Cherchez dans le dictionnaire le mot  « déconfinement ». Comme moi vous serez surpris de ne pas le trouver.

Ecrivez simplement ce mot dans le traitement de textes « Word » et il sera souligné de rouge pour vous indiquer que vous avez fait une faute. On vous proposera alors « dé-confinement »

La crise sanitaire a modifié de nombreuses choses dans le mode de vie des Français. Elle a aussi changé leur manière de parler.

Clusters, présenciel, distanciel, tous ces termes techniques ou déformation de mots existants sont largement utilisés d'abord dans les médias (presse, réseaux sociaux).

Il y a des chances pour qu'on retrouve le mot "déconfinement" dans le dictionnaire prochainement, mais, une fois de plus, après que le mot ait été popularisé par ceux qui l’emploient, c’est-à-dire la population du pays. Cela m’incite à avancer, qu’avant l’Académie française,  c’est le peuple qui décide des mots qu’il veut employer.

En effet, si depuis sa création (1634 par le Cardinal Richelieu) l’Académie française ne cesse d’enrichir ou de modifier le lexique de la langue en y introduisant des mots nouveaux, populaires ou trouvant leur origine dans les avancées scientifiques., ces  modifications n’entérinent le plus souvent que des coutumes ancrées dans les échanges verbaux du peuple.

Prenons pour exemple la décision de 1835 de passer du « oi » au « ai » à la fin des verbes conjugués.

Avant cette date on écrivait « il venoit » mais on prononçait « il venait » parce que l’origine latine des mots faisait que le « oi » se prononçait « oué », « oua », « é ». Ainsi le « oi » se prononçait souvent « ai ». L’Académie a choisi d’aller dans les sens du plus grand nombre  en faisant écrire « ai » le son qui se prononçait « é ». Elle décidait logiquement de mieux relier l’orthographe à la prononciation.

Pourtant alors que jusqu’en 1835, les noms des peuples et des habitants s’écrivaient tous avec « oi » ( « un Anglois, un François »), ... de façon arbitraire certains noms se sont écrits avec « -ai » : « un Anglais, un Français, un Hollandais, un Marseillais, un Nantais ». D'autres ont continué de s’écrire « oi » : « un Chinois, un Québécois, un Suédois, un Lillois, un Niçois »…Tout simplement parce que la coutume en a décidé ainsi.

Le dictionnaire, livre clé de notre scolarité a emboité le pas. Le Larousse (1876), était celui que nous consultions le plus souvent parce que plus abordable, illustré et  populaire. C’était celui que nous offrait l’école communale à notre entrée en sixième. Celui qu’Émile Littré a créé était plus complet, plus fouillé mais réservé aux pointures  littéraires au-dessus.

L’autre combat mené par nos institutions politiques bien avant que l’Académie n’existe était  celui contre le « patois » ou plus généralement les « langues régionales »

A la fin du XVIIIème siècle  la langue française, telle qu'on la parle à Paris, n’était  maîtrisée que par à peine 12 % de la population.

C’est la France Révolutionnaire qui entame le combat après  un  « Rapport sur la nécessité et les moyens d'anéantir les patois et d'universaliser la langue française » du 4 juin 1794 remis à la convention par l’abbé Grégoire..

On considère alors que  la lutte contre les langues des territoires contribue à l’amélioration de la cohésion nationale .

Les méthodes préconisées pour introduire la langue française dans les foyers sont radicales et efficaces :

- On envisage d’emprisonner purement et simplement les fonctionnaires récalcitrants.

- Il est demandé  aux futurs mariés de prouver leur parfaite connaissance de la langue.

- L’enseignement du français est généralisé.

- Les curés sont remplacés par des instituteurs formés dans les écoles « normales ».

Pourtant jusqu’en  1964 année où j’ai fait mon entrée dans l’Occitanie profonde en Ariège, on parlait encore spontanément patois dans les familles et l’effort de la traduction était indispensable pour nous permettre de suivre une conversation. C’est dire combien l’instauration de la langue française a été longue et ardue.

Avec le développement de l’instruction publique la langue française a pris petit à petit sa place à l’école sous la Restauration puis le Second Empire.

  C’est François Guizot, ministre de l'Instruction publique du roi Louis-Philippe 1er qui  instaure un enseignement primaire public et obligatoire (loi du 28 juin 1833).

 L'effort sera poursuivi par les ministres Victor Duruy (1863) et Jules Ferry (1882).

A cette époque, encore, la plus grande difficulté pour les jeunes apprentis  était de se « défaire » du langage familial de la petite enfance.

La langue française connaitra son expansion dans le monde  par les conquêtes coloniales. Elle deviendra  langue officielle dans de nombreux pays.

Il n’empêche qu'elle n’en finit pas d’évoluer, même pour un individu capable  de comprendre la langue de Victor Hugo.

La preuve, c’est que des questions demeurent en suspens :

Si j'emploie le mot "présentiel" ou "distanciel" est-ce que je parle français ?

Dois-je employer  "distanciation sociale" au lieu de "distance physique" ?

Un « cluster » c’est quoi au juste ?

… Et j’en passe !!!! 

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :