provision de bois pour la veillée, chez l'épicier acheter quelquefois du sel, du poivre, du sucre, etc. Je descends à la cave chercher un litre de vin pour le souper.

« Maintenant étudie tes leçons et fais tes devoirs pendant que je prépare le souper » me dit maman.

 Je m'installe à table avec livres et cahiers et je fais mes devoirs.

 

oOo

 

26 janvier 1916

Comment se conduit un bon fils ?

 L'avez-vous toujours été ?

 Donnez des exemples.

 

Un bon fils doit être obéissant, respectueux et reconnaissant envers ses parents.

 Quand ils nous commandent d'aller faire une commission, il faut y aller tout de suite et ne pas ronchonner. Quelquefois aussi je m'amuse, maman m'appelle, je m'amuserais bien mais j'y vais.

 Si nos parents ne savent pas bien le français il ne faut pas se moquer d'eux quand ils parlent car ils ne sont pas allés à l'école comme nous.

 Quand ils seront vieux et qu'ils ne pourront pas beaucoup travailler, je travaillerai pour eux et s'ils sont malades je les soignerai.

 

oOo

 

29 janvier 1916

Dites comment se passe chez vous la veillée d'hiver.

 

Voici comment se passe chez nous la veillée d'hiver.

 Après le souper on met deux ou trois grosses bûches dans le feu. Chacun se met à sa place accoutumée au coin du feu. Maman tricote un bas. Moi je lis haut le journal pour que maman entende. Toutes les fois où je ne lis pas le journal, je fais mes devoirs ensuite j'étudie mes leçons tout en me réchauffant.

 Dans l'âtre les bûches flambent. On entend leur pétillement. L'eau s'écoule en bourdonnant aux extrémités des bûches. L'écorce éclate avec un petit bruit sec. Un grillon jette parfois un petit cri-cri. Les chats ronronnent au coin de l'âtre. Dehors on entend la bise siffler, les volets taper, et la pluie battre les vitres.

 Tout en se chauffant on éprouve du plaisir mais la tristesse monte au cœur à la pensée des soldats qui se battent engourdis par le froid, et les pieds dans l'eau. Mais quand même ils ont bon courage.

 J'aime bien les soirées d'hiver.

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