Les cheveux de mémé Marie

J'ai connu un paysan qui voyait d'un mauvais œil sa femme aller chez le coiffeur. Il disait malicieusement :

- "Il suffit d'un coup de queue d'une vache pour que le travail soit gâché. "

C'était moins le gâchis du travail qui l'agaçait que celui du porte-monnaie. Il ajoutait d'ailleurs :

- "C'est de l'argent jeté ".

A la campagne la coquetterie à mis du temps pour  s'installer dans les foyers. Aller chez le coiffeur n'était pas une préoccupation majeure. Mes grands-parents n'ont jamais connu le coiffeur. Mon arrière-grand-mère encore moins.

On l'appelait mémé Marie. Elle cachait ses cheveux sous une pièce d'étoffe  qu'elle nouait savamment. On devinait sa chevelure abondante quand elle défaisait ses tresses. Jamais l'idée de couper ses cheveux ne lui est venue à l'esprit. Elle disait

- "Avoir les cheveux courts c'est perdre sa féminité".

Plus encore, se couper les cheveux c'était se rebeller contre le créateur (Dieu) qui voulait que la femme se différencie de l'homme. Quand on lui disait qu'elle pourrait de temps à autre se passer de sa "coiffe"  elle répondait

que ça ne se faisait pas. Il est vrai qu'à cette époque, la majorité des femmes de la campagne avait les cheveux cachés : vraisemblablement des règles que dictaient la religion. La Sainte vierge, sur toutes les représentations porte un foulard.

On comprend combien la religion, qu'elle soit catholique ou autre a pu avoir de l'emprise sur les individus.. 

Les tresses, elle ne les défaisait qu'une fois par semaine pour remettre ses cheveux en ordre. Il lui arrivait, à cette occasion de se laver la tête. Le rituel consistait à chauffer l'eau du chaudron accroché à la crémaillère de la cheminée. Nous l'aidions parfois à laver et frotter les cheveux au savon de Marseille. Devant un miroir posé sur la table, elle refaisait patiemment ses tresses. Il n'était pas question  de garder les cheveux flottants. La chevelure éparse ou ondulante était réservée aux filles de mauvaise vie.

Si mémé. Marie revenait, elle constaterait combien les choses ont changé aujourd'hui. 

 

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