Moins connu le martinet est aussi
"une machine comportant une masse frappante (énorme marteau ) mue au moyen d'une roue à cames." La masse frappe sur des pièces de métal pour leur donner forme (pour les forger).
Depuis le Moyen-Âge et jusqu’au début du XXème siècle, l’énergie hydraulique fut largement exploitée Ce furent d’abord les moulins destinés à moudre le grain qui furent construits. Puis ce fut la diffusion des moulins à eau à d’autres fins : foulage des draps, sciage du bois, concassage des minerais, forge du fer. C’est à cette dernière utilisation que les martinets étaient destinés. Il est difficile de dire à quelle époque les “forges à fer” firent leur apparition. Certaines de ces forges étaient fréquemment jumelées avec un moulin à blé et faisaient partie d’un ensemble à dominante agricole Il est difficile de donner une description précise de la structure d’un martinet. Excepté les illustrations que l’on peut consulter dans certains ouvrages, les documents sur le sujet sont rares. De plus, les techniques employées n’étaient pas nécessairement identiques d’une forge à l’autre et elles ont pu évoluer avec le temps. On en connaît bien toutefois le principe : schématiquement, une roue en bois ou en fer était animée par l’eau d’une rivière, captée à un barrage (une resclause) et acheminée par un béal.
Trois éléments conditionnaient l’installation d’un martinet : l’eau, la matière première à traiter (c’est-à-dire le minerai) et le moyen de chauffage de la forge (bois ou charbon). L’eau Les seigneurs seuls avaient le droit d’autoriser l’utilisation des cours d’eau existant dans leur domaine. «Avant d’établir un martinet, il fallait s’adresser à l’autorité seigneuriale pour avoir la permission de faire un barrage - une resclause. On pouvait alors construire l’aqueduc, condition première du fonctionnement du martinet. Pour pallier les variations de niveau d’eau tout au long de l’année, , une réserve – la gourgo – était généralement créée près du martinet. Malgré cela, les martinets s’arrêtaient de fonctionner au cours de l’été ( leur activité allait souvent pour date limite « La Magdeleine», qui se situe le 22 juillet (fête de Ste-Madeleine).
Le minerai Le deuxième élément nécessaire était la présence à proximité du minerai de fer. Il s’agissait d’excavations peu profondes dont la taille ne peut être comparée aux galeries des mines contemporaines. La qualité du minerai était variable selon les balmes (fausses où on extrayait le minerais) Les gisements étaient la propriété du seigneur et leur exploitation était concédée par ce dernier. Chaque balme était généralement possédée par trois personnes bénéficiant chacune d’un tiers. La technique d’extraction du minerai s’effectuait avec un outillage rudimentaire marteau, pic, pointerolle,... Concassé au marteau, le minerai était grillé sur place à l’aide de charbon de bois. Il ne semble pas qu’à cette époque on ait employé la houille à cet usage, pourtant abondante dans ce secteur. Traité selon la méthode des forges catalanes, le minerai devenait alors myne de fer cuyte et acheminé ensuite vers les martinets. Le traitement du minerai à ce stade fut longtemps et depuis le Moyen-Age affaire de spécialistes. Venus d’Europe Centrale, de Suisse ou d’Italie du Nord, on les appelait « les Allemands ». Ils avaient donné leur nom à leur lieu de travail. C’est ainsi qu’à Ceilhes (Hérault), certaines baumes au XIIIème siècle s’appelaient « baume des allemands
Quelle était la valeur marchande de ce minerai ?
Elle était très variable selon les époques, comme d’ailleurs le prix du fer qui baissait en temps de paix et montait en période de troubles.
Le combustible Autant pour griller le minerai sur les lieux mêmes de l’extraction que pour la forge des martinets, il fallait un combustible. Ce fut d’abord le charbon de bois qui fut utilisé en grande quantité et qu’on fabriquait dans les forêts environnantes. On trouve à ce sujet la trace de nombreuses transactions. L’exploitation intensive du bois mit à mal la forêt et le charbon de bois se vendit de plus en plus cher;
Ancienne exploitation minière d'Arles-sur-Tech
La myne de fer cuyte arrivant au martinet était un mélange de fer et de scories qu’il fallait réchauffer et battre à diverses reprises à l’aide du gros marteau de forge - le malh - pour en dégager le métal. Le rendement était faible. Avec 312 kg de minerai et 340 kg de charbon de bois, on obtenait au maximum 10 kg de fer marchand. On perdait environ 50% du fer. On livrait le métal soit en escapelz (blocs vraisemblablement ébauchés), soit en cayradets ou bandes, soit en pièces plus élaborées. Plusieurs personnes étaient généralement employées à ce travail. L’effectif d’un martinet devait être très variable selon la nature du produit fabriqué. Certains maîtres fourgiers travaillaient seuls; En revanche, bien qu’on ne puisse citer aucun chiffre, certains martinets comptaient plusieurs fourgiers dont deux occupaient les postes les plus importants. Le « maître de feu » était chargé de la conduite des soufflets de la forge : il activait le foyer avec sa pelle posée sur une fourche plantée près du brasier - la cabretto. Le « maître de malh » dirigeait le travail de forge proprement dit. Avec ses aides, armé de grandes tenailles appelées gavaches, il tirait de la fournaise les lingots de fer en fusion - les clarjhas - et les plaçait sous le malh pour les marteler. Coupés ensuite en morceaux à l’aide d’un outil appelé couteau, ces lingots étaient de nouveau passés sous le malh pour donner au produit sa forme définitive.
Importance économique des martinets
Le fer sortant des forges se vendait dans le voisinage immédiat. Bien qu’on n’ait pas de données précises pour apprécier l’importance économique de l’activité de ces forges à fer au XVIème siècle, on peut se faire une idée de son intérêt au plan local à cette époque par le nombre de métiers induits – comme on dirait aujourd’hui – par l’industrie du fer. Les employés d'une mine étaient souvent les paysans de la région.
Outre ceux qui travaillaient à l’extraction du minerai, à sa préparation, à son traitement dans les martinets, il y avait tous ceux qui exploitaient la forêt, fabriquaient le charbon de bois et assuraient les transports du minerai, du combustible, du métal. Le nombre de personnes dont l’activité était directement liée au façonnage du fer était important. Dans les vallées cévenoles – aujourd’hui quasiment désertes – pas un hameau qui n’avait alors son maréchal et ses clautiers (cloutiers). La profession de maréchal-ferrant revêtait des aspects multiples. Elle ne consistait pas seulement à ferrer les mulets et les ânes, alors très nombreux et avec lesquels s’effectuaient tous les charrois, mais aussi à cercler les roues des charrettes, ferrer les socs de charrues. Métier à ferrer
Les outils courants sortaient de leurs mains : haches, pelles, tenailles, marteaux, verrous, vrilles, poêles, crémaillères, etc. et les produits lourds également, comme les malhs ou les enclumes. (Accessoirement, le maréchal faisait office de vétérinaire pour les bêtes de trait.) C’était une profession florissante qui exigeait un apprentissage. Mine abandonnée d'autrefois en Ariège.
Une « fabrerie » ("Forge, atelier de forgeron") pouvait fabriquer des armes, des cuirasses, des estocs, des couteaux. C’est dire l’importance de la consommation de fer par cette profession. Les cloutiers, s’ils utilisaient moins de matière première, étaient plus nombreux. On perçoit donc l’importance à cette époque de l’industrie du fer |
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