La communion solennelle étape inévitable de la culture religieuse catholique avait au moins un aspect positif, celui de donner l’occasion de recevoir des cadeaux. C’est du moins ce que nous pensions lorsque nous étions gamins.

Parmi ces cadeaux figurait souvent en bonne place le stylo à encre. C’était un peu la manifestation du passage de l’adolescence au statut d’adulte.

On disait autrefois, mais je crois qu’on le dit encore :

«  Il y a deux choses qu’on ne doit jamais prêter c’est le stylo et la femme ».

Le stylo était souvent accompagné d’un porte document protégeant les accessoires nécessaires au courrier.

Le mien contenait un bloc de papier à lettres, un paquet d’enveloppes et le fameux stylo. Fabriqué en cuir véritable, rembourré de mousse, il était fort agréable au toucher. Une fermeture éclair permettait de l’ouvrir et de l’utiliser comme sous-main.

L’objet m’a tellement plu que je l’ai préservé de toute dégradation et je le possède encore.

Ces cadeaux utiles sont la manifestation de l’importance que l’on donnait autrefois à la correspondance écrite.

 

C’est par cette feuille manuscrite cachée dans une enveloppe que passaient toutes les nouvelles, bonnes ou mauvaises. Il fallait au mieux deux à trois jours pour qu’elle atteigne son destinataire et au moins autant pour avoir la réponse la plus rapide.

 

Certaines lettres sont devenues des bijoux de la littérature et on fait la promotion de leurs auteurs. D’abord privées, elles sont rentrées dans le domaine publique. J’ai le souvenir de certaines lettres coquines de Madame de Sévigné à sa fille. Elles parcouraient le lycée et nous nous disputions pour pouvoir les lire. Certains s’amusaient même à en modifier la prose pour  rendre les propos plus cocasses... plus coquins, devrais-je dire ...

 

J’ai longtemps pris plaisir à lire les lettres d’une personne suffisamment âgée pour avoir subi les deux guerres mondiales qui avait une écriture appliquée et une orthographe parfaite. Son outil de prédilection était la plume Sergent Major. J’avais quelque complexe à lui répondre au stylo à bille « Bic ». Mais comme dit une de mes petites filles, il faut vivre avec son temps.

 

Notre temps c’est celui du « courrier électronique », le « courriel ». Notre correspondance passe la plupart du temps par le « mail ». On ne prend plus le temps d’écrire vraiment. Le message est de rigueur, souvent court et succinct. On se risque parfois à poser la question de savoir si telle ou telle opération administrative peut se traiter par écrit. La réponse est affirmative mais on sent bien pour notre administrateur que  l’informatique est plus rationnelle. A lors on s’exécute, conscient que ce sera sans doute plus rapide.

 

Que garde-t-on des « courriels » que l’on reçoit ?

Presque jamais rien. Une fois lus, ils sont le plus souvent mis en deux « clics » à la poubelle virtuelle.

 

Les lettres manuscrites ont toujours eu l’avantage d’être conservées plus longtemps. Il arrive même lorsqu’elles annoncent un évènement qu’elles soient précieusement rangées dans une boîte ou un tiroir pour être relue de façon nostalgique un peu plus tard.

Voilà qui me fait dire qu’une lettre personnelle peut être considérée comme supplément à tout autre message. Pour cette raison elle ne disparaitra sans doute jamais. Une belle lettre écrite de façon appliquée reçue dans une enveloppe élégante contrebalancera toujours efficacement le barrage des messages numériques.

 

Alors à nos stylos.

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