Une exposition organisée à LEUCATE nous donne l'occasion de parler de
un enfant du pays
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Plus d’une fois, nous avons traversé le plateau de Leucate pour atteindre ce qui a été après la guerre, la première station balnéaire de l’Aude avant Leucate : La Franqui. ![]() Garrigue, vignes, amandiers, murs de pierres sèches, le pays parait âpre, pauvre. ![]() Le plateau de Leucate est balayé par les rafales de vent. Pour cette raison la falaise rocheuse abrite le seul abri naturel de la côte, entre Port-Vendres et Agde. ![]() Le massif de la falaise a toujours constitué un mouillage sûr pour les bateaux qui venaient se réfugier dans son anse.
Un jour, nous sommes montés jusqu’au pied des rochers et avons découvert presque adossée à la falaise rocheuse une maison dont il est facile de connaître le nom puisqu’il est inscrit en grosses lettres capitales sur son pignon : « VILLA AMELIE ». Un écriteau en marbre fixé sur la clôture du jardin précise que dans cette maison est né le plus célèbre des enfants de La Franqui : Henry de Monfreid.
Nous avons eu envie d'en savoir plus sur ce personnage hors du commun. Nous sommes allés puiser des informations sur le net.
Tout le monde a plus ou moins entendu parler de cet écrivain qui a produit une cinquantaine d’ouvrages qui relatent sa vie de voyageur, navigateur, contrebandier, aventurier…
L’écrivain fait partie de l’histoire de La Franqui. Il est né le 14 novembre 1879 et y a passé toute son enfance dans la famille de sa mère qui exploitait un hôtel restaurant nommé « L’Excelsior ». Bien que transformés les bâtiments de l’établissement existent toujours.
La belle famille de l’écrivain-aventurier avait su amorcer le développement du tourisme dans la petite station. L'hôtel restaurant qui avait été créé par elle au début du siècle était un haut lieu de la gastronomie et a reçu des hôtes illustres dont le peintre Paul Gauguin
La question que l’on se pose inévitablement en découvrant le nom de la maison, c’est le rapport qui peut exister entre De Monfreid et Amélie. Au hasard de nos recherches nous sommes « tombés » sur un écrit qui, indirectement, fait découvrir le lien entre Henry et ce prénom d’Amélie. Nous reproduisons ci-dessous ce texte écrit en 2005 et extrait d’une "Revue d’Histoire de la pharmacie". Triste histoire d'un pharmacien audois Au dernier tiers du XIXe siècle, La Franqui n’est qu’une modeste station de bains de mer qui attire les estivants avec l’arrivée du chemin de fer à Leucate et l’engouement pour le grand air, les baignades. La famille maternelle d’Henry possède une petite pension qui accueille les plagistes. Prospère, l’établissement s’agrandit, accueille la petite bourgeoisie, mais aussi ouvriers et brassiers lors des vendanges., l’hôtel de la famille Bertrand, famille de vignerons, propriétaire de la plupart des terres du hameau, prend plus tard le nom d’Excelsior sous la férule de son oncle Émile Bertrand, un architecte en vogue installé à Paris. La construction qui se love dans un grand parc arboré fait face à la grande plage.
Il se trouve à La Franqui, petite station balnéaire de l’Aude, une vieille maison baptisée « Villa Amélie », que ses nouveaux propriétaires ont récemment restaurée. C’est là, au pied du plateau de Leucate, que naquit le 14 novembre 1879 l’écrivain Henry de Monfreid, l’immortel auteur des Secrets de la Mer Rouge. L’Amélie en question était la Mère de Monfreid. Elle s’appelait Amélie Bertrand et c’était la fille d’Anna et Esprit Bertrand, l’audacieux couple qui lança la mode des bains de mer dans ce lieu éloigné de tout. Avant de faire la connaissance du jeune peintre franco-américain, George de Monfreid, Amélie avait vécu une expérience dramatique que son fils relata dans au moins deux de ses ouvrages … Bien sûr, il ne s’agit pas de prendre pour argent comptant le récit de Henry de Monfreid qui, on le sait, prenait quelques libertés avec la réalité Amélie fut élevée dans un couvent puis revint vivre à La Franqui auprès de ses parents…Magnifique brune aux yeux bleus, la fraîcheur de ses quinze ans faisait l’admiration de tous. … Un pharmacien de Narbonne s’en est épris, en dépit de ses quarante ans. Certes, il était bel homme, infiniment séduisant par son esprit séduisant par son esprit supérieur qui ne gâtait pas son érudition. Mais hélas … il était alcoolique à la manière de ceux qui ne sont jamais ivres. Le pharmacien en question se nommait Caunes, un patronyme assez répandu dans l’Aude et les Corbières. … Henry de Monfreid en dresse le portrait détaillé « Caunes avait passé la quarantaine depuis pas mal d’années, mais il la portait avec élégance, bien qu’il fût un peu empâté par l’alcool et la vie sédentaire. … Intelligent, ouvert aux choses d’art et ayant beaucoup lu, il s’était cultivé bien au-delà de ce qu’on peut attendre d’un pharmacien de petite ville…On le tenait, à juste titre d’ailleurs, pour l’homme le plus spirituel et le plus brillant causeur de Narbonne… Cet homme si remarquablement doué de toutes les facultés capables d’embellir la vie, cet homme, hélas ! avait un vice terrible : l’alcool. Nul n’aurait pu deviner à quel point il était alcoolique : vers le soir, il devenait simplement silencieux, comme prostré mais il conservait toute sa raison … Grand ami d’Esprit Bertrand, le pharmacien tomba sous le charme de sa fille Amélie, âgée de presque seize ans. Le mariage fut célébré à Narbonne, puis le « jeune » ménage s’installa dans l’appartement situé au-dessus de la pharmacie… Un escalier permettait d’y monter par l’arrière-boutique …
Vint la nuit de noces qui s’avéra désastreuse ; Caunes, ivre à à sa manière, c’est-à-dire silencieux et prostré, eut encore assez d’emprise sur lui-même pour ne rien entreprendre en pareil état. Il ôta ses habits de cérémonie, les jeta au hasard à traversla chambre et, dans un poignant débraillé, s’assoupit dans un fauteuil… .. La pauvre Amélie n’en était pas au bout de ses peines. …Trois mois à peine après le mariage…à quarante-six ans Caunes parait être un vieillard de Quatre-vingt ans. Peu après naquit, quasi miraculeusement, une fille. Atteinte de tuberculose intestinale, elle mourut prématurément à l’âge de trois ans. Entre-temps, Caunes eut une crise dont il ne releva jamais ; sa raison sombra dans un gâtisme d’autant plus lamentable qu’il avait des instants de lucidité où il jugeait toute sa déchéance. Six mois environ après sa fille, après une affreuse agonie où il devenait fou furieux, Caunes mourait à quarante-huit ans. C’est don une jeune veuve d’une vingtaine d’années profondément affligée par le destin que Georges Monfreid devait rencontrer et épouser quelques années plus tard, à l’occasion d’une villégiature à La Franqui. Récit de Thierry Lefebvre "Revue d'Histoire de la Pharmacie"- Année 2005 - 348 pp. 661-664
Daniel de Monfreid, le père d’Henry, Marié avec Amélie a mené une vie de bohème. C’est un artiste, peintre, sculpteur impressionniste et postimpressionniste, un amoureux des paysages du Conflent où Il possède le château de St Clément dans la vallée du Cady.
Il aime s’y ressourcer et trouver son inspiration. C’est le confident de Gauguin. La propriété de Saint-Clément initialement achetée par un joaillier américain devient le lieu de rencontre de tout un groupe d’artistes roussillonnais : Louis Bausil, Aristide Maillol, Étienne Terrus, Déodat de Séverac et Gustave Violet. George Daniel devenu correspondant de Gauguin en 1891 est informé le 23 août 1903 du décès du maître et en devient l’exécuteur testamentaire.
Durant la guerre de 1914-1918, Henry, son fils, développe un commerce d’arme à la limite de la légalité, ce qui l’amène en prison à Djibouti en 1914. George Daniel, se démène alors auprès de son ami Victor Dalbiez, député des Pyrénées-Orientales, fils, de l’ancien maire de Corneilla-de-Conflent, pour le faire libérer. Il obtient satisfaction. Ses dernières années se passent à Saint-Clément avec de fréquents voyages à Paris. Il décède à Saint-Clément le 26 novembre 1929 à 73 ans. Il repose dans le caveau Monfreid au cimetière de Corneilla-de-Conflent.
Henry de Monfreid a bourlingué un peu partout. Navigateur, trafiquant de drogue, commerçant d'articles en tous genres, il passe en Mer rouge, dans l'Océan Indien, on le retrouve en Afrique… De ses pérégrinations, il en tire des livres qui sont plus que des récits d'aventures. Encouragé par Joseph Kessel, un maître en la matière, il décrit ses épopées, bien sûr, mais va au-delà. « On avait tendance jusqu'à aujourd'hui à le caricaturer et quelques fois méchamment, en écrivain aventurier. Mais en réalité, quand on regarde sa trajectoire, ce qui finalement domine chez lui, c'est l’artiste » souligne Guillaume de Monfreid qui rajoute : « Il a été le plus mauvais contrebandier du monde ». Les dates clés de la vie de Henry Monfreid Daniel de Monfreid, fils de Henry devait finaliser la succession mais c'est le petit fils qui le fera. ... Pour son petit-fils, Guillaume, né en 1950, tout a commencé en janvier 1976 par une nuit sombre, le long d'une route solitaire de campagne… Henry de Monfreid est mort treize mois plus tôt presque centenaire et son fils, Daniel, se rend chez le notaire dans l'Indre pour finaliser la succession. La nuit tombe vite à cette saison, le sol est glissant, la voiture rate un virage. Avant ce dramatique accident, il avait été convenu que Daniel reprendrait l'administration de l'œuvre de son père. Le fils disparu, qui s'en chargera ? Guillaume est désigné par vote familial. La suite, il la raconte dans son livre : «Lesté de trois cents kilos de papiers divers et variés ponctuant la longue vie d'Henry […] je pris la route, ni joyeux ni triste, mais sans doute avec la conscience soudaine d'hériter d'un homme hors du commun plutôt que de mon grand-père. J'eus alors l'étrange sensation de me transformer en un acteur de sa nouvelle vie. Je serais désormais le promoteur post-mortem de mon aïeul. Outre rendre des comptes à ma famille, devrais-je en répondre aussi face à l'Eternité ? Quoi qu'il en soit, j'eus la certitude que j'allais désormais devoir vivre à deux.» Guillaume avait 25 ans. Pour lire la suite, cliquez ICI Guillaume de Monfreid, petit-fils d’Henry a écrit « Sur les pas d’Henry de Monfreid ».
De Saigon à Aden, d’Abou Dhabi à Port Saïd, Djibouti, Addis-Abeba, il nous entraîne sur les traces de son illustre grand-père. Il retrace près de cinquante ans d’errance d’un homme hors norme. Revenons à La Franqui ! Sur le toit de la « VILLA d’AMELIE » est fixé un bateau dont les voiles virent aux vents comme l’a fait l’homme devenu le plus célèbre de LEUCATE dont la mémoire se manifeste par une exposition à l’Espace qui porte son nom : Henry de Monfreid. |
| Voici un entretien avec Henry de Monfreid enregistré deux ans avant sa mort. |
Henry de Monfreid a eu mille et une vies !
De criminel à écrivain reconnu frappant à la porte de l'Académie, Daniel Grandclément livre une biographie de ce personnage complexe, amoureux de l'Afrique et du risque.
Écrivain, trafiquant d'armes, peintre, journaliste, Henry de Monfreid fut tout cela à la fois.
Portrait de ce touche-à-tout de l'aventure
Extraits issus de " Henry de Monfreid, les chemins de l'aventure - Entretiens avec Paul Guimard " - Sortie le 2015-09-11 Production: Les Grandes Heures Radio France / Ina
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