Papy de Saint-Pierre-des-Champs.
C'est en déambulant dans les rues de St Pierre-des-champs (Aude) que nous avons découvert et photographié une belle statue sculptée dans une pièce de bois. Notre imagination a fait le reste.

Le Cami ultime

 

 

 

Facile d’imaginer l’homme assis devant la bille de bois qu’il vient de trainer dans le jardin. Il se pose la question de savoir ce qu’il va tirer de cette "pièce volée" à la nature :

  • Une simple poutre qui soulagera le linteau qui supporte les pierres de la façade au-dessus de la grande fenêtre de la pièce commune ?
  • Un des pieds qui supportera la tonnelle qu’il prévoit de construire à l’entrée de la cuisine ?

Le bois est « noble ». La bille a été « tirée » d’un  chêne centenaire. Les  branches ont fourni les bûches de la cheminée. Reste ce tronc livré aux intempéries. Il mérite mieux que ça. 

Comment les idées mûrissent-elles dans un esprit ? Comment l’artisan, maître d’œuvre de ce bonhomme chapoté est-il passé de la simple poutre à cette sculpture objet de curiosité dans ce vieux village de St Pierre des Champs ?

Un jour, passant devant le « bout » de bois l'artisan eut une certitude. La noblesse du bois méritait mieux qu’une grosse scie industrielle. Dans l’atelier du grand-père, étaient rangés ciseaux, gouges et bédanes qui, autrefois satisfaisaient les besoins de la vie quotidienne.

Sabots, chaises, écuelles, brouette ont été ciselés par eux. Ils feraient encore l’affaire pour creuser, rainurer, biseauter et donner d'autres atouts à la noblesse du bois.

Les outils ne suffisent pas. Du talent, il faut du talent pour donner vie à cette bille sans âme.

Le doute s’installe dans l’esprit de l’artisan. Créer c’est d’abord imaginer. Imaginer c’est avoir à l’esprit de façon très précise ce que l’on veut représenter.

Un jour en rentrant dans le vieil atelier, l'homme revoit, comme dans un rêve, le grand-père devant son établi encombré d’outils et de copeaux.

- C’est lui qu’il faut que je représente... se dit-il.

Reviennent à son esprit les détails  de sa tenue vestimentaire, son chapeau, le bâton qui lui servait de canne.

 Il avait été choyé par son Papy. Il se sentait capable de lui redonner vie, tellement il l’avait aimé. Du même coup le chêne revivrait, lui qui avait vécu autant que le grand-père. La motivation estompa ses doutes.

Sans tarder, il dégagea la vieille meule qui se cachait derrière le tas de bois et affûta tous les outils, sans exception avant de se mettre au travail. Au fur et à mesure que son œuvre prenait forme une préoccupation le tarabustait : où mettrait-il grand-père, son travail terminé.

C’est en retouchant le couvre-chef du vieil homme qu’il réalisa qu’il pourrait faire d’une pierre deux coups. Puisque le linteau de la fenêtre avait besoin d’être soulagé, il confierait cette mission à Papy, qu’il placerait en lieu et place de la poutre qu’il avait prévue à cet effet.

Depuis, le vieil homme fait la surprise des touristes qui ne cessent de le photographier. Les habitués du village vantent les mérites de celui qui l’a créé. Ceux qui ont connu le Papy trouvent que, robuste comme il était, il mérite la mission qu’on veut bien lui confier. 

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