Attentats, laïcité, "séparatisme", la religion est "sur la sellette" depuis des décennies. Non, notre journal ne sera pas une tribune. Nous voulons simplement, mettre en évidence combien chaque périple en France, si court soit-il, peut donner l'occasion de vérifier l'impact qu’a pu avoir la religion sur la vie de nos contrées.
Une de nos dernières escapades n’a pas franchi les frontières de l’Aude. Inutile d'aller plus loin.. La visite des plus petites cités de notre région nous fournit des exemples d'intrusions positives ou négatives de la religion dans l'histoire de notre vie quotidienne.
Nous allons musarder dans les Corbières en marquant un temps d'arrêt sur le patrimoine susceptible d'ouvrir la voie à notre réflexion en ce domaine..
Notre point de départ est le village de Lagrasse, classé parmi les plus beaux villages de France.
Il est situe au sud-est de la cité médiévale de Carcassonne.
Le village est né, au bord de l'Orbieu, de l'implantation d’une abbaye bénédictine
|
Il fait chaud. Nous sommes assis sur le mur au bord de la route. En contre bas un immense bâtiment s'étale devant des jardins harmonieusement aménagés. C'est l'abbaye de Lagrasse. Une silhouette longe le mur d'enceinte de l'édifice religieux. Il s'agit d'un prêtre.

Il fait vraisemblablement partie de la communauté des Religieux qui gère une partie de l'abbaye. Une partie seulement...


En effet, à la Révolution, en 1789, toutes les possessions de l'église ont été déclarées biens Nationaux. Les derniers Moines ont été expulsés le 29 Août 1792, malgré l’opposition des habitants du village. L'Abbaye laissée à l'abandon a été pillée et vendue en deux lots.
Aujourd'hui (depuis 2004) le plus petit lot est propriété du Département de l'Aude. Quant à la grande partie, elle appartient à la Communauté des Chanoines Réguliers de la Mère de Dieu.
ENTRE 1792 ET 2004 L'ABBAYE EST UN HÔPITAL, UNE FERME, UNE GENDARMERIE, UN HOSPICE.
La grande partie servira d'Hôpital Militaire de 1793 à 1795 puis de Fermage et de Casernement de Gendarmes de 1822 à 1880.
En 1894 4 religieuses s’y installent. Après 2
ans de travaux, une maison de Retraite y est inaugurée en 1896..
Faute de Vocations, l'Hospice des Religieuses à Lagrasse ferme en 1976.
En 1979, la Communauté de la Théophanie rachète la Grande Partie. Elle réalise d'importants travaux d'aménagement .
L'Association est dissoute en 1991 et l'Abbaye mise en vente.
Après quelques années d'abandon, la famille Pregizer rachète les bâtiments en 1995 et entreprend, sous la direction des Monuments Historiques, d'importants travaux de Réhabilitation.
Afin de ramener l'Abbaye à sa fonction d'Origine, la famille Pregizer décide de vendre le bâtiment à une Communauté de Chanoines .
En 2004, la Communauté Catholique Traditionaliste, les Chanoines Réguliers de la Mère de Dieu, acquiert les bâtiments avec le soutien de l'évêque de Carcassonne.


Nous descendons entre l'abbaye et les remparts du village ( à droite).
Un canal y a été aménagé.
Les moines l'ont creusé pour amener l'eau aux jardins qu'ils ont installés entre la rivière et le village.
Cette terre appartient au monastère, qui la loue aux habitants. Ici des hommes, mais aussi des femmes, cultivaient leur potager ou leur verger.
Nous empruntons un sentier qui suit le canal.
Il nous mène à un petit barrage qui contrôle le débit d'eau.

![]() |
Notre livret guide indique que l'Abbaye a été construite en 779 sur l'emplacement d'un ancien monastère.
Elle reçoit dès sa construction, la protection de Charlemagne.
Son essor est prodigieux du IXe siècle au XIe siècle. Ses possessions s’étendent de l’Albigeois jusqu’à Saragosse.
![]() |
Près du grand mur d'enceinte de l'édifice, dans un angle, les croix des tombes à même le sol d'un cimetière rappellent que des hommes ont voué une partie de leur existence à la vie communautaire du lieu.
Il est temps de revenir au village. Pour cela, il faut passer l'Orbieu, rivière qui a certainement été à l'origine de la décision d'installer l'abbaye à cet endroit.
Nous empruntons le Pont Vieux qui assure la liaison avec le bourg. Autrefois il était fortifié, il fallait payer pour le franchir comme dans beaucoup d'endroits au Moyen Age, et le montant du péage était conséquent.
Nous voilà au cœur de la cité, devant la halle qui abritait autrefois le marché où avaient lieu les échanges économiques.
On y vendait des céréales, des fruits, des peaux, du vin, du poisson, de l’huile, des épices…
C'était l'occasion pour les religieux de percevoir des taxes et pour les villageois de bénéficier de ces échanges économiques.
|
Fixée sur le mur d'une maison, une plaque de marbre attire notre attention.
|
Près de la Halle, une habitation abritait la VIGUERIE.
Une viguerie était une juridiction administrative médiévale que l’on trouvait dans le Sud de la France et en Catalogne. Elle était administrée par un VIGIUIER, c'est-à-dire un juge dont les compétences variaient, selon les régions et les époques, du juge de cour d'assises à celui de juge de paix rural. La viguerie est devenue tardivement la juridiction locale, seigneuriale, la plus petite, s’occupant des affaires courantes.
C’est l’abbé qui fixait les règles, et octroyait les ”coutumes et libertés”.
|
Les petites rues pittoresques du bourg nous conduisent sur le boulevard périphérique du bourg moderne où nous avons laissé notre véhicule.
|
C'est le moment de quitter la cité médiévale pour prendre la direction de St PIERRE DES CHAMPS.
![]() |
Les quelques maisons de la partie la plus ancienne du bourg sont regroupées autour du château.
Les premiers écrits concernant le château de Saint-Pierre-des-Champs datent de la fin des années 900.
Mais en 793, la région subit une razzia des Sarrasins.
Définition de razzia.
Autrefois, invasion faite sur un territoire ennemi ou étranger pour enlever les troupeaux, les grains, faire du butin. LAROUSSE
Retour 80 ans plus tôt.
« (…) en 711, le détroit de Gibraltar est franchi. L’empire wisigothique s’effondre. Neuf ans plus tard, les Musulmans apparaissent en France, occupent le Languedoc et poussent leurs razzias jusqu’à Autun. Cette irruption foudroyante ne ressemble en rien aux conquêtes du germanisme, si longtemps contenues, et finalement transformées en un établissement de mercenaires indisciplinés.
« (…) après leur victoire, les Arabes ne se sont point mêlés aux peuples de civilisation supérieure qu’ils avaient subjugués : ils ont continué à les dominer de haut, à les traiter comme un ramassis d’êtres inférieurs, dégradés , misérables, qu’on tolère mais qui vivent dans l’abjection. C’est qu’ils apportaient avec eux une foi nouvelle, simple et combative, qui les rendait inassimilables. (…) la guerre sainte devient une obligation morale. Entre fidèles et infidèles, la barrière est infranchissable.
(…) En 732, l’Aquitaine est envahie. Le duc Eudes est vaincu sur les bords de la Garonne, Bordeaux occupée, ses églises brûlées. Puis, l’ouragan fond sur Poitiers. La ville résiste. Charles Martel campe avec l’armée de secours. Enfin, un samedi d’octobre, la bataille s’engage ; la cavalerie sarrazine se brise contre les rangs serrés des soldats de Charles ; à la nuit, son chef tué, elle s’enfuit.
La bataille de Poitiers est une date mémorable de notre histoire. Les contemporains en eurent conscience. Un chroniqueur nomme les Francs, les Européens. En effet, en ce jour où il fut décidé que la vieille Gaule ne deviendrait pas sarrazine, comme l’Espagne, c’est bien l’Europe que les Francs ont sauvée. »
Pierre Gaxotte, Histoire des Français. Flammarion
|
Rebroussant chemin après la défaite de Poitiers, les Sarrasins parviennent dans la région de Saint Pierre des Champs en 793. C'est en 1160 que le château de St Pierre, alors appelé SAN PIERE DEL CALMIS, est construit par les moines de LAGRASSE. Le but de cette construction était de protéger les habitants. Les défenses trop modestes n’empêchèrent pas RAYMOND II, comte de TERMES de s'en emparer.
|
|
Après avoir assiégé Minerve pendant sept semaines, brûlé cent quarante de ses habitants, les croisés montent dans les hautes Corbières à l'assaut du château de Termes, dans lequel Raymond de Termes et ses hommes se sont enfermés. Durant l'été 1210, le chef de la croisade contre les Cathares, Simon de Montfort, prend le château de St Pierre, sous prétexte qu'il sert de refuge à des "hérétiques" pourchassés par l'église catholique Dans la nuit du 22 au 23 novembre le seigneur de Termes est fait prisonnier, transporté à la prison de Carcassonne où il finira ses jours. Le catharisme survivra dans la clandestinité des citadelles perchées traqué par l'Inquisition. Les derniers "parfaits" (prédicateurs cathares) seront brûlés en 1310.
L'inquisition qui suit les croisades fait des victimes à SAINT PIERRE: Pierre PONS, Raymond SUTOR, et Pierre PIERVENT sont brûlés vifs en présence de SAINT DOMINIQUE. Qu'est-ce que l'Inquisition ? L'Inquisition était un tribunal spécial, créée par l'Église catholique. Elle avait une grande influence au Moyen Âge, en effet, elle pouvait excommunier et avait droit de vie et de mort sur les cas qui lui étaient soumis. Elle est créée au XIIIe siècle en France, dans l'objectif d'empêcher la diffusion de pratiques religieuses considérée comme hérétique (contraire à la vraie foi), comme le catharisme. Par la suite, l'Inquisition s'étend dans l'Europe catholique, notamment en Espagne et au Portugal, ainsi que dans leurs colonies.
Plus tard, pendant la guerre de Cent Ans, les villageois s'installent dans le château pour se protéger. Ils bâtissent leurs petites maisons adossées au rempart et morcellent le logis du seigneur. Au milieu du XVIIe siècle, sous Louis XIV, le château de St Pierre est écrêté et les tours et créneaux sont détruits.. Entre les deux guerres, le château est abandonné par la population. |
|
Nous quittons St Pierre des Champs pour descendre vers le sud jusqu'au village de Saint Martin des Puits. Dés le Moyen-Age, autour de Lagrasse, chapelles, prieurés témoignent de la richesse culturelle du lieu et annoncent la naissance de l'art roman. De nombreux villages sont la propriété de l'Abbaye. Saint Martin des Puits est un de ces villages, toujours en bordure de l'Orbieu. Il cache une petite église qui est le type de construction qui a marqué l’architecture des premiers édifices religieux d’art roman. Au bord de la route, près de la rivière, la porte de l'église de Saint Martin des Puits est ouverte. Nous y pénétrons. Il fait frais, presque froid. La nef unique est austère mais quelque peu émouvante dans sa simplicité. Emouvants, sont aussi les restes de peintures que notre œil non averti essaie de "déchiffrer". C'est une fresque, aujourd'hui abimée, dont la présence contribuait autrefois à atténuer l'austérité des lieux. Nous continuons notre route à la recherche de ces églises ou chapelles, souvent édifiées par des maçons venus du nord de l'Italie.
Des constructions solides et austères perdues au milieu des vignes ou nichées au centre des villages qui laissaient découvrir l’art roman de nombreux édifices religieux. Ici l'église de Mayronnes, un petit village plus au sud. Eglise de Caunette-en-Val |
/image%2F0648822%2F20241207%2Fob_5d3059_1liv.gif)


























