Sur les coups de midi, l’autre jour, chez le boucher, j’attendais mon tour. Coup sur coup sont alors entrées deux personnes : un homme et une femme. Ils avaient l’air de se connaître.
En entendant parler l’homme je me dis que c’était à coup sûr, Gaston, le terrassier du village. Il racontait qu'il avait été victime d’un coup tordu, une sorte de coup de Jarnac qui l’avait marqué comme un coup de poignard dans le dos.
A ce moment, le facteur entra en coup de vent dans la boucherie. Bousculant sans le vouloir, d’un coup d’épaule le client qui se faisait servir, il s’excusa tout en déposant le courrier sur le comptoir. Profitant de ce moment je me retournai, jetant subrepticement un coup d’œil sur l’homme. Il s’agissait bien de Gaston. Il avait pris un coup de vieux mais aussi un beau coup de soleil sur le visage…à moins d’avoir bu un coup de trop une fois de plus. Il avait la réputation de toujours avaler son premier pastis du premier coup. Ce jour-là, pourtant il ne semblait pas avoir un coup dans l’aile.
La femme, que je ne connaissais pas, semblait avoir raté son coup de peigne matinal. Elle écoutait par à-coup le récit de Gaston jetant un coup d’œil sur la fille à côté d'elle qui, sur le coup avait tendance à la devancer.
Le terrassier, imperturbable poursuivait
« Ils étaient deux pour tenter le coup mais ils m'ont raté. Cela a été pour moi un coup de bol. »
Coup sur coup, le boucher répondit à trois coups de fil : des commandes sans doute. Il fallait avoir une bonne santé pour tenir le coup comme il le faisait… surtout en cette période touristique où le coup de pompe n’est pas permis. Il en est de même pour le personnel qu’on aperçoit dans l’arrière-boutique qui n’est pas à son premier coup de collier.
Une fois servi, je suis rentré à la maison pour apprendre que le récit de Gaston, concernait un coup dur qui lui est arrivé. Une tentative d’extorsion de fond qui s’est achevée sans coup férir grâce à l’intervention d’un de ses garçons. Cela avait été pour ses ravisseurs un coup pour rien, un coup d’épée dans l’eau en quelques sortes et pour Gaston un coup de chance.
Le récit du terrassier a eu pour effet de m’inciter à rechercher d’où venait l’expression « coup de Jarnac ». J’appris que c’était à l’origine un coup violent imprévu donné par le Baron de Jarnac lors d’un duel à l’escrime en 1547.
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Peu de temps après ma visite chez le boucher, Gaston prit sa retraite. Pendant toute sa carrière professionnelle coups de godet après coups de godets, grâce à sa grosse pelle mécanique - la seule dans la contrée - il avait amassé une somme rondelette, de façon souvent illégale, sans tomber sous le coup de la loi.
Il est décédé il n’y a pas très longtemps. « Il ne pensait qu’à tirer un coup » disaient les langues averties à son propos.
A ma connaissance, il ne s’agissait pas de coups de fusils puisqu’il n’était pas chasseur.
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Pour le coup, je suis heureux d’avoir pu vous parler du terrassier du village. Il m'a permis de faire d'une pierre deux coups; Grâce à lui j’ai pu vérifier que même si la langue française ne comprend pas quatre cents coups (je veux dire quatre cent sens du mot coup) elle en a souvent recours dans le langage familier.
J’aurais pu aussi vous parler d’un coup dont ma belle mère (...que Dieu ait son âme !) se sentait redevable à chaque fois qu’elle « assassinait » un lapin, du coup de blues qui l’envahissait alors... du coup de boule dont j’avoue être l’instigateur auprès de mon petit fils aîné, au désespoir de son père et de tous les coups non avouables qui auraient pu illustrer ce récit.
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J’aurais été, à coup sûr, sous le coup de vos critiques.
Permettez ce coup de cœur pour ce mot qui peut avoir des vertus nocives (coup monté), dévastatrices (coup bas), voire mortelles (coup de grâce) mais qui peut aussi qualifier avec noblesse un art (coup de pinceau), un sport (coup de pédale), un évènement (coup de théâtre), l’euphorie d’une société (coup de folie).
Nous voici dans l’apothéose du coup… je n’en dirai pas plus…
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